Pour de nombreux Burundais, le rapatriement volontaire des réfugiés ne relève pas seulement d’un impératif humanitaire. Il constitue aussi un levier essentiel de réconciliation, de cohésion sociale et de prévention des violences de masse. A Nyanza, en province de Burunga, habitants, autorités locales et spécialiste de la résolution pacifique des conflits appellent à renforcer la confiance, à combattre les discours de haine et à promouvoir un dialogue susceptible d’encourager le retour des exilés.
Le retour des réfugiés burundais continue d’alimenter les débats. Au-delà des enjeux humanitaires, plusieurs habitants de la commune de Nyanza y voient une condition essentielle pour consolider la paix et prévenir de nouvelles tensions susceptibles de fragiliser la cohésion sociale.
Ces témoignages ont été recueillis le 3 juin 2026 lors d’une descente de presse organisée dans le cadre d’un projet de lutte contre les discours de haine soutenu par l’organisation La Benevolencija. Des journalistes se sont rendus sur la colline Muyange, en commune de Nyanza, province de Burunga, afin de recueillir les perceptions des populations sur les réfugiés burundais vivant encore à l’étranger, les discours entourant leur retour et les solutions envisagées pour favoriser leur réintégration.
Rumeurs, peur et méfiance freinent le retour
Pour Espérance Nkurikiye, habitante de la colline Muyange, la désinformation reste l’un des principaux obstacles au retour volontaire des réfugiés. « Lorsque les réfugiés sont encore à l’extérieur du pays, beaucoup de rumeurs circulent. Quand nous leur envoyons des messages pour les encourager à rentrer, ils nous répondent : « N’êtes-vous pas au courant de ce qui se passe dans le pays ? Bujumbura est tombée. » Nous leur expliquons que ce qu’ils entendent depuis l’étranger ne correspond pas toujours à la réalité que nous vivons ici », témoigne-t-elle.
Selon elle, ces informations alimentent un climat de peur qui dissuade de nombreux exilés de rentrer. « Ils finissent par croire qu’ils risquent d’être maltraités s’ils reviennent », affirme-t-elle.
A ses yeux, cette méfiance fragilise les efforts de consolidation de la paix. Elle plaide pour une présence accrue des autorités dans les camps de réfugiés afin d’y diffuser des informations fiables sur la situation du Burundi. « L’Etat devrait se rendre dans les camps de réfugiés pour leur expliquer que le Burundi est en paix, afin qu’ils retrouvent confiance, rentrent au pays et contribuent au développement grâce à leurs projets », suggère-t-elle.

Daphrose Niyonzima, habitante de la colline Muyebe, partage ce constat. Elle observe que les incompréhensions persistent entre ceux qui sont restés au pays et ceux qui vivent encore en exil. « Ceux qui sont restés au Burundi demandent aux réfugiés de rentrer, tandis que certains réfugiés répondent que ce sont plutôt ceux qui sont restés qui risquent de disparaître. D’autres encore découragent leurs proches de revenir par crainte qu’ils ne réclament les terres familiales », explique-t-elle.
Pour elle, un retour librement consenti offre de meilleures chances de réintégration. « Lorsqu’ils rentrent volontairement, ils reviennent avec enthousiasme. En revanche, lorsqu’ils sont rapatriés contre leur gré, ils restent inquiets et certains envisagent même de repartir », souligne-t-elle.
Le retour des réfugiés, un atout pour le développement
Au-delà de la paix, plusieurs habitants estiment que le retour des réfugiés représente également une opportunité pour le développement économique du pays.
P. B., habitant de Muyange, estime que l’absence prolongée de milliers de Burundais prive le pays de compétences et d’initiatives précieuses. « Lorsqu’ils rentrent, ils investissent, développent des activités génératrices de revenus, paient des impôts et participent à la croissance économique du pays », explique-t-il.
Il encourage les autorités à poursuivre les efforts visant à améliorer les conditions de vie afin de renforcer la confiance des réfugiés qui hésitent encore à rentrer.

Même constat chez Désiré Mukunzi, conseiller de la colline Muyange. Ancien réfugié, il raconte avoir découvert une réalité bien différente de celle qui lui était décrite lorsqu’il vivait à l’étranger. « Ce que j’entendais lorsque j’étais réfugié ne correspondait pas à ce que j’ai trouvé au Burundi. On nous parlait de guerre, de tueries et de conditions de vie très difficiles. En revenant, j’ai trouvé un pays paisible », témoigne-t-il.
Selon lui, les rapatriés peuvent jouer un rôle déterminant pour rassurer ceux qui vivent encore en exil. « Nous leur montrons que les discours qu’ils entendent à l’extérieur ne reflètent pas toujours la réalité. Nous accueillons les personnes qui reviennent et organisons des rencontres entre les rapatriés et les communautés d’accueil afin de favoriser la réconciliation », explique-t-il.
Miser sur le dialogue pour prévenir les violences
Pour Dismas Ndayikengurukiye, spécialiste de la résolution pacifique des conflits, le rapatriement volontaire des réfugiés constitue un enjeu majeur pour la prévention des violences de masse.
Selon lui, les crises successives ont favorisé l’émergence de perceptions divergentes entre les populations restées au pays et celles vivant encore à l’étranger. « Lorsqu’un pays compte des réfugiés vivant hors de ses frontières, des discours de méfiance apparaissent aussi bien chez ceux qui sont partis que chez ceux qui sont restés », explique-t-il.
Il estime que les causes profondes de l’exil, lorsqu’elles ne sont pas totalement résolues, entretiennent ces tensions. « Certains considèrent que les réfugiés ne sont pas indispensables au développement du pays et que la vie continue sans eux. D’autres estiment, au contraire, que leur retour est nécessaire. D’autres encore pensent que, s’ils ne reviennent pas volontairement, ils finiront par être rapatriés de force », analyse-t-il.
Pour prévenir toute résurgence des violences, il préconise de privilégier le dialogue. « Les Burundais devraient accueillir favorablement les réfugiés désireux de rentrer afin d’échanger avec eux sur les conditions de leur retour et de reconstruire ensemble le pays. C’est aussi une manière de réduire les discours de haine », recommande-t-il.
Pour les personnes interrogées, le rapatriement volontaire ne se résume donc pas à un simple retour physique. Il représente un processus de reconstruction de la confiance, de réconciliation nationale et de consolidation de la paix.
A leurs yeux, créer un environnement où chaque réfugié peut choisir de rentrer librement, dans la dignité et en toute sécurité demeure une condition essentielle pour bâtir un Burundi durablement apaisé.




