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Santé Sexuelle et Reproductive

La discrimination, un frein à l’épanouissement des femmes

Au Burundi, la loi fondamentale et les outils internationaux garantissent l’égalité de chance entre les hommes et les femmes en matière d’opportunités professionnelles. Cependant, les femmes surtout les mères allaitantes font objet de discriminations lors des recrutements. Comme si, le statut matrimonial pourrait suffire pour disqualifier une candidate. La procédure veut que tous les candidats aient la même chance et que le/la meilleur.e gagne.

Les femmes à la quête de l’emploi font objet de discrimination lors des processus de recrutement. Elles dénoncent une discrimination fondée sur le sexe qui limite l’accès à l’emploi. Sur le terrain, plusieurs témoignages montrent que les femmes continuent faire face à ce genre d’obstacles qui n’ont rien avoir avec leurs compétences ou leurs qualifications.

Nadia âgée de 30 ans, mariée et mère de deux enfants s’est confiée à la rédaction du magazine Jimbere. Elle est diplômée en Sciences de la santé depuis 2018. Pourtant, après l’obtention de son diplôme, elle affirme n’avoir jamais réussi à décrocher un emploi rémunéré. « Je n’ai jamais touché de salaire, non pas parce que je suis incompétente, mais à cause de la discrimination dont j’ai été victime », témoigne-t-elle.

Elle raconte avoir tenté à plusieurs reprises d’intégrer le monde professionnel. En 2022, elle répond à une offre d’emploi publiée par une société à la recherche d’agents marketing chargés de promouvoir ses produits. Après avoir été présélectionnée, elle est finalement éliminée lors de l’entretien.

Elle tente ensuite sa chance auprès d’une entreprise locale de fabrication de boissons pour un poste d’agent commercial. Cette fois encore, elle est convoquée à un entretien, mais ne décroche pas le poste.

Il faut respecter la vie privée

 « Ce qui m’a touchée, ce ne sont pas les rejets accumulés, mais plutôt l’attitude de certains recruteurs. Au-delà des questions portant sur mes compétences et mon expérience, on me posait des questions qui relevaient, à mon avis, de ma vie privée : Combien d’enfants avez-vous ?, ils sont à quel stade de développement ?, êtes-vous allaitantes ? », raconte-t-elle.

Nadia affirme avoir répondu sans gêne à ces questions, assumant pleinement son rôle de mère.

« Je répondais fièrement, comme une mère qui cherche à offrir un meilleur avenir à ses enfants. Mais les recruteurs se regardaient et riaient. À ce moment-là, j’ai rapidement compris que je pouvais être victime de discrimination », déplore-t-elle. Aujourd’hui, elle cherche d’autres possibilités afin de pouvoir d’assurer son autonomie financière.

« Mon patron privilégie les candidatures masculines »

Le témoignage d’une autre jeune femme de 23 ans, habitant la commune de Kanyosha, révèle une autre forme de discrimination. En mars dernier, elle apprend d’une amie qu’une entreprise spécialisée dans la vente de produits cosmétiques souhaite renforcer son personnel. Elle décide tenter sa chance et dépose son dossier de candidature.

Mais, selon son témoignage, la réceptionniste lui aurait fait comprendre que les candidatures féminines étaient peu appréciées par le responsable de l’entreprise. « Elle m’a expliqué que son patron n’aimait pas recruter les femmes parce qu’après un certain temps, elles se marient, fondent leur foyer et risquent de ne plus revenir au travail. Pour cette raison, il préférerait travailler avec les hommes », raconte Marie Ange Bukuru, pseudo.

Elle attendra finalement la réponse à sa candidature, mais celle-ci ne viendra jamais. Pour cette jeune femme, cette expérience illustre une réalité préoccupante : certaines femmes peuvent être jugées non pas sur base de leurs qualifications, mais sur leur situation familiale ou sur des suppositions concernant leur avenir.

Des pratiques qui renforcent les inégalités

Dans un contexte de crise économique ponctuée par le chômage endémique, limiter les possibilités d’emploi aux femmes contribue à renforcer les inégalités sociales et économiques. Une femme mariée ou mère de famille ne devrait pas être considérée ou jugée en fonction de ses responsabilités familiales. Cela est une violation flagrante du code du travail. La loi assure, pour toute personne ayant les capacités d’occuper un emploi, l’égalité de chances et de traitement dans l’emploi et dans le travail, sans aucune discrimination directe ou indirecte.

