A l’approche de l’élection présidentielle de 2027, les appels à la tolérance, au respect des opinions divergentes et au rejet de la violence se multiplient. Universitaires, politologues et responsables politiques s’accordent sur une conviction : des élections pacifiques constituent un levier essentiel pour consolider la démocratie, préserver la cohésion sociale et construire un Burundi durablement apaisé.

Il arrive que certains candidats, après avoir beaucoup investi dans leur campagne dans l’espoir d’une victoire, refusent les résultats proclamés par la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Certains vont jusqu’à exercer des pressions sur ses membres afin de les pousser à falsifier les résultats du scrutin. C’est notamment ce qu’a vécu le professeur Paul Ngarambe lors des élections de 2005, comme il l’a confié à Yaga.
D’autres s’en prennent verbalement aux sympathisants des partis adverses, entonnent des chants dénigrants ou diffusent des messages de haine. Dans les cas les plus extrêmes, certains recourent à la violence physique en blessant des personnes ayant des opinions politiques différentes ou en incendiant leurs permanences.
Depuis le début des élections législatives de 2025, le président de la République appelle régulièrement à la tolérance, au respect mutuel et à l’unité nationale.
Lors de son discours de lancement officiel de la campagne électorale, le 9 mai 2025, le chef de l’Etat a attiré l’attention de tous les Burundais sur le comportement à adopter pendant la campagne, la période post-électorale et, plus largement, dans la vie quotidienne. « Ceux qui participent à la campagne ne devraient pas s’insulter les uns les autres. C’est normal d’accepter la défaite. Ce n’est pas une fatalité d’être vaincu lors des élections », a-t-il souligné.
Et d’ajouter : « Félicitez ceux qui ont remporté les élections, parce qu’ils gouverneront dans l’intérêt de tout le peuple burundais. Faites-le en faisant prévaloir l’humanité, l’hospitalité et la tolérance qui ont toujours caractérisé les Burundais. Dites ce qui peut sauver et non détruire. Vivez en paix et respectez-vous mutuellement. Les Burundais savent discerner et voteront librement pour le candidat qu’ils jugeront le meilleur. Il n’est pas nécessaire de recourir à la violence. »
Les traumatismes du passé, à l’origine de l’intolérance politique

Lors d’une table ronde consacrée à la gestion des traumatismes du passé, organisée en février 2025 et réunissant des professeurs d’université, des responsables politiques, des étudiants et des journalistes, le professeur Denis Banshimiyubusa, politologue, est revenu sur les causes des traumatismes et leurs conséquences.
Selon lui, les séquelles des guerres civiles qu’a connues le Burundi se manifestent encore aujourd’hui à travers des expressions violentes dans les discours politiques et sociaux. « En écoutant les dirigeants ou les citoyens, on entend parfois des messages de haine, de clivage ethnique, religieux ou autre. C’est une caractéristique indéniable d’un traumatisme du passé qui n’a pas été efficacement géré. »
Et de poursuivre : « Croire que les autres sont toujours méchants et que les nôtres sont toujours bons est une erreur liée à ce type de traumatisme. Celui qui a été traumatisé traumatise à son tour. »
Selon ce politologue, certains dirigeants propagent parfois des discours de haine afin de mobiliser l’opinion contre ceux qu’ils considèrent comme des « ennemis ». Cette dynamique nourrit la méfiance, l’hyper vigilance, le manque de confiance envers autrui et l’incitation à la violence, enfermant ainsi le pays dans un cercle vicieux de conflits et de vengeances qui freine l’avènement d’une démocratie durable et d’un développement inclusif.
Pour lui, les élections ne devraient pas raviver ces traumatismes, mais contribuer à les guérir grâce à des scrutins transparents et apaisés.
De son côté, la professeure Hélène Mpawenimana, enseignante-chercheuse à l’Université du Burundi, estime que les motivations qui poussent certains à propager des messages de haine sont diverses. « Certains diffusent des messages de haine parce qu’ils cherchent à protéger des intérêts particuliers ou à atteindre des objectifs personnels, qui ne sont généralement pas d’intérêt collectif. C’est pourquoi ils tentent d’influencer les autres à adhérer à une cause qui n’est pas toujours bénéfique. »
Un changement de mentalité, un impératif

Le 2 janvier 2026, lors d’une conférence de presse, le secrétaire général du CNDD-FDD, Révérien Ndikuriyo, a exhorté les membres de son parti à changer de mentalité et à adopter une communication non violente dans leurs discours, tout en saluant ceux qui s’y emploient déjà.
« Prêchez par le bon exemple. N’allez pas prier le matin et insulter vos adversaires l’après-midi. N’oubliez pas que, dans vingt ans, ce que vous semez aujourd’hui, vos enfants le récolteront, peut-être même lorsque vous ne serez plus là. Privilégiez une communication non violente, porteuse de cohésion sociale, et soyez des artisans de paix dans votre entourage, » a t il conseillé.
Lors d’une séance de sensibilisation destinée aux membres du parti CODEBU, en avril 2022, le professeur Denis Banshimiyubusa avait déjà insisté sur la liberté, l’égalité et la tolérance comme valeurs fondamentales devant guider les acteurs politiques durant les périodes électorales. « Tant que tu adhères au parti de ton choix, mais que tu refuses à l’autre la liberté de choisir un parti différent du tien, tu n’as pas encore atteint la démocratie. »
L’espoir d’un Burundi pacifique

Pour la professeure Hélène Mpawenimana, chaque citoyen doit devenir un ambassadeur de la paix. « Nous devons réfléchir à l’avenir que nous souhaitons pour nos enfants. Si nous voulons leur offrir le meilleur, nous devons promouvoir le pardon et la réconciliation entre adultes, avancer vers une société où être Hutu ou Tutsi n’est plus perçu comme un problème ou un danger, et où appartenir à des partis différents contribue plutôt à renforcer l’harmonie. »
De son côté, la Dre Sœur Rosette Minani, enseignante-chercheuse en socio-anthropologie et vice-doyenne de la Faculté des lettres et des sciences humaines, estime que chacun doit préserver son humanité et rejeter toute logique d’exclusion.
« Nous devons accepter l’autre dans sa différence. Le dialogue intergénérationnel est essentiel. Il faut écouter l’autre, comprendre sa diversité et rechercher les points communs qui nous permettront d’avancer ensemble », insiste-t-elle.
Elle souligne également que les nombreux dialogues et formations organisés à travers le pays en faveur du vivre-ensemble nourrissent l’espoir.
« Plusieurs associations et initiatives montrent que nous sommes toujours à la recherche de cette harmonie. L’être humain aspire à la dignité et à la paix. C’est en devenant solidaires malgré nos différences de croyances et d’idéologies, tout en poursuivant des objectifs communs, que nous pourrons y parvenir », conclut-elle.




