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Inclusion des élèves malvoyants : du succès et des défis

Soutenus par la Fondation Uwiragiye, les élèves malvoyants de Penn Blind School, une école spécialisée dans leur éducation et encadrement, se battent pour réaliser leur rêve. Néanmoins, le manque de matériels didactiques adéquats, la discrimination tant individuelle que communautaire ne leur facilitent pas la tâche…

Située en commune Kabezi de la province Bujumbura, la Penn Blind School compte 225 enfants dont de 104 parmi malvoyants (44 filles et 60 garçons). Depuis sa création, elle permet aux élèves vivant avec un handicap de suivre les cours dans de bonnes conditions.

Bertin Nishimwe, élève à Penn Blind School.

Bertin Nishimwe témoigne : « Je suis né normalement comme les autres. J’ai perdu la vue en  4ème année primaire. C’est à ce moment-là que j’ai intégré cette école en 1ère année pour suivre une formation spécialisée aux élèves malvoyants. » Actuellement en 9ème année, il se classe toujours premier et son entourage parie qu’il sera également premier au concours national de cette année.

Malgré cet optimisme, le parcours de Nishimwe n’ pas été de tout repos. Avant l’entrée dans ce système d’éducation inclusive, confie-t-il, la situation  était difficile : «  On étudiait avec ceux qui n’ont d’handicap de malvoyance dans les mêmes conditions d’apprentissage au tableau noir, ce qui me demandait beaucoup d’efforts, d’attention, sans parler de la même façon de nous interroger, etc. »

Aujourd’hui, se réjouit-il, grâce à l’éducation inclusive, étudier avec les autres élèves dit « normaux » n’est plus un problème mais un atout même si cela demande des efforts supplémentaires pour les malvoyants à cause de leur handicap : « Si je peux avoir de bonnes notes plus qu’eux, c’est que ça marche. »

Réussite en dents de scie

Toutefois, le jeune homme estime que le matériel didactique utilisé en cours de mathématique constitue un défi : « ¨Parfois tu te perds et souvent tu dois demander aux camarades de te donner un coup de main sur ce qui n’a pas capté en classe. Il faut se battre et cela demande beaucoup d’efforts. »

Francine Nshimirimana, élève

Francine Nshimirimana née malvoyante et élève à la même école en deuxième année en Sciences Sociales et Humaines, abonde dans le même sens. Pour cette jeune fille de 20 ans, tout n’est pas rose et les défis ne manquent pas. Par exemple, en plein cours raconte-t-elle, les élèves normaux comprennent rapidement car ils lisent facilement ce que l’enseignant écrit sur le tableau. Le malvoyant ne fait qu’écouter ce que dit l’enseignant : «  Ce qui fait que nous restons en arrière. Ils doivent revenir pour nous expliquer après les cours. »

Néanmoins, elle salue la chance qu’elle a d’étudier à Penn Blind School alors que d’autres enfants à handicap n’ont pas eu cette opportunité et dit être heureuse d’être là.  

Pour Shakira Uwase, la camarade de classe de Francine Nshimirimana, la cohabitation est bonne entre élèves à handicap et les autres dits « normaux ». Au départ, soutient-elle, ce n’était pas facile mais avec le temps les élèves ont appris à s’accepter et à s’adapter  à cette situation. Du coup, le caractère discriminatoire diminue.

