Avec une enveloppe historique de plus de 7 000 milliards de francs burundais, le budget 2026-2027 affiche de grandes ambitions. Hausse des recettes, investissements annoncés et remboursement de la dette figurent parmi les priorités. Mais pour les économistes et les analystes, la réussite de cette loi de finances ne se mesurera pas à son montant record. Elle dépendra surtout de sa capacité à améliorer concrètement les conditions de vie des Burundais.
Selon les données publiées par la Banque de la République du Burundi (BRB), les recettes fiscales collectées par l’Office burundais des recettes (OBR) au cours de l’exercice budgétaire écoulé sont estimées à plus de 2 100 milliards de FBu entre juillet 2025 et avril 2026. L’objectif annuel était de plus de 2 514 milliards de FBu. Pour l’exercice 2026-2027, le gouvernement prévoit des recettes fiscales de plus de 3 684 milliards de FBu, soit une augmentation projetée de 46 %.
Le budget 2026-2027 prévoit des ressources de plus de 6 347 milliards de FBu contre des dépenses de 6 732 milliards, auxquelles s’ajoutent les opérations de trésorerie portant l’enveloppe globale à 7 014 milliards de francs burundais.
Concernant les recettes non fiscales, le budget 2026-2027 fixe un objectif de plus de 787 milliards de FBu, contre plus de 941 milliards de FBu prévus lors de l’exercice précédent, soit une diminution de 16 %.
S’agissant des dons, les réalisations enregistrées entre juillet 2025 et avril 2026 s’élèvent à plus de 451 milliards de FBu. En dix mois, elles représentaient environ un tiers de l’objectif annuel. Pour l’exercice en cours, les dons sont estimés à plus de 1 773 milliards de FBu, soit une augmentation projetée de 34 %.
La répartition du budget…

En analysant la répartition du budget, Gaspard Kobako, président du parti AND-Intadohoka au Burundi, relève que le ministère des Finances bénéficie d’environ 916 milliards de FBu, principalement destinés au remboursement de la dette publique. Le ministère de l’Education nationale reçoit près de 764 milliards de FBu, mais il regrette qu’une part importante de cette enveloppe soit consacrée aux dépenses administratives. Il cite également les budgets alloués à la Défense (674 milliards de FBu) et à l’Agriculture (622 milliards de FBu), estimant que les secteurs directement productifs devraient être davantage privilégiés.
Pour Diomède Ninteretse, expert en économie, l’augmentation du budget n’aura de sens que si elle produit des résultats concrets. Il rappelle que les principaux secteurs financés sont l’éducation, l’agriculture, les infrastructures, la santé, ainsi que l’énergie et les mines. Selon lui, l’efficacité du budget devra être évaluée à travers la création d’emplois, l’amélioration des services publics et du pouvoir d’achat des Burundais, plutôt qu’à travers les seuls montants alloués.
Pour Michel Masabo, professeur d’économie à l’Université du Burundi, le budget 2026-2027 est marqué par une hausse simultanée des recettes et des dépenses. Les prévisions de recettes progressent de 25,5 % par rapport au budget révisé de l’exercice précédent, tandis que les dépenses augmentent de 29 %.
Il relève toutefois que les dépenses de fonctionnement représentent encore près de 48 % du budget, alors que les investissements devraient être davantage renforcés. L’universitaire attire surtout l’attention sur l’importance du déficit budgétaire qui, hors dons, dépasse 2 260 milliards de FBu, traduisant une forte dépendance du budget à l’aide extérieure pour financer les projets prévus.
Une dette toujours préoccupante…
Selon les données de la BRB, la dette publique intérieure s’élevait à près de 6 200 milliards de FBu à la fin du mois d’avril dernier. La dette publique extérieure atteignait, quant à elle, un peu plus de 1 900 milliards de FBu sur la même période.
Au cours de l’exercice budgétaire précédent, le service de cette dette a généré un peu plus de 312 milliards de FBu d’intérêts à rembourser. Pour le budget 2026-2027, plus de 2 121 milliards de FBu sont prévus pour le remboursement de la dette publique.

