Un discours globalisant et dénigrant circule depuis longtemps dans les milieux ruraux et urbains, et est à l’origine des tensions remarquées entre divers groupes. Comment se constitue-t-il, qui en sont les auteurs, quels sont leurs objectifs et comment s’en protéger ? Eclairage.
On aura du mal à y croire, mais certaines connotations font et défont la réputation de toute une catégorie ou un groupe d’individus dans la société. À Gasare, en commune Matongo, de la province Butanyerera, les Tutsi, les Hutu & les Twa ont été, à une certaine période, victimes de certaines véridictions, qui n’ont fait que polariser toute la communauté de cette région.
Gloriose* (43 ans), habitant Gasare, explique que quand un individu qui appartient à l’une de ce groupe ethnique affiche un mauvais comportement, la faute était collée automatiquement à tout l’ensemble.
Dans ce cas, poursuit-elle, tout le groupe se sentait marginalisé, humilié et à la limite blessé dans sa dignité : « C’est comme ça que les étiquettes ont eu le dessous, et ont provoqué une mauvaise cohabitation. À une certaine époque, les Tutsi étaient assimilés à des fainéants, les Hutu à des personnes brutales, et les Twa à des incompétents. »
Et ce virus de globalisation a envahi les fidèles des confessions religieuses. Dans ce qui paraît être un dénigrement, témoigne Venuste* (50 ans), lui aussi habitant Gasare, entre les catholiques, les pentecôtistes et les musulmans, il y’a une volonté de niveler le bas ceux avec qui on ne partage pas la même foi : « Le plus surprenant est la façon dont on étiquette toujours négativement une religion. Et non le contraire. On entend souvent que les catholiques sont de grands buveurs, voire même des ivrognes, les pentecôtistes comme des avares, ou bien les musulmans considérés comme des coureurs de jupons. »
Une volonté de discréditer

Selon Acher Niyonizigiye, expert en leadership, les messages de dénigrement dans la globalisation sont prononcés lorsque les auteurs de ces messages sont en train de mobiliser politiquement certains groupes de personnes : « Ils le font d’une façon subtile, en présentant les autres comme de mauvaises personnes. »
Et cela se passe, pointe-t-il, surtout pendant les périodes politiques où on a besoin de mobiliser, soit avant les élections, soit en situation de difficulté, soit lorsqu’il y a des problèmes de société, et qu’on veut que les gens restent attachés à vous : « Il y a, au cours de ces périodes, la tendance à vouloir utiliser les langages globalisants. »
Pour Odette*, habitant la colline Gasare, cette attitude de certains individus qui tentent de dénigrer d’une manière générale un groupe ou une catégorie d’individus traduit une volonté souvent inavouée de les discriminer, en les discréditant au sein de l’opinion : « Si par exemple, tous les membres de toute une ethnie sont considérés comme incompétents, ils seront toujours mis à l’écart, et n’auront pas l’occasion de prospérer aux dépens des autres membres d’une autre ethnie. »
Une telle attitude de dénigrement et de globalisation, regrette-t-elle, peut créer des tensions sociales : « Lorsque des individus se sentent discriminés, humiliés et mis à l’écart, ils peuvent s’organiser pour se révolter contre cette injustice, et ce soulèvement engendre souvent des dégâts tant matériels qu’humains »
Abondant dans le même sens, l’expert en leadership Acher Niyonizigiye, alerte sur le danger de la globalisation surtout en dénigrant un groupe d’individus : « Ça fait mal aux victimes de ce genre de messages. Surtout les gens qui, dans ces groupes sont taxés de toutes sortes de maux alors qu’ils sont innocents, et ne sont pas concernés par ces accusations. Parce que c’est quand même injuste qu’on vous accuse d’être méchant, d’être criminel, alors que vous n’avez peut-être tué personne et qu’il n’y a jamais eu de condamnation. Alors, ça fait mal, ça fait des blessures émotionnelles et ça crée de la méfiance entre les victimes et les autres groupes. »
Acher Niyonizigiye soutient que les violences de masse peuvent naître dans telles situations : « La violence de masse n’est jamais quelque chose qui tombe comme ça du ciel. C’est quelque chose qui se prépare dans le cœur. Il y a cette animosité, cette haine qui est là pendant beaucoup de temps, qui se transmet parfois même sur plusieurs dizaines d’années. Si ça ne s’arrête pas, il suffit qu’un jour il y ait un événement qui provoque les gens, et puis les gens se rentrent dedans et s’entretuent. »
Appel à la nuance et à la responsabilité
Cet expert invite les gens qui utilisent ce type de messages de haine à penser aux effets que ça fait sur les victimes en se mettant à leur place. « Il faut qu’ils pensent aux conséquences. Il ne faut pas seulement avoir des objectifs à court terme. Il faut penser aux effets sur la société, dans le moyen et dans le long terme, et éviter d’embraser la société par des messages légers que l’on communique comme ça. Un bon leader pense au long terme, il ne s’intéresse pas juste à ses intérêts immédiats. »
Aux victimes des messages de haine, l’expert invite à ne pas se laisser emporter par la colère : « Lorsque vous acceptez des on-dit, et que vous leur permettez de vous rendre amer, c’est là que les choses vont dégénérer. Donc il ne faut pas que tout ce qui se dit sur les médias, dans l’opinion, soit intégré, accepté. Il y a tellement de choses insensées qui se communiquent, il ne faut pas leur donner de l’espace dans ses émotions et dans ses pensées. »
Pierre Bucumi, chef de colline Gasare, informe que des personnes reconnues coupables de dénigrement dans cette localité sont toujours invités à se ressaisir, et dans le cas échéant, elles sont condamnées à exprimer des excuses publiques, surtout à l’endroit des individus lésés.




