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La lutte contre les messages de haine, un combat quotidien

La lutte contre les messages de haine, un combat quotidienIls font partie de notre langage, sont véhiculés dans notre communication restreinte ou à vaste portée, côtoient le sens de réflexion, animent certains débats… Les messages dits de haine, se sont taillé une place prépondérante dans notre conscience comme une empreinte commune. Sommes-nous capables de s’en détacher ?

C’est un fléau difficile à éradiquer : la prolifération des messages haineux dans notre société mérite un ensemble d’actions collectives et stratégiques pour les juguler. Cet avis est partagé par certains habitants de la colline Mwaro-Mavuvu, commune Makebuko, de la province Gitega.

Pour Ezéchiel* (43 ans), les divergences d’opinions entre les membres de différents partis politiques alimentent un langage violent et discriminatoire : « Parfois, les jeunes militants affichent une certaine intolérance envers leurs adversaires, en se lançant mutuellement des propos hostiles, des insultes et calomnies. »

La haine est aussi ressentie chez certains individus ou groupes d’individus qui ne partagent pas la même ethnie, fait savoir Jacqueline* (38 ans) : « Entre certains Hutu et certains Tutsi, il y’a ceux qui se vouent encore une aversion ancrée depuis bien longtemps dans leur mémoire suite à des tensions politiques et ethniques qui ont secoué le pays. »

Une posture pernicieuse

Cependant, alerte toujours Jacqueline*, cela ne va pas sans conséquence : « On constate souvent que cette haine se transmet de génération en génération, et le fossé entre les communautés se creuse davantage avec toutes les conséquences qui s’en suivent sur le plan social, économique et politique. »

Patrice Saboguheba, sociologue

Partant des évènements de 1993, le sociologue Patrice Saboguheba avertit sur le danger de la propagation des messages de haine. A travers des meetings politiques de cette époque, rappelle-t-il, il y a eu foisonnement des paroles de violence, de haine, d’insultes, de menaces : « On a constaté que finalement, ce qui devrait produire la joie, ce qui devrait produire l’ambiance de fête a plutôt engendré des scènes de malheur, de violence et même de meurtre. Après la campagne, on s’est rendu compte que les messages de haine, les insultes cachaient quelque chose de mal, de mauvais desseins. »

Un combat tous azimuts

Pour éradiquer ce fléau, cet expert insiste sur la nécessité de redonner les lettres de noblesse à l’institution des Bashingantahe : « Ces gens notables, responsables, épris de paix & de justice, qui s’interposent, qui s’invitent dans les affaires, même s’ils ne leur concernent pas, agissent pour maintenir la cohésion sociale et la cohabitation pacifique, sont rares, mais nécessaires dans la société, car ils interviennent pour pointer du doigt le mal et leurs auteurs, et leurs actes et paroles amènent à la raison.»

Jacqueline*, comme d’autres habitants de la colline Mwaro-Mavuvu, commune Makebuko, de la province Gitega, appelle à un réveil de conscience pour venir à bout de ce phénomène qui menace la survie d’une nation : « Chacun doit œuvrer pour recadrer ou dénoncer tout geste ou propos malveillant, conduisant à la haine ou à la violence. »

Au niveau de l’administration communale de Makebuko, Siméon Bukuru, secrétaire exécutif communal, précise qu’une approche d’écoute et de réconciliation est importante pour assainir les rapports sociaux entre les membres de différents groupes : « Si échange de message de haine ou de violence, il y’a entre individus ou groupes d’individus, il est crucial d’inviter les deux parties sur une même table afin de ramener les uns des autres à la raison. »

*nom d’emprunt

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