Autrefois pilier de l’économie rurale, la culture du café à Ruyigi traverse une période de doute. Entre manque d’intrants, faible rentabilité et désintérêt des jeunes, les producteurs expriment leur découragement malgré les efforts annoncés par les autorités.
Dans la commune de Ruyigi, en province de Butanyerera, la culture du café, jadis moteur de l’économie locale, semble aujourd’hui perdre de son attractivité. De nombreux agriculteurs dénoncent un manque de soutien, notamment en intrants agricoles, et se disent de plus en plus découragés.
Protais Bucumi, cultivateur de café sur la colline Rugoti, en zone Butezi, affirme que le projet de caféiculture était prometteur à ses débuts. Mais aujourd’hui, plusieurs contraintes freinent les producteurs. « Nous ne trouvons plus d’herbes pour le paillage, car elles ne poussent plus sur les collines. Beaucoup d’agriculteurs se tournent alors vers la culture des haricots. Or, sans paillage, le café ne peut pas bien se développer, ce qui entraîne d’importantes pertes. À cela s’ajoute le fait que, depuis deux ans, nous ne recevons plus de produits phytosanitaires, tandis que le prix du café reste très bas », explique-t-il.
Il plaide pour un appui accru de l’État, notamment à travers la fourniture d’engrais pouvant remplacer le paillage, l’accès aux produits phytosanitaires et la revalorisation du prix du café jusqu’à environ 5 000 Fbu le kilogramme.
Les jeunes désertent la caféiculture
Sur le terrain, un constat s’impose : les jeunes s’intéressent de moins en moins à la caféiculture. À Butezi, le chef de zone Jean Hakizimana indique que cette culture est aujourd’hui majoritairement pratiquée par les générations plus âgées.

Selon lui, les jeunes préfèrent des cultures jugées plus faciles et plus rentables. « Le café demande beaucoup d’efforts pour des revenus limités. Il faut attendre au moins trois ans avant la première récolte », souligne-t-il. Un délai jugé trop long par une jeunesse en quête de gains rapides.
Les agriculteurs évoquent plusieurs obstacles: manque d’engrais et de pesticides, maladies des caféiers, insuffisance d’encadrement technique et faible motivation économique.
Certains multiplicateurs de plants déplorent même que des milliers de jeunes plants restent invendus chaque année.
Janvier Ndayiragije, responsable de l’association « Tugarukire igiterwa c’ikawa » sur la colline Rugoti et multiplicateur de plants, explique que la distribution pose problème. « Nous produisons des plants, mais tous les agriculteurs ne viennent pas les récupérer. Certains viennent, d’autres non, puis affirment que le café est difficile à exploiter. Les efforts fournis ne sont pas récompensés à leur juste valeur, ce qui décourage les producteurs. L’année dernière, nous avions produit environ 27 000 plants, mais seuls un peu plus de 18 000 ont été distribués ; le reste a été perdu en pépinière faute de preneurs », déplore-t-il. Il appelle, lui aussi, à une augmentation du prix du café.
Le recours au fumier organique encouragé
Séverin Ndakazi, secrétaire exécutif de la commune Ruyigi, reconnaît que la population se plaint du manque de fertilisants. « Pour cette culture, nous l’associons à d’autres cultures vivrières. Comme les engrais chimiques ne sont pas disponibles en quantité suffisante, nous encourageons les agriculteurs à utiliser le fumier organique traditionnel, même si l’idéal serait de disposer également d’engrais modernes », indique-t-il.
Il ajoute que les autorités locales sollicitent les responsables du secteur agricole et de l’élevage afin de rapprocher les engrais des agriculteurs, dans l’objectif de relancer cette filière, source importante de devises pour le pays.
Des exigences techniques encore mal respectées

Selon Oscar Uwikunda, directeur général de l’Office du développement du café au Burundi (ODECA), la caféiculture exige une attention particulière. « Le café ne doit pas être traité comme les autres cultures », insiste-t-il, mettant en avant la nécessité de combiner engrais organiques et chimiques.
Il appelle les agriculteurs à adopter des pratiques durables, notamment la production de compost à partir de déchets végétaux. Toutefois, il reconnaît que les engrais chimiques et les produits phytosanitaires restent insuffisants sur le terrain.
Malgré ces défis, il souligne les efforts du gouvernement. « Le prix du café a plus que doublé ces dernières années, passant de 1 380 à près de 2 800 francs burundais le kilogramme pour certaines qualités », précise-t-il.
Une évolution saluée par les autorités, qui y voient un signal encourageant. « L’État investit massivement dans cette filière », rappelle Oscar Uwikunda, évoquant notamment la distribution gratuite de plants et les subventions accordées.




