À Gatumba, la planification familiale reste une source d’incompréhensions, de débats et de tensions au sein des foyers. Souvent encouragé par des pressions sociales ou familiales, le désir d’avoir de nombreux enfants pèse lourdement sur les ménages, au détriment surtout des femmes et des enfants.
Dine Nkeshimana, mère de cinq enfants, témoigne des difficultés qu’elle traverse. Son mari souhaite une famille nombreuse, alors qu’elle ressent les limites physiques, économiques et sociales de ces grossesses répétées. « Les enfants grandissent sous nos yeux sans que l’on puisse leur offrir le minimum nécessaire, pendant que les charges familiales augmentent », explique-t-elle.
Face à cette pression, certaines femmes se rendent seules au centre de planning familial, sans en informer leurs maris, par peur du refus ou des représailles. Cette situation crée souvent de graves tensions au sein du couple. À l’inverse, certains hommes prennent aussi des décisions radicales sans consulter leurs épouses.
Ida Niyonkuru, une mère de la localité, raconte le cas d’un homme qui s’est fait stériliser en secret parce que sa femme refusait d’arrêter de procréer. Cette dernière, ne sachant pas cette réalité, est tombée enceinte ailleurs. La vérité n’a éclaté qu’au moment où le mari a révélé sa stérilisation, provoquant une crise profonde dans le foyer.
Sur la question du planning familial, M. A., un homme qui habite à Gatumba, confie : « En tant que mari, je vois le planning familial comme quelque chose de nécessaire et utile. Cela permet de prendre des décisions réfléchies sur quand et comment avoir des enfants, en tenant compte de la santé, de la situation financière et de l’équilibre du couple. »
Il poursuit : « Ce n’est pas seulement une affaire de femmes. Cela concerne aussi les hommes. Être informé, accompagner sa partenaire, comprendre les méthodes de contraception ou les enjeux de la parentalité, c’est une responsabilité partagée. »
Des conséquences sanitaires et économiques pour les femmes
Selon toujours Mme Niyonkura, les femmes qui enchaînent les grossesses sans espacement suffisant subissent de lourdes conséquences. Elles tombent fréquemment malades, vieillissent prématurément et n’ont plus le temps ni l’énergie de mener des activités génératrices de revenus.
« Cette réalité plonge de nombreux ménages dans la pauvreté. Les dépenses augmentent, les projets familiaux sont abandonnés et les enfants en paient le prix. Certains sont contraints d’abandonner l’école faute de moyens pour payer les frais scolaires », souligne-t-elle.
Le rôle clé des centres de santé dans la sensibilisation
Joël Ndabaza, infirmier titulaire au centre de santé Mon Calme de Gatumba, indique que de nombreuses femmes se rendent seules dans les centres de santé pour adopter des méthodes de planning familial, notamment par crainte de la réaction de leurs maris. Le personnel soignant leur prodigue des conseils et insiste sur l’importance d’une prise de décision commune au sein du couple.
« Le centre encourage les femmes à dialoguer progressivement avec leurs époux afin de venir ensemble s’informer. Grâce à cette approche et à la présence d’un service de maternité, environ 40 % des femmes viennent désormais volontairement demander des services de planning familial. La méthode la plus appréciée reste l’injection trimestrielle », précise-t-il.
Malgré certaines craintes liées aux effets secondaires, M. Ndabaza rappelle que les méthodes de planning familial ne présentent pas de dangers majeurs lorsqu’elles sont bien utilisées et suivies médicalement. Au contraire, elles permettent de préserver la santé de la femme, d’assurer une meilleure prise en charge des enfants et d’améliorer l’organisation