Interpellée à l’Assemblée nationale, la ministre de l’Agriculture a dû répondre aux nombreuses insuffisances relevées dans la gestion de plusieurs projets stratégiques. Retards, faible impact et dysfonctionnements de gouvernance mettent en jeu la crédibilité du pays auprès de ses partenaires.
La gestion des grands projets agricoles financés au Burundi revient au cœur du débat public. À l’Assemblée nationale, la Commission permanente chargée de l’agriculture, de l’élevage et de l’environnement a examiné les conclusions du rapport d’audit de la Cour des comptes, le mercredi 29 avril 2026, mettant en lumière de sérieuses faiblesses dans l’exécution de projets pourtant stratégiques pour le développement rural.

Face aux députés, la ministre Calinie Mbarushimana a dû s’expliquer sur les retards, les irrégularités et la faible performance des projets PATAREB (Projet d’appui à la transformation agricole dans la région naturelle de Bugesera), PADCAE-B (Projet d’appui au développement durable des chaînes de valeur de l’agriculture et de l’élevage au Burundi) et AEFPF-B (Projet de production agricole d’urgence au Burundi).
Les constats sont sans appel : les projets PATAREB et PADCAE-B accusent des retards importants, avec des prolongations répétées qui fragilisent leur efficacité. En cause : une mise en œuvre tardive, des lenteurs administratives et des contraintes techniques mal anticipées.
Malgré cela, des résultats partiels sont avancés : le PATAREB affiche 82,41 % de décaissement et 96 % d’engagement, tandis que le PADCAE-B reste en retrait avec 46 % de décaissement. Des chiffres qui, s’ils traduisent une certaine activité, ne suffisent pas à masquer une réalité plus préoccupante : l’impact concret sur le terrain demeure limité.
Une gouvernance fragilisée
Au-delà des retards, c’est la gouvernance des projets qui est pointée du doigt. Plusieurs facteurs expliquent ces contre-performances : instabilité du personnel et rotations fréquentes, absence prolongée de responsables clés, lenteur dans la passation des marchés publics, retards dans les validations par les partenaires financiers, ainsi que défaillances de certaines entreprises exécutantes.
Cette accumulation de dysfonctionnements a conduit à des suspensions d’activités et à un ralentissement général des projets.
Par ailleurs, le niveau d’absorption financière reste insuffisant. Parmi les signaux les plus préoccupants figure la faible utilisation des financements mobilisés : 38,97 % pour le Fonds africain de développement (FAD) et 43,28 % pour le Fonds d’appui à la transition (FAT). Un niveau jugé insuffisant, qui met en jeu la crédibilité du Burundi vis-à-vis de ses partenaires techniques et financiers.
Des choix techniques contestés

Le cas du marais de Nyavyamo illustre les difficultés rencontrées. Confronté à des contraintes hydrologiques imprévues, le projet a été réorienté vers l’irrigation du bassin versant, une décision qui soulève des interrogations sur la qualité des études initiales.
Dans le même temps, plusieurs infrastructures restent inachevées, notamment des porcheries et des chèvreries, à la suite de la défaillance d’entreprises contractantes. Des audits techniques sont désormais envisagés pour établir les responsabilités.
Un autre point sensible concerne un projet d’irrigation de 19,02 hectares à Vyegwa (Ngozi), estimé à plus de 1,25 milliard BIF. Fait rare, la ministre elle-même reconnaît le caractère « anormal » de ce coût et annonce un audit pour faire toute la lumière sur ce dossier.
Sur le plan social, les retards dans le paiement des indemnisations aux personnes affectées par le projet PADCAE-B alimentent le mécontentement. Au total, 555 personnes attendent encore leurs compensations, pour un montant global dépassant 604 millions BIF.
Les causes évoquées incluent la sous-estimation initiale des besoins, la lenteur dans l’élaboration des plans de réinstallation et les exigences procédurales des bailleurs. Des avancées sont toutefois signalées, notamment l’ouverture d’un compte spécial et l’initiation du processus de décaissement.
Face à la pression parlementaire, le ministère annonce une série de mesures correctives : restructuration des équipes de coordination, renforcement du suivi-évaluation, recrutement de bureaux d’études qualifiés, audits techniques des infrastructures, réforme des commissions de passation des marchés et exclusion des entreprises défaillantes.
Dans un contexte où les attentes sont fortes, la ministre Calinie Mbarushimana joue désormais une partie décisive : restaurer la confiance, accélérer l’exécution et garantir des résultats concrets.
écrit par Elvis Nshimirimana




