Les autochtones (Batwa) de Rugenge, dans la commune élargie de Mpanda, province de Bujumbura, revendiquent l’accès à la terre afin de pouvoir cultiver et subvenir aux besoins de leurs familles. Malgré les promesses du Président, la majorité d’entre eux vit encore dans la précarité, sans parcelle ni terre cultivable attribuée. Reportage.
Le mercredi 20 août 2025, en fin de matinée, sous un soleil ardent, des voix s’élèvent. Celles des Batwa, autochtones de la colline de Rugenge, qui interpellent l’État pour obtenir ce qu’ils considèrent comme un droit fondamental : l’accès à la terre. Et pour cause, expliquent-ils, sans terre, pas de nourriture, pas de développement, et encore moins d’avenir pour leurs enfants.
« Nous vivons comme des gens sans droits fonciers », confient-ils. Cette situation les empêche non seulement de nourrir convenablement leurs familles, mais aussi de contribuer pleinement à l’ambitieuse vision du Burundi : un pays émergent d’ici 2040 et développé à l’horizon 2060.
Des familles nombreuses, peu de terres, beaucoup d’espoirs

Sur la colline Rugenge, vivent 36 familles Batwa, chacune comptant entre 6 et 10 enfants. D’après Evariste Niyonkuru, autochtone et conseiller collinaire en fin de mandat, et candidat pour le prochain mandat (2025–2030) seules 22 d’entre elles ont reçu des parcelles mesurant 15 sur 20 m, octroyées par la commune. « Lorsqu’un fils veut se marier, il construit sa maison sur la parcelle de son père, faute de mieux », déplore-t-il.
Faute de terres à cultiver, les Batwa de Rugenge se lèvent à l’aube pour travailler dans les champs d’autrui. Une journée de dur labeur leur rapporte entre 4 000 et 5 000 Fbu, à peine de quoi nourrir leur famille une fois par jour, le soir.
« Nous mangeons peu, très peu. Nos familles sont nombreuses, et nous n’avons pas de terre derrière nos maisons pour cultiver », raconte Niyonkuru, visiblement affecté par cette réalité.

Outre le travail agricole dans les champs d’autrui, certaines femmes s’adonnent encore à la poterie. C’est le cas d’Odila Ngendakumana, une quinquagénaire. Mais même là, les difficultés persistent : l’argile nécessaire à leur activité est difficilement accessible.
« Parfois, je suis obligée d’en voler. Et quand on nous attrape, on nous frappe ou on nous oblige à travailler gratuitement dans leurs champs. Un jour, ils vont finir par nous tuer », lâche-t-elle, les yeux embués.
Si on lui octroyait une parcelle cultivable, Mme Odila confie qu’elle cultiverait du riz, du maïs ou des haricots, et élèverait des animaux domestiques. Elle y voit une chance de bâtir un avenir digne : « Si on me donne une parcelle, je ne la vendrai jamais ni ne la louerai. »
L’administration locale reconnaît le problème, mais temporise

Isaac Nyandwi, secrétaire exécutif de la commune Mpanda et ancien administrateur de Rugazi, confirme la présence des autochtones. Il précise que la commune Mpanda regroupe désormais les anciennes communes de Rugazi, Mpanda et Gihanga.
Il déclare :« Là où j’étais administrateur, nous avons installé les autochtones dans des villages. Certains ont demandé des terres cultivables et en ont reçu. Mais nous leur avons dit que ces terrains leur étaient attribués à titre provisoire, pour éviter qu’ils ne les vendent ou ne les louent. D’autres ne les ont pas encore reçues. »
Il ajoute que dans la commune élargie de Mpanda, ceux qui n’ont pas de logement ou vivent chez d’autres, comme ceux qui n’ont pas de terres cultivables, doivent patienter. Il précise :« Nous leur demandons de continuer à dresser des listes des autochtones. Nous consulterons les registres fonciers pour identifier les terrains disponibles. Nous travaillerons à partir des listes qui nous seront transmises. »
M. Nyandwi affirme que l’administration continuera également à encourager les autochtones à travailler dur pour qu’ils puissent eux-mêmes acheter des terrains et construire leurs maisons, rappelant que certains y sont parvenus.
Une promesse présidentielle encore non tenue
Le 18 août 2023, lors de la Journée internationale des peuples autochtones à Ruyigi, le Président Évariste Ndayishimiye avait promis d’octroyer un hectare de terre cultivable par famille autochtone. Une promesse réitérée le 9 août 2025 à Buganda, dans l’actuelle province de Bujumbura « .
Il a déclaré : « La Constitution précise clairement que tout Burundais doit disposer d’un lieu de résidence. Plutôt que les Batwa restent toujours des errants, qu’ils puissent eux aussi bénéficier d’un endroit où vivre, construire, cultiver et élever du bétail ». Pourtant, à ce jour, aucune attribution officielle n’a été faite aux familles Batwa de Rugenge.
« Nous espérons que cela se concrétisera. Le Président a été clair. Ce que nous voulons, c’est simplement que sa parole soit respectée », insiste Evariste Niyonkuru.




