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« Il est important que les médias permettent aux jeunes de rêver »

Dangereux pour toute société, car facteurs déclencheurs de conflits en visant essentiellement les jeunes, les discours de haine doivent être combattus par tous et particulièrement par les médias. Comment et avec quelle stratégie ? Quelques éléments de réponses avec Roland Rugero, Directeur Exécutif du Magazine Jimbere.

Quel est le rôle des médias dans la lutte contre les messages de haine ?

Agent de validation ou d’invalidation des « vérités » qui circulent dans toute leur subjectivité avec d’autant plus de viralité que les réseaux sociaux sont présents, les médias sont au cœur-même du dispositif de lutte contre les messages de haine, car porteurs de parole. Les mots qui tuent naissent d’abord, grandissent ensuite, occupent les bouches et les imaginaires des opinions, avant de se transformer en violence brute. Dans ce processus de dangereuse croissance, les médias peuvent et doivent intervenir pour rappeler les valeurs de respect de la vie humaine, d’empathie, de lutte contre les stéréotypes.

Qu’en est-il de cette lutte dans les médias burundais ?

Le Burundi connaît une croissance exponentielle des médias sociaux, amorcée avec la fièvre pré-électorale de 2014, portée par la crise politique et sécuritaire consécutive au processus électoral de 2015, et qui s’est prolongée avec l’effet « Covid-19 » qui renforce la communication à distance. Selon le décompte du Conseil National de la Communication, organe institutionnel chargé de réguler le paysage médiatique burundais, il y avait au 29/06/2022, 236 organes de presse toutes catégories confondues, la majorité opérant en ligne. Cette prolifération est un mouvement qui dépasse le seul cadre burundais, qui vise principalement des publics jeunes (et accessoirement sans trop d’occupation) et qui porte en elle des germes de dégénérescence si on n’y prête pas attention.

En contact avec le monde extérieur par les canaux de communication, est ce que ces jeunes n’aspirent pas à la paix ?

En 2022, approximativement plus de 5 millions de Burundais, soit un peu plus de 40 % de la population nationale, ont moins de 18 ans… Ces jeunes n’ont pas connu la guerre civile de 1993, ils grandissent avec YouTube et Facebook, et ont les mêmes idoles que les jeunes d’ailleurs dans le monde qui dorment en riant sur TikTok. Ces jeunes seraient-ils impénétrables aux forces de destruction que portent les messages de haine ? L’histoire nous apprend qu’il ne faut jamais dire catégoriquement « Non ».

Comment alors les tenir loin des tentations de division, de méfiance, de dénigrement, de crime et de mensonge dans lesquelles leurs aînés et parents se sont empêtrés ?

En restant ferme sur l’importance de lutter contre tout message de haine. D’où qu’il vienne, quel que soit son porteur ou l’heure de livraison. En les éduquant aux valeurs de paix, de tolérance, de cheminement vers et avec l’Autre. En leur parlant d’économie, d’entrepreneuriat, de success-stories, de la rage de réussir et de solidarité. En leur ouvrant les yeux, les oreilles et les idées sur le monde, en les tirant de leurs collines pour les amener, par la lecture, la vidéo, vers le monde du talent et ses potentiels de réalisation.  En les faisant rêver. En les poussant à aller de l’avant. En kirundi, ça se dit « Ja-imbere »… (Va de l’avant).

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