La tendance au changement de mentalités

Propos corroborés par Bertin Nishimwe pour qui, l’humiliation et la discrimination ne peuvent pas être mises de côté quand on est malvoyant dans le milieu des gens normaux. Néanmoins, lui aussi trouve que tendance commence à s’inverser : «Mais cela est passé par de sacrifice et un combat acharné pour s’imposer. »

Les difficultés, explique-t-il, sont apparues dans les premiers jours de l’éducation inclusive car certaines personnes avaient des doutes sur nos capacités à étudier voire dormir ensembles. D’autres ne nous pensaient pas assez forts pour suivre le rythme et prédisaient même un échec cuisant : « Que ne fut pas leur étonnement en nous voyant classés  dans les premières places. Et depuis, nous avons gagné en respect et la bonne cohabitation entre nous est arrivée naturellement. »

Cet avis est partagé par Francine Nshimirimana pour qui, faire des études apporte aux malvoyants du respect dans la communauté : « Avant que je ne commence à fréquenter cette école  on me traitait de personne sans importance, sans avenir car si on est handicapé, on est discriminé. Les gens me pointaient du doigt en disant que je suis aveugle mais aujourd’hui quand je rentre chez moi, on me respecte car tout le monde voit que j’ai un avenir  et m’encourage à aller de l’avant ».

L’après formation, l’autre bataille

Une des élèves de cette école salue les bonnes relations qui existent entre les 225 enfants que compte la Penn Blind School et se réjouit du fait que ses camarades malvoyants sont plus doués en langues que les élèves normaux. Pour elle, c’est une complémentarité.

Francine Nshimirimana plaide pour que l’Etat puisse rendre disponible le matériel adéquat : « Puisque le matériel qu’on utilise est très cher, je demande surtout à l’Etat de mettre à notre disposition des ordinateurs, des livres, des calculatrices, car c’est difficile pour nous de résoudre les mathématiques », indique-t-elle.

L’autre défi évoqué par les malvoyants est celui de trouver du travail après les études. B. Nishimwe est fâché par le fait que les malvoyants sont discriminés lors du recrutement. D’après lui, la conséquence est qu’ils sont obligés de travailler dans les mêmes centres pour handicapés. Or, selon lui, « il n’y a pas d’amélioration ».

L’appel à un sursaut

Selon Patrice Tuhabonyimana, Directeur de l’Education Inclusive au Ministère de l’Education National, plusieurs activités sont en train d’être réalisées pour mettre en pratique l’éducation inclusive. Parmi les programmes phares figure le renforcement des capacités des enseignants pour leur enseigner quel comportement à adopter selon le handicap de l’enfant, surtout les techniques à utiliser dans l’enseignement et sur la manière de questionner ces élèves.

Patrice Tuhabonyimana, Directeur de l’Education Inclusive au Ministère de l’Education National.

Concernant le matériel didactique, le Directeur de l’éducation inclusive, parle d’un matériel très cher, mais le ministère a doté ces écoles de matériels suffisants pour les lettres et les mathématiques, dit-il. « Même ceux qui n’avaient pas de matériel suffisant, le ministère en dispose d’autres et envisage de le distribuer pour que tous soient satisfaits. Quant aux photocopieuses, elles sont très chères mais nous avons 4 qui peuvent imprimer les livres suffisants. », assure-t-il.

Il appelle les parents à amener leurs enfants malvoyants à ces écoles pour réussir dans la vie. L’administration locale doit soutenir ce projet de l’éducation inclusive à travers la construction d’infrastructures qui favorisent ces enfants et aussi contribuer à l’achat de ces matériaux : «  Dans le budget communal par exemple, la commune peut acheter deux papiers pour les malvoyants. »

Francine Nshimirimana trouve que les choses ont changé́ car, dit-elle, un enfant avec handicap est capable de servir sa famille et la nation.

Audace Coyitungiye, Directeur de Penn Blind School

Pour le Directeur de Penn Blind School, Audace Coyitungiye, l’Etat devrait appuyer significativement ces centres avec un suivi continu : « Nous collaborons avec le ministère mais nous n’avons pas encore atteint le point de satisfaction quant aux moyens mis en place pour aider ces enfants ».

B. Nishimwe n’entend pas arrêter en cours de route et envisage aller plus loin. « Je veux être un enseignant d’anglais, faire même le doctorat. Je veux aussi faire le marketing et travailler dans le business mais aussi être un politicien et petit à petit mes idées grandiront », assure-t-il avec confiance.

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