A Ruyigi, dans la province de Buhumuza, des personnels académiques ont été sensibilisés aux dangers des « informations dénaturées » lors d’un échange de presse organisé avec l’appui de La Benevolencija. L’objectif était de renforcer la vigilance face à la désinformation et de prévenir les discours de haine dans un contexte marqué par l’expansion rapide du numérique.
Avec l’appui de l’organisation La Benevolencija, engagée dans la lutte contre les messages de haine, des journalistes ont animé, le 16 avril 2026, une séance de sensibilisation à l’intention du personnel de l’Institut Régional Académique (IRAN) de Nyamutobo, en commune Ruyigi, dans la province de Buhumuza.
Les échanges ont porté sur les mécanismes par lesquels les informations dénaturées, notamment celles sorties de leur contexte ou diffusées de manière partielle, contribuent à la propagation des discours de haine dans la société burundaise.
Dans un contexte marqué par la circulation rapide des contenus sur les réseaux sociaux, les intervenants ont appelé la population à faire preuve d’une vigilance accrue afin d’éviter que des contenus manipulés ne deviennent des sources de tensions et de divisions.
Des informations dénaturées à l’origine de tensions sociales
Plusieurs membres du personnel de l’institut ont partagé leurs expériences face à ce phénomène. T.N., membre du personnel de l’établissement, a indiqué que les informations dénaturées sont souvent construites par assemblage de propos tenus à différents moments. Selon lui, ces pratiques sont généralement motivées par des intentions malveillantes.

« Nous avons déjà observé des informations dénaturées. Il s’agit souvent de contenus assemblés. Les auteurs ont généralement de mauvaises intentions, souvent pour semer la haine », a-t-il déclaré.
Il avertit que la consommation non critique de ces contenus peut avoir de graves conséquences sur la cohésion sociale. « Si les gens les acceptent sans vérification, ils peuvent se diviser en groupes opposés, ravivant des clivages ethniques, régionaux ou politiques comme dans le passé », a-t-il ajouté, appelant à privilégier les médias fiables et à éviter le partage de contenus issus des réseaux sociaux sans vérification préalable.
J.B., un autre membre du personnel, a pour sa part dénoncé la manipulation des extraits de discours. Selon lui, ces pratiques consistent à sortir des propos de leur contexte afin de leur attribuer un sens erroné. Il explique : « Moi aussi, je vois souvent des extraits de discours manipulés auxquels on donne une intention négative, alors que le message original était éducatif ».
Il estime que ces contenus sont souvent motivés par des intentions de division sociale. « Ces informations dénaturées nous dérangent, car elles contiennent des propos susceptibles de diviser les Burundais », a-t-il souligné, appelant la population à ne pas relayer ces contenus et à sensibiliser son entourage.
Peur, désinformation et appels à la responsabilité collective
C.M., une employée de l’institution, a insisté sur l’impact des informations dénaturées sur la stabilité du pays. Elle note que certains contenus anciens sont réutilisés dans un contexte différent afin de créer de la confusion.« On peut prendre des propos tenus en période de conflit et les diffuser aujourd’hui en temps de paix, ce qui peut perturber la population », a-t-elle expliqué.
Elle met également en garde contre les motivations derrière ces pratiques : « Certains le font pour obtenir des vues, d’autres pour diviser les gens ». Selon elle, ces dérives peuvent fragiliser la paix sociale et provoquer des tensions. Elle appelle ainsi à une vérification systématique des informations avant toute diffusion.
U.K., un autre membre du personnel, a souligné le rôle des réseaux sociaux et des applications de messagerie dans la propagation rapide de ces contenus. « Ils prennent de petits extraits de discours pour atteindre leur objectif, qui est souvent de diviser les gens ou de discréditer une personne », a-t-il indiqué, ajoutant que ces pratiques suscitent fréquemment la peur chez les récepteurs.
P.N., un employé de l’institut, a insisté sur les effets émotionnels des informations sorties de leur contexte. Selon lui, celles-ci peuvent générer anxiété et réactions excessives. « Parfois, une information est vraie, mais elle est diffusée hors de son contexte. Cela fait mal et crée de l’angoisse », a-t-il expliqué.
Il appelle les citoyens à évaluer le caractère constructif des contenus avant de les partager et exhorte les auteurs de désinformation à mettre fin à ces pratiques.
Vérification des faits et éducation aux médias comme remparts
Spécialiste du fact-checking, Thibilisse Nkurunziza rappelle que les informations dénaturées se multiplient particulièrement pendant les périodes sensibles, comme les crises ou les élections. « Elles sont utilisées pour atteindre des objectifs souvent malveillants. Elles peuvent nuire à la réputation des personnes, attiser les tensions et conduire à des violences », a-t-il averti.

Il recommande une approche rigoureuse fondée sur la vérification systématique des informations avant tout partage. Il insiste : « Il ne faut jamais partager un contenu sans l’avoir confirmé auprès de sources crédibles ».
L’expert plaide également pour une réaction rapide face à la désinformation : « Ceux qui détiennent la vérité doivent la rétablir sans délai ». Sur le plan technique, il recommande l’utilisation d’outils numériques comme Google Lenspour retracer l’origine des images et des vidéos et en vérifier le contexte réel. Il insiste également sur l’importance d’analyser le contexte initial des contenus afin d’éviter toute manipulation.
Thibilisse Nkurunziza souligne enfin le rôle essentiel des médias dans la lutte contre la désinformation, appelés non seulement à informer, mais aussi à déconstruire les fausses informations. « Des formations doivent être mises en place pour aider les citoyens à distinguer le vrai du faux et à adopter les bons réflexes face aux informations dénaturées », a-t-il conclu.




