Le gouvernement sort progressivement du mode austérité pour investir davantage dans la relance économique. Cependant, la gestion du budget accuse des irrégularités notoires qui dénotent une certaine malversation économique. La société civile dénonce des spéculations autour de la mise en œuvre du budget. Ce qui crée un environnement propice à toutes sortes de détournement des deniers publics, de blanchiment d’argent. Elle appelle au respect de la loi des finances publiques dans l’engagement des dépenses publiques. Analyse.
Si les charges du budget général de l’Etat pour l’exercice 2022-2023 s’élèvent à un montant de 2 470, 2 milliards de FBu alors que les ressources publiques prévues sont estimées à 2194,8 milliards de FBu sur la même période, le budget de 2023-2024 consacre une hausse respectivement de 46,8% et 65,2% pour les deux rubriques.
La gestion des finances publiques connait un déficit chronique. Ce qui se répercute sur l’encours de la dette publique. Pour l’année budgétaire 2022-2023, le déficit est de 197,4 milliards de FBu. Ce déficit est tiré par l’augmentation du budget alloué à l’investissement compte tenu des priorités du gouvernement pour booster l’économie nationale. Or, plus le déficit augmente, plus la dette publique intérieure-qui frôle les 4 000 milliards de FBu explose.
Les hypothèses macroéconomiques de projection pour l’exercice en cours reposent sur une croissance de 4,6 % et une inflation estimée à 8%. Cela dans un contexte de crise économique marquée par la pénurie récurrente des produits de base. Les données de l’Institut National de la Statistique du Burundi (INSBU) montrent que le taux d’inflation annuel s’établit à 32,6% en avril 2023.
Quid des projets phares ?
Dans le secteur agropastoral, le gouvernement mise sur la subvention des engrais pour un montant de 61 milliards de FBu. L’autre projet concerne le développement des chaînes de valeur bovine, porcine et avicole à travers la politique de repeuplement pour un budget de 15 milliards de FBu.
Dans le domaine des infrastructures, le gouvernement privilégie le projet pharaonique de construction du chemin de fer pour un budget de 258,2 milliards de FBu. En outre, le gouvernement poursuit le projet la construction des bâtiments administratifs pour un montant de 11 milliards de FBu et l’entretien des infrastructures routières pour un montant de 21,7 milliards de FBu.
Le budget apporte aussi un soutien financier de 32 milliards de FBu au projet de digitalisation des services publics. La digitalisation implique les travaux de modernisation de la collecte des recettes publiques en particulier et des services publics en général.
Un faible taux d’exécution
Au niveau global, le taux de décaissement du budget de l’Etat à la fin du premier trimestre 2022-2023 est de 17,9 %. Ce taux résulte des dépenses prévues dans les Plans de Travail et Budget annuel (PTBA) de chaque ministère et institution au cours de cette période.
Le taux d’exécution des investissements sur ressources intérieures est de 12,1 %. Ainsi sur 794 milliards de FBu prévus, 95, 6 milliards de FBu étaient déjà exécutés à la fin de cette période. « La plupart des marchés étaient en processus de passation pour être exécutés. Ce qui est à la base de la justification du faible taux d’exécution budgétaire enregistré sur cette rubrique », apprend-on du rapport d’exécution budgétaire pour le premier trimestre.
Le même rapport renseigne que les exonérations accordées jusqu’à la fin du mois d’octobre 2022 s’élèvent à 67,2 milliards FBu. Le gros des exonérations (62,4 %) ont été accordées dans le cadre de la convention de Vienne sur les relations diplomatiques et consulaires. Par contre, les exonérations accordées dans le cadre des incitations fiscales aux investisseurs via le Code des investissements représentent 30,6% des exonérations totales. Le rapport d’exécution du budget renseigne que 2 910 conseils des notables/quartiers ont été mis en place à l’échelle nationale, mais qu’aucun sou n’a été décaissé sur les 375 millions de FBu prévus.
Dossier réalisé par Benjamin Kuriyo, Hervé Irankunda, Christian Bigirimana et Jérémie Misago dans le cadre de la synergie des medias de la presse écrite (Iwacu, Burundi Eco) et en ligne (Yaga et Jimbere).