Diomède Ninteretse soulève également une autre préoccupation : le déficit budgétaire. Selon lui, sans les dons extérieurs, celui-ci dépasserait 2 260 milliards de FBu, preuve que le financement du budget demeure fortement dépendant de l’appui des partenaires techniques et financiers.
Il confie : « La dette publique n’est pas nécessairement négative, mais lorsqu’elle finance essentiellement des dépenses non productives, elle devient un frein au développement. »
Un budget qui sera jugé à l’aune de ses résultats
Pour Diomède Ninteretse, l’augmentation du budget ne constitue pas, à elle seule, un indicateur de réussite. L’efficacité d’une loi de finances devrait, selon lui, être mesurée à travers des résultats tangibles : le nombre d’emplois créés, l’amélioration du pouvoir d’achat, la qualité des infrastructures, des écoles et des centres de santé, ainsi que l’accès à l’énergie.
A ses yeux, les pénuries récurrentes de carburant, les coupures d’électricité, le chômage et l’inflation montrent que les budgets précédents n’ont pas encore produit les effets attendus : « Un budget réussi n’est pas celui qui dépense davantage, mais celui qui transforme chaque franc investi en résultats visibles pour la population. »
En examinant la ventilation des crédits budgétaires, Gaspard Kobako estime que certaines allocations mériteraient d’être revues. Il cite notamment le ministère de l’Education nationale, où une part importante des ressources est absorbée par l’administration centrale.
Selon lui, ces crédits devraient davantage servir à renforcer la formation des enseignants, améliorer la qualité de l’enseignement et développer l’enseignement technique et professionnel.
Il s’interroge également sur le poids du remboursement de la dette dans le budget du ministère des Finances et appelle à veiller à ce que les emprunts contractés servent effectivement à financer des secteurs capables de soutenir durablement la croissance économique.
« Quand on rate l’éducation d’un pays, on compromet son développement. Les investissements doivent d’abord améliorer la qualité de l’enseignement », indique-t-il.
Les secteurs jugés prioritaires pour soutenir la croissance

Pamphile Malayika, ancien député, estime que le budget répond en partie aux préoccupations soulevées par les parlementaires, notamment les pénuries d’engrais, de carburant et de médicaments, les coupures d’électricité, le manque d’eau potable ainsi que la dégradation des infrastructures routières.
Il relève que la subvention destinée aux engrais passe de 308 à 455 milliards de francs burundais. Une hausse qu’il juge encourageante, mais encore insuffisante dans un pays où près de 90 % de la population vit de l’agriculture.
Dans les secteurs sociaux, confie Malayika, le budget de l’Education passe de 682 à 764 milliards de FBu, tandis que celui de l’Université du Burundi augmente de 37,9 à 53,4 milliards de FBu. Les crédits alloués au secteur de la Santé atteignent 315,5 milliards de FBu, soit près de 100 milliards de plus que lors de l’exercice précédent.
Selon toujours Malayika, les investissements sont également renforcés dans les infrastructures. Le ministère de l’Energie bénéficie de plus de 188 milliards de FBu, tandis que celui des Infrastructures dispose de près de 397 milliards de FBu, dont 60,8 milliards destinés aux routes. Des financements sont également prévus pour améliorer l’accès à l’eau potable et développer les projets énergétiques.
« Ces augmentations constituent un signal positif, mais elles ne suffiront pas, à elles seules, à résoudre durablement les problèmes auxquels la population est confrontée, » confie-t-il
Pour Diomède Ninteretse, les ressources publiques devraient être orientées en priorité vers la modernisation de l’agriculture, le développement des industries de transformation, l’énergie, la recherche scientifique, l’innovation, la digitalisation ainsi que la formation professionnelle afin de favoriser la création d’emplois.