« La loi s’oppose à toute distinction, exclusion ou préférence directe ou indirecte fondées sur la race, la couleur, la langue, la religion, le sexe, l’opinion politique, philosophique ou religieuse, l’activité syndicale, l’origine ethnique ou sociale, l’état de handicap physique ou mental, le statut de porteur du VIH/SIDA ou toute autre maladie incurable, en ce qui concerne l’embauche, la promotion, la rémunération, la rupture du contrat, l’accès à la formation professionnelle, l’accès à l’emploi et aux différentes professions ainsi que les conditions d’emploi de manière générale », art.14.  

Le travail, un droit inaliénable de tous les êtres humains

Le recrutement devrait avant tout reposer sur les qualifications, les compétences, l’expérience et l’aptitude du candidat à exercer le poste proposé. La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes ratifié par le Burundi stipule que la discrimination à l’encontre des femmes viole les principes de l’égalité des droits et du respect de la dignité humaine. Elle entrave la participation des femmes, dans les mêmes conditions que les hommes, à la vie politique, sociale, économique et culturelle de leur pays. Bref, la discrimination fait obstacle à l’accroissement du bien-être de la société et de la famille et qu’elle empêche les femmes de servir leur pays et l’humanité dans toute la mesure de leurs possibilités, ce texte reconnait le droit au travail comme un droit inaliénable de tous les êtres humains. Ainsi, la femme a droit aux droit aux mêmes possibilités d’emploi, y compris l’application des mêmes critères de sélection en matière d’emploi. (Article 11)

Les agences de placement et ou spécialisées dans la gestion des ressources humaines apprécient une certaine évolution positive des mentalités. Il y a une certaine tendance à ne plus considérer les candidatures en fonction de leur sexe mais plutôt de leur savoir-faire. Mme Francine Kanyange, experte en gestion des ressources humaines explique que la discrimination fondée sur le sexe n’est pas du tout acceptée dans leur collaboration avec les partenaires. Lorsqu’un employeur nous exige explicitement de privilégier tel ou tel autre sexe comme critères de sélection des candidats, nous préférons rejeter son offre. L’objectif est de permettre aux femmes, aux jeunes filles et aux hommes de bénéficier des mêmes possibilités en fonction de leurs compétences.

Elle encourage également les femmes à avoir confiance en leurs capacités et à ne pas se sous-estimer. « Les femmes ont les compétences nécessaires pour exercer au même titre que les hommes », estime-t-elle, citant l’exemple de certaines employées qu’elle a recrutées. Selon elle, certaines d’entre elles se distinguent par leur sérieux, leur fiabilité, leur respect des consignes et leur capacité à accomplir efficacement leur travail.

Promouvoir la masculinité positive

Les témoignages recueillis montrent que la discrimination à l’égard des femmes dans le recrutement ne se limite pas nécessairement à un refus explicite d’embauche. Elle peut également intervenir sur fond des préjugés sur la maternité, le mariage ou les responsabilités familiales.

Pourtant, avoir des enfants ne signifie pas être incapable de travailler, tout comme être célibataire ne garantit pas qu’une personne sera plus performante professionnellement.

L’égalité des chances suppose que les femmes et les hommes soient évalués d’abord sur leurs compétences et leur capacité à accomplir les tâches liées au poste. Les employeurs, les responsables des ressources humaines et les recruteurs ont donc un rôle important à jouer dans la lutte contre les stéréotypes liés au sexe. La mise en place de procédures de recrutement transparentes, fondées sur des critères professionnels et clairement définis, pourrait contribuer à réduire les risques de discrimination.

Enfin, permettre aux travailleurs, hommes comme femmes, de mieux concilier leurs responsabilités professionnelles et familiales est également essentiel. La responsabilité de la famille ne devrait pas être considérée comme un problème exclusivement féminin.

Ce dossier rédactionnel a été réalisé dans le cadre du projet « Lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles : transformation des normes sociales discriminatoires – TWIRINDE IKUMIRANA II ». Ce projet est exécuté sur financement de l’Union Européenne à travers ONU Femmes Burundi et mis en œuvre par le consortium composé du Collectif des Associations et ONGs Féminines du Burundi (CAFOB) comme Lead, de l’United for Children Burundi Bw’uno Musi (UCBUM) et du Forum National des Femmes (FNF). Ainsi, le CAFOB apporte un soutien financier à la concrétisation de l’initiative médiatique de promotion du genre mise en œuvre par le magazine Jimbere.

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