Piège ou instrumentalisation, le dilemme du quotidien cache souvent des intentions feutrées aux conséquences parfois désastreuses. Face aux discours persuasifs ou dissuasifs, l’attention par rapport aux choix est de mise.
Dans la mémoire de certains habitants de la colline Gitaramuka, en commune Bisoro, de la province Mwaro, c’est l’appel au boycott du rendez-vous à l’enrôlement des électeurs qui en est l’exemple éloquent. Chacun veut raconter sa version des faits. Alexis*, un quadragénaire du coin, dénonce la rhétorique dissuasive qui désarçonnait plus d’un : « On nous disait qu’il ne vaut pas la peine de s’enregistrer car les résultats des scrutins sont connus d’avance. Pourtant, parmi ceux qui nous déconseillaient de se faire inscrire, il y avait ceux qui avaient répondu à ce rendez-vous qui donne le droit à chaque citoyen d’élire. »
Par ailleurs, soutient Jeanne d’Arc*, habitant elle aussi la colline Gitaramuka, il n’est pas rare de se retrouver face à des individus qui incitent à l’absence aux travaux communautaires, sous prétexte que ces derniers ne seraient que des espaces de propagande de certains politiciens : « Or, c’est à travers ces occasions que les citoyens conjuguent leurs efforts pour construire des infrastructures d’utilité publique, consolider leur cohésion… »
Les dessous des cartes
Cependant, poursuit Jeanne d’Arc*, de telles attitudes cachent souvent des agendas malveillants : « Ce n’est pas toujours facile de déceler l’intention derrière de tels discours. Quand un individu se sent gêné par des initiatives qui rassemblent les citoyens autour d’un objectif constructif commun, il est donc évident qu’il ne cherche pas le bien de sa communauté. »
Pour Sylvère Ntakarutimana, politologue, le langage qu’ont souvent les politiques dépend des échéances politiques que vivent les sociétés. C’est notamment les échéances électorales, ou des échéances à des rendez-vous politiques très importants, où le politique a intérêt à manipuler la population, pour galvaniser les forces de la population en sa faveur. Et la plupart des fois, souligne Ntakarutimana, cette manipulation de la population passe par des distractions, des émotions, du mensonge, en miroitant des solutions futures par rapport à des problèmes qui se posent. Mais le politique sait pertinemment que, même s’il est élu, il ne pourra pas donner des solutions viables à tous les problèmes qui se posent: « Dans ce cas, la population est obligée, non pas de réfléchir sur des questions essentielles, mais sur des questions, tout à fait secondaires par rapport à leurs desiratas. »
Attention aux hostilités !
Si les gens sont mobilisés sans toutefois qu’il y ait une réflexion profonde sur les actions à mener, avertit ce politologue, ils seront donc prêts à la violence. Et s’il y a une catégorie de la population qui veut violer les droits d’une autre, il y aura de la résistance. « S’il y a de la résistance, ce sera peut-être une sorte de légitime défense. Après cette légitime défense, les gens pourront peut-être continuer à la violence, et s’en prendre d’une manière cyclique, avec des conséquences néfastes, notamment des morts, la destruction des biens, etc. »
D’après Gordien Simbizi, conseiller en charge des affaires politiques et sociales en commune Bisoro, il est toujours important d’interagir régulièrement avec la population pour recueillir leurs doléances afin de répondre à leurs besoins dans le souci de prévenir des influences négatives qui peuvent corrompre la communauté.
*nom d’emprunt




