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Le cynisme, un fléau à combattre

Dans une société rongée par des crises multiformes, la solidarité est nécessaire pour afin surmonter les épreuves du destin, qui risqueraient de chahuter la cohésion sociale, si les uns se voilent la face sur la souffrance des autres…

Au Burundi comme ailleurs, la compassion et l’entraide sont des valeurs qui ont toujours guidé la société depuis bien longtemps. Elles ont, en outre, été toujours le moteur du vivre-ensemble et de l’unité.

Pourtant à Karusi, des habitants regrettent que certains individus se montrent insensibles aux souffrances des autres. Égide* (32 ans), décrie un comportement « immoral » qu’affiche certains membres de la communauté à l’égard des autres, quand ces derniers sont confrontés à la pauvreté ou à la misère : « Il y’a des individus qui n’hésitent pas à fermer les yeux sur le malheur de leurs voisins, au lieu de les consoler ou de leur apporter de l’aide. »

Pire encore, regrette Adeline* (40 ans), d’autres individus osent minimiser les épreuves auxquelles leurs concitoyens sont confrontés, se contentant à ne pas prêter attention au sujet : « De leur bouche, ils s’amusent à démontrer que les indigents sont responsables de leur malheur, et qu’ils n’ont qu’à chercher à s’en sortir d’eux-mêmes. »

Peser ses mots

Pour le sociologue Patrice Saboguheba, tout langage ou discours ironisant, sadique, cynique blesse en profondeur l’interlocuteur, qui peut être une personne, un groupe de personnes, une communauté, ou même une nation : « Quand un administrateur, un gouverneur ou un ministre affirme que le carburant coule à flots, alors que ce n’est pas du tout la réalité, ce qu’il est en train de blesser tout ce monde qui marche à pied parce qu’il n’y a pas de carburant. »

Bien plus, avertit Mr Saboguheba, à force d’accumuler ces mécontentements dus aux conditions de vie difficiles, la population, par un petit incident, arrive à se révolter : « Et la révolte, souvent, au niveau des pays, au niveau des peuples, c’est très souvent difficile à maîtriser et à récupérer. La révolte, c’est que quelqu’un qui a accumulé la colère pendant des années ou des mois arrive à user de la force pour montrer que c’est trop. »

Dans ce cas, signale-t-il, les gens de l’environnement ou de la communauté peuvent intervenir pour montrer que, finalement, la victime a raison : « Et là, vous n’allez pas compter sur le nombre de ceux qui vont intervenir. Ça devient grave quand il s’agit d’une révolte qui couvre tout le pays. On risque d’assister à une guerre nationale, une crise nationale, et c’est très difficile à maîtriser. »

Patrice Saboguheba invite tant des citoyens que des leaders à peser les mots, et à éviter le langage, les discours de haine, le langage cynique, sadique, ironique : « Il faut dire le vrai. Il faut la compassion. Et la compassion, quand elle est faite par une autorité, elle met du baume au cœur », conclut-t-il

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