Jimbere

Kirundi French
Actualité

La filière café, une redynamisation à deux vitesses 

La campagne café pour la saison culturale 2026-2027 est bouclée. L’Office pour le Développement du Café du Burundi (ODECA) enregistre une production record-plus de 100 000 tonnes pour cette année. Cependant, cette production des cerises ne reflète pas pour autant les performances de cette filière si stratégique pour le développement économique de notre pays. Analyse.

Les travaux de collecte du café cerise pour la saison 2026-2027 ont pris fin le 31 juillet 2026. L’Office pour le Développement du Café du Burundi (ODECA) annonce une meilleure production de 112 653 tonne. Cela est les résultats des efforts déployés pour relancer la filière café. Désormais, les producteurs manifestent un intérêt croissant pour cette filière depuis la revalorisation du prix d’achat du café cerise et l’amélioration du processus de paiement, déclare Ir Oscar Uwikunze, directeur général de l’ODECA lors d’une conférence de presse.

Cependant cette déclaration ne corrobore pas totalement la réalité sur terrain. Nombreux sont les caféiculteurs qui réclament un meilleur prix rémunérateur tout en dénonçant des retards records dans le paiement. D’où un désintéressement des producteurs surtout les jeunes au profit des cultures  vivrières. L’administration rapporte également des cas de saisies de café en contrebande. Les commerçants rusés veulent écouler clandestinement une partie de la production vers les pays voisins pour un prix jugée élevé. Cette production record serait liée au phénomène de cyclicité (alternance d’une année de forte récolte et d’une année de faible récolte).

Une filière en difficulté mais indispensable

Le paiement de la deuxième tranche interviendra du 17 au 31 août de cette année. Le gouvernement prévoit un montant pour payer 195 321 caféiculteurs. La digitalisation du processus de vente et de paiement se heurtent à des défis. Ir Uwikunze reconnait des dysfonctionnements notaires dans le fonctionnement de cette interface. « Des difficultés techniques ont perturbé certaines opérations de transfert. Certains bénéficiaires n’ont pas vu leurs comptes crédités, tandis que d’autres ont reçu le paiement en double », concède-t-il tout en rassurant que des mesures ont été prises pour corriger ces irrégularités.

Au-delà ce tous ces défis, la filière café est parmi les secteurs pourvoyeurs des devises. En 2008, année de la libéralisation de la commercialisation, les recettes d’exportations du café étaient évaluées 56 606 millions de dollars. Deux ans plus tard, le pays a enregistré une production record avec des recettes de 83 347 millions de dollars avant de chuter encore à 66 362 millions de dollars en 2012. Progressivement, on assiste à une tendance à la baisse de la production déconnectée des signaux du marché, surtout depuis 2018, qui coïncide avec la reprise par l’État d’une centaine de stations de lavage.

Evolution des exportations du café en milliards de BIF

Source : Bulletin du commerce extérieur, INSBU.

A côté des recettes d’exportation du café, le secteur rapporte des revenus aux ménages à travers la création des milliers d’emplois directs et indirects. Sur le plan macroéconomique, le café et les minerais restent influents sur la valeur nominale des exportations domestiques. Les experts du Fonds Monétaire International (FMI) estime que les dernières améliorations de la situation économique (une croissance de 4,2 %) sont intimement liées à la hausse des exportations de café et d’or. Une amélioration des prix aux petits producteurs, ainsi qu’une meilleure transmission des prix internationaux du café, pourraient accroître davantage la production et les revenus.

Dans leur étude sur les fondements de la crise caféière au Burundi, les chercheurs Hubert Cochet et Barnabé Ndarishikanye tempèrent les perspectives du FMI. Pour eux, l’évolution favorable du prix nominal du café est trompeuse. Ils expliquent que l’inflation, très accentuée à partir du début des années soixante-dix, a considérablement érodé le pouvoir d’achat des producteurs. Pour ce faire, on ne peut pas accroître durablement la production nationale de café (les espaces cultivées et les rendements) si la production vivrière ne suit pas le même rythme.

Un marché international en restructuration

Le Burundi est réputé pour son café de meilleure qualité mais sa production n’influence en aucun le marché international. Au contraire, le pays tente d’aligner ses prix au cours mondiaux. Environ 70 pays produisent du café, dont le Brésil, le Viet Nam, la Colombie, l’Indonésie et le Honduras qui représentent à eux seuls 75 % de la production mondiale. Sur le marché international, les cours du café, une des principales matières premières agricoles échangées à l’échelle mondiale, le café connaît un repli de ses cours au premier semestre 2026.

Selon l’Agence Ecofin, les principales places boursières enregistrent une baisse généralisée des cours du café (6 110 dollars la tonne en juin à New York). Cette tendance baissière reflète principalement l’amélioration des perspectives d’approvisionnement sur le marché mondial, à mesure que les disponibilités augmentent dans les principaux pays producteurs.

Le Burundi se positionne

La consommation de café est largement concentrée dans les économies développées, l’Union européenne, les États-Unis et le Japon étant les principaux importateurs de grains de café vert. Cependant, les habitudes de consommation évoluent à mesure que des pays comme la Chine, la Colombie, l’Indonésie et le Mexique. Bien que ces marchés émergents représentent moins de 10 % des importations mondiales de café, ils laissent présager une forte croissance à venir, à mesure que les revenus de la population augmentent et que le café devient plus populaire, selon les projections du centre international du commerce (ITC). La Chine se distingue, avec des entreprises comme Starbucks qui prévoient une expansion importante pour répondre à la demande croissante.

Pour le Burundi, il ne peut pas se mesurer aux géants du secteur mais tout de même ; il peut développer des marchés de niche pour son café de spécialités. En ce sens, le nouvel accord commercial constitue une impulsion majeure pour le développement des exportations agricoles et de l’économie burundaise.

Benjamin Kuriyo.  

Click to comment

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

To Top