Gaspard Kobako partage cette vision. Il considère que les secteurs productifs doivent rester au cœur des priorités budgétaires. Il cite notamment l’agriculture, l’élevage, les mines, l’énergie, les infrastructures et l’industrie, qu’il considère comme les principaux moteurs de la croissance économique. « Les secteurs porteurs de croissance doivent être prioritaires, car ce sont eux qui créent les richesses et les emplois. »
Interrogés sur les secteurs à privilégier, plusieurs citoyens placent l’agriculture au premier rang. Ils souhaitent que les engrais, les semences et les autres intrants agricoles soient disponibles dès le début des saisons culturales afin d’améliorer les rendements.
D’autres estiment qu’un approvisionnement régulier en carburant, le développement de l’élevage ainsi que des investissements dans l’éducation permettront de soutenir durablement l’économie et d’améliorer les conditions de vie de la population.
Une gouvernance budgétaire davantage axée sur les résultats
Au-delà des montants inscrits dans la loi de finances, Diomède Ninteretse plaide pour une meilleure exécution des projets publics, davantage de transparence dans la gestion des ressources et une réduction des dépenses peu productives. Il estime également que l’augmentation des recettes publiques devrait provenir avant tout de la croissance de la production nationale, plutôt que d’un alourdissement de la pression fiscale.
De son côté, Gaspard Kobako appelle à une révision des priorités budgétaires afin que les ressources de l’Etat soient davantage orientées vers les secteurs créateurs de richesse et de valeur ajoutée : « Un budget n’a de valeur que lorsqu’il améliore concrètement la vie des citoyens. »
Les analyses de Diomède Ninteretse et de Gaspard Kobako convergent vers une même conclusion : le succès du budget 2026-2027 sera jugé non pas à l’importance des montants votés, mais à sa capacité à améliorer durablement le quotidien des Burundais.
Une pression fiscale toujours élevée pour l’économie burundaise

Selon Michel Masabo, la pression fiscale correspond au rapport entre l’ensemble des prélèvements obligatoires et le produit intérieur brut (PIB). Il estime qu’elle devrait atteindre au moins 20 % pour permettre à l’Etat de financer efficacement les services publics et les investissements.
Il rappelle qu’au Burundi, elle oscille entre 16 % et 19 %, un niveau qu’il juge encore insuffisant pour répondre aux besoins de financement de l’Etat. Toutefois, au regard de la structure de l’économie burundaise, cette pression demeure déjà élevée.
Michel Masabo souligne qu’une fiscalité trop lourde peut réduire la consommation des ménages, ralentir l’activité économique, décourager les investissements privés et inciter certains contribuables à adopter des comportements d’évitement fiscal.
Des recommandations pour une meilleure exécution du budget
Michel Masabo recommande de fixer des objectifs budgétaires réalistes, notamment en évitant de surestimer les recettes attendues des dons extérieurs. Il appelle également à renforcer la mobilisation des ressources internes, à élargir l’assiette fiscale, à améliorer la transparence dans la gestion des finances publiques, à réduire les dépenses non essentielles et à privilégier les investissements productifs.
Pamphile Malaika plaide, quant à lui, pour une meilleure gouvernance des finances publiques. Il recommande de réduire les dépenses de fonctionnement jugées excessives, de renforcer le contrôle de l’utilisation des fonds publics et d’assurer une récupération plus efficace des fonds détournés.
Pour Diomède Ninteretse, la réussite du budget 2026-2027 dépendra avant tout de la qualité de son exécution. Il recommande au gouvernement de renforcer la mobilisation des recettes intérieures afin de réduire la dépendance aux financements extérieurs, de veiller à une utilisation plus efficace des ressources publiques en privilégiant les secteurs créateurs de richesse, d’améliorer la transparence ainsi que le suivi de l’exécution budgétaire, tout en maîtrisant le déficit et le recours à l’endettement.
Il insiste également sur la nécessité d’accélérer la mise en œuvre des projets d’investissement et de renforcer la coordination entre les différentes institutions publiques afin que les crédits inscrits au budget produisent des résultats concrets au bénéfice de la population.




