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Kirundo : l’exode des hommes laisse des familles à l’abandon

Dans la commune de Kirundo, province de Butanyerera, de nombreuses femmes élèvent seules leurs enfants après le départ de leurs maris à l’étranger. Entre précarité, isolement et tensions sociales, ces foyers fragilisés peinent à survivre, certains hommes cessant tout soutien une fois partis.

Nous sommes sur la colline Nkorwe, dans la zone Rushubije, en commune Kirundo. Dans cette localité, « de nombreux hommes choisissent de partir chercher des moyens de subsistance dans les pays voisins, notamment en Ouganda », témoignent certaines femmes. Même les hommes restés sur place reconnaissent l’ampleur du phénomène : lors des enterrements, il arrive de manquer de bras masculins pour aider, tant la majorité est partie.

Mohamed, habitant de la colline, confie qu’environ 13 hommes sur 20 ménages voisins ont quitté le pays pour tenter leur chance ailleurs.

G. Mukamusoni, 30 ans, mère de trois enfants, raconte que son mari est parti en Ouganda il y a quatre ans sans jamais envoyer de soutien. « Il n’a rien envoyé depuis son départ. Pour nourrir mes enfants, je dois travailler aux champs pour 5 000 francs par jour. Le problème, c’est quand je tombe malade : personne ne s’occupe d’eux », déplore-t-elle. Pour elle, aucune amélioration n’est perceptible : « Il devrait revenir, car je ne vois aucun progrès. »

E.B., 24 ans et mère d’un enfant, vit une situation similaire. Son mari, parti il y a un an, n’envoie qu’un soutien irrégulier. « Il m’envoie 20 000 francs burundais une fois tous les deux mois. Cet argent ne m’aide vraiment pas », insiste-t-elle.

Discriminations et abus…

Ces femmes expliquent qu’elles subissent parfois humiliations et mépris de la part de leurs belles-familles ou de leurs voisins en raison de l’absence de leurs maris. « Il arrive qu’un voisin tente de s’approprier ton champ parce qu’il voit qu’il n’y a pas d’homme pour te défendre », témoigne Mukamusoni.

Dans certains cas, des hommes profitent de cette vulnérabilité pour entraîner les femmes restées seules dans des comportements à risque. Mukamusoni appelle ainsi les femmes à rester fortes et à préserver leur dignité pour l’avenir de leurs enfants. Elle exhorte également les hommes à ne pas profiter de l’absence des maris pour déstabiliser les foyers.

J.N., 25 ans et mère de trois enfants, raconte : « Ma belle-famille a voulu me chasser de la maison parce que mon mari n’était pas là. Ils ont même tenté de me retirer les terres que je cultivais. »

L’administration locale tire la sonnette d’alarme

Samuel Musavyi, chef de la colline Rushubije : « Lors du dernier recensement, 210 hommes sur un total de 1 088 ménages avaient quitté pour travailler à l’étranger. »

Samuel Musavyi, chef de la colline Rushubije, confirme l’ampleur du phénomène : « Lors du dernier recensement, 210 hommes sur un total de 1 088 ménages avaient quitté pour travailler à l’étranger. » Il précise que quelques femmes sont également concernées : « Nous avons recensé cinq femmes parties à l’étranger. »

Selon lui, si certains migrants soutiennent leurs familles, d’autres les abandonnent complètement. « Il y en a qui partent sans parvenir à envoyer quoi que ce soit, ce qui rend la vie très difficile pour leurs proches. » Cette situation affecte directement l’éducation des enfants, certains abandonnant l’école, tandis que des tensions sociales apparaissent au sein des communautés. Il ajoute également que les incompréhensions peuvent aggraver les choses : « Quand un mari revient et constate que l’argent envoyé n’a pas été bien utilisé, il peut décider de ne plus rien envoyer. »

Pour limiter certaines dérives, l’administration locale impose des mesures, notamment sur les horaires de fréquentation des cabarets. « Nous intervenons lorsqu’une femme est encore au cabaret après 19 heures alors qu’elle devrait être à la maison en l’absence de son mari », explique-t-il.

Samuel Musavyi lance enfin un appel : « Ceux qui partent doivent se rappeler que leur première richesse reste la famille. Quand les enfants grandissent sans voir leur père ni recevoir son soutien, cela crée des tensions profondes. »

De son côté, Berchimans Ndikuriyo, administrateur de la commune Kirundo, souligne que ce phénomène n’est pas propre à Kirundo mais concerne presque toutes les communes. Il rappelle que chercher des moyens de subsistance n’est pas un problème en soi, à condition de ne pas abandonner sa famille.

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