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Budget de la Sosumo 2023/2024: le fonctionnement aux dépens de l’investissement

Pénurie de sucre au Burundi ? Ça fait parler d’elle depuis 2016, selon les médias. La Sosumo, l’unique usine locale de production du sucre, ne peut en produire qu’un maximum de 23.000 tonnes, la moitié de la demande globale. A l’heure où les importations ne sont pas libéralisées et la concrétisation des projets de modernisation et extension envisagés se fait attendre, quid du budget annuel de cette société sucrière ? Analyse.

Sur les 1828 pages que compte le document portant loi des finances du Burundi 2023/2024, une affaire de 19 pages de la partie annexe est consacrée au budget annuel de la « Société Sucrière de Moso », la Sosumo. Dans la partie gauche du budget, trois lignes seulement représentent la répartition des 62 milliards de Fbu prévus comme recettes totales.

La première ligne de cette partie correspond aux recettes de 27,8 milliards de Fbu attendues de la vente du sucre produit à l’usine. La seconde est libellée « commercialisation du sucre importé » (15.000 tonnes) avec une prévision de recettes correspondantes de 33,4 milliards de Fbu. En troisième position, ce sont les 715 millions de Fbu attendus de la commercialisation de la mélasse.

Quant à la partie droite consacrée aux dépenses, plusieurs lignes s’étalent sur l’ensemble des 19 pages pour déterminer les programmes, les actions et/ou les activités planifiés sur toute l’année, cela faisant en tout un total de 80,6 milliards de Fbu et un déficit de 18,6 milliards de Fbu.

Un budget essentiellement fondé sur le fonctionnement

Actuellement, la Sosumo n’est plus capable de transformer toutes les cannes de ses champs, apprend-on des différentes interventions lors de la retraite du Président de le République avec les commerçants grossistes du sucre organisé à Gitega ce 31 août 2023. Quid des activités prévues au cours de l’exercice 2023/2024 en cours ?

La plus grosse partie des dépenses est celle allouée à l’approvisionnement en sucre importé. Un montant de 42 milliards de Fbu est réservé à l’achat d’une quantité totale de 20.000 tonnes pour lesquelles une part de 15.000 tonnes sera écoulée sur le marché comme le montrent les prévisions de recettes ci-haut évoquées.

Les salaires pour le personnel permanent combinés à ceux des employés journaliers et saisonniers prennent une part non négligeable de 7,675 milliards de Fbu.

Le programme « Agriculture » couvre différentes activités liées à l’intensification de la production des cultures industrielles, en l’occurrence : l’aménagement de pépinières, la plantation, l’entretien, la récolte et le transport des cannes à sucres, de la ligne budgétaire 1 jusqu’à la 12ème, tout ça pour un budget de plus de 1,8 milliard de Fbu.

De lourdes charges d’entretien de machines et de matières premières

Le libellé « Acquérir des pièces de rechange » revient plus de 10 fois (suivant la diversité de machines ou pièces) dans les lignes de la partie des dépenses avec un montant cumulé de plus de 2,7 milliards. Le libellé « réparations techniques », quant à lui, apparait plus de 8 fois, avec une charge de 2,3 milliards de Fbu, dont 2 milliards déboursés pour la réparation de 2 chaudières.

Une autre rubrique budgétivore est celle relative à l’achat d’intrants et matières premières. A titre d’exemple, les coûts d’acquisition de 540 tonnes d’urée et 540 tonnes de KCL sont respectivement de 1,271 milliard et 1,238 milliard de Fbu.

Important de noter aussi que les frais d’amortissement annuel non décaissable de l’usine s’élèvent à 2 milliards de Fbu.

La Sosumo loue ses entrepôts…

Toujours selon le document portant loi des finances en vigueur dans son annexe relative aux budgets des sociétés à participation publique, la Sosumo prévoit de dépenser une somme 980 millions de Fbu pour l’alimentation en sucre de ses entrepôts régionaux de Gitega, Bujumbura et Ngozi tandis que les frais de location de ces derniers s’élèvent à 150 millions de Fbu.

La Sosumo supportera également une charge de 315,9 millions de Fbu pour louer des voitures pour le déplacement de la main d’œuvre. Elle prévoit de dépenser 2,4 milliards de Fbu pour l’approvisionnement en gasoil, 1,08 milliard de Fbu pour l’achat de 800 milles sacs d’emballage, etc.

Contrairement aux charges de fonctionnement, la Sosumo prévoit aussi la construction de ses propres entrepôts et bureaux à Maramvya pour 1,09 milliard de Fbu, l’achat de 14.500 tonnes de cannes villageoises à 145 millions de Fbu, le financement de la recherche, l’évaluation et l’homologation de nouvelles variétés de cannes à sucre, la formation des travailleurs, pour ne citer que cela.  

Où en est-on avec l’extension de la Sosumo ?

En novembre 2018, l’Assemble Nationale a adopté le projet de loi portant privatisation de la Sosumo. Convaincu que l’Etat n’est pas toujours un bon gestionnaire, Jean Marie Niyokindi, le Ministre de l’époque en charge du Commerce expliquera devant les élus du peuple que le projet vise la redynamisation de la Sosumo en vue de répondre au déficit de l’offre de cette société. Et donc le projet consistait à céder une partie de ses actions en les portant de 99% à 46% pour céder le reste entre les mains des privés.

Pourtant, jusqu’alors, l’Etat reste l’actionnaire majoritaire toujours à 99% selon Jean Claude Nimubona, député et membre de la commission Finance à l’Assemblée Nationale dans son intervention au cours de la retraite à l’intention des commerçants grossistes du sucre accrédités à la Sosumo organisée par la Présidence de la République le 31 août à Gitega. 

En avril 2021, le Conseil des Ministres a adopté un plan d’affaires pour le projet de réhabilitation, modernisation et extension de la Sosumo. Par ce plan, la Sosumo veut porter sa production à 35.000 tonnes avec un budget total estimé en 2021 à 105 milliards de Fbu et 26 milliards de Fbu pour le projet d’implantation d’une distillerie de la mélasse pour la production d’alcool consommable et pharmaceutique.

« A l’heure actuelle, nous sommes à la recherche des financements pour l’exécution de ce projet maisla Sosumo a déjà exécuté et financé, pour 20 milliards de Fbu, certains travaux légers tels que l’homologation de nouvelles variétés, la pratique d’irrigation, etc. », confie Aloys Ndayikengurukiye, ADG de la Sosumo.  

Aux commerçants de prendre les choses en main !

Ce sont les orientations du Président Evariste Ndayishimiye pendant la retraite sur le sucre à Gitega. Ses explications : « Les commerçants grossistes qui s’approvisionnent à la Sosumo, vous êtes au nombre de 817. Si nous posons que chacun commande une quantité moyenne d’au moins 1 tonne, on trouve que vous faites sortir chacun, une somme de plus de 2 milliards de Fbu, à chaque écoulement de stock. Et si vous vous mettiez ensemble pour créer votre propre société pour ne pas toujours attendre le sucre de la Sosumo ? » 

Pour le parlementaire Jean Claude Nimubona: « Le rendement de la Sosumo est encore minime avec un total de dividendes versés à l’État de 4,8 milliards de Fbu en six ans, de 2015 à 2020. » Avec une faible rentabilité, et un budget essentiellement basé sur le fonctionnement, il sera toujours difficile que la société puisse s’étendre à ses propres fonds, estime l’élu du peuple.

C’est mieux que la population soit toujours servie en premier. Néanmoins, celle-ci ne cesse d’augmenter face à une production stagnante. Au finish, ceci ne fait qu’augmenter les importations et les sorties de devises correspondantes. « En attendant ce que pourront faire les commerçants par rapport à l’orientation du Président, on devrait par exemple s’abstenir des importations et investir les dépenses correspondantes dans la construction d’une autre unité de production du sucre », propose Nimubona. Sinon, quel pari ?

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