Face aux défis de gouvernance locale, la connaissance et l’application rigoureuse de la loi apparaissent comme des conditions essentielles pour garantir la justice pour tous. Entre attentes citoyennes et exigences de compétence, dirigeants et population sont appelés à renforcer leur culture juridique.
Afin de parler véritablement de développement inclusif, dirigeants et citoyens doivent maîtriser la loi pour garantir une justice équitable. À défaut, ce sont souvent les populations les plus vulnérables, notamment les paysans, qui subissent les conséquences d’une gouvernance défaillante, marquée par le manque de compétences ou des décisions partisanes dans le règlement des différends.
Alors que les nouveaux dirigeants communaux et collinaires totalisent près d’une année de service, il devient essentiel qu’ils agissent en pleine connaissance des textes qui encadrent leurs actions, afin de gouverner dans l’intérêt général. Cependant, selon Gabriel Rufyiri, représentant légal de l’Olucome, le système des listes bloquées pose problème, dans la mesure où il peut favoriser l’accès de personnes moins compétentes à des postes décisionnels. Il en résulte des décisions parfois arbitraires, au détriment de la population. Pour y remédier, une mise à jour continue des connaissances des dirigeants s’avère indispensable.
Des citoyens en quête de dirigeants compétents et impartiaux

« Nous n’avons pas tous eu la chance d’aller à l’école. Par conséquent, nous ne maîtrisons pas tout le contenu de la Constitution. J’aimerais que, lors des réunions trimestrielles avec les chefs de quartier ou de zone, ils prennent le temps de nous expliquer certains aspects qui concernent directement notre vie quotidienne », témoigne Marie Jeanne, vendeuse de céréales au marché de Jabe.
Selon elle, la connaissance de la loi permet de distinguer ce qui est permis de ce qui ne l’est pas. Mais l’exemplarité doit d’abord venir des dirigeants. « La confiance que les dirigeants inspirent pousse le peuple à respecter la loi. Ils ne peuvent pas nous demander de ne pas l’enfreindre s’ils ne la respectent pas eux-mêmes. Ils doivent d’abord la maîtriser pour mieux gouverner et prendre les bonnes décisions au bon moment », insiste-t-elle.
Même constat chez Haruna, vendeur de poisson frais au marché de Jabe : « Parfois, nous avons l’impression que certaines amendes sont décidées de manière arbitraire et ne reposent sur aucun texte. Si l’on nous expliquait clairement l’article enfreint et le montant correspondant, cela nous aiderait à ne plus commettre les mêmes erreurs, en comprenant que la sanction est juste et conforme à la loi. »
De son côté, Gabriel Rufyiri déplore que certains dirigeants ne parviennent pas à dissocier leurs intérêts personnels, leurs fonctions administratives et leurs engagements politiques. Selon lui, cette confusion nuit à l’application équitable de la loi et compromet la bonne exécution de leurs missions au service de tous.
Lorsque la loi n’est pas correctement appliquée, les citoyens, en particulier les plus modestes, peinent à trouver des recours pour obtenir justice, surtout dans un contexte où les listes bloquées ne tiennent pas toujours compte des compétences.
« Les connaissances des dirigeants en matière juridique devraient être continuellement renforcées à travers des formations adaptées. Cela permettrait d’ajuster leurs compétences aux attentes de la population », souligne-t-il. Il ajoute que des pratiques abusives, comme l’expulsion arbitraire de citoyens hors de leur commune, pourraient ainsi disparaître, favorisant une coexistence harmonieuse fondée sur le respect mutuel.
Selon lui, seule une telle approche permettra d’assurer une meilleure planification des projets, une exécution efficace et, à terme, un développement durable.
Une gouvernance locale qui se veut exemplaire
Pour sa part, Aline Bigirimana, administratrice communale de Mukaza, affirme que le travail communal s’effectue dans le strict respect de la loi et en étroite collaboration avec la hiérarchie. « Chaque semestre, les habitants sont conviés à une réunion au cours de laquelle nous présentons les plans communaux et recueillons leurs doléances », explique-t-elle.
Elle met également en avant les efforts de décentralisation : « Aujourd’hui, les citoyens n’ont plus besoin de faire la queue à la commune pour obtenir un service. Ils passent par les chefs de quartier, qui transmettent aux chefs de zone, lesquels nous saisissent ensuite. Cela permet aux habitants de trouver des solutions sans perdre une journée de travail. »
Selon elle, les chefs de zone et de quartier participent régulièrement à des réunions adaptées aux besoins du moment. Ces cadres d’échange permettent d’analyser les préoccupations des citoyens et de mettre en œuvre les projets validés par le conseil communal.
« Les citoyens doivent être rassurés : nous ne prenons aucune décision arbitraire. Nous nous appuyons sur les lois en vigueur au Burundi, en particulier la nouvelle loi communale, pour trancher les différends et résoudre les conflits de manière pacifique », conclut-elle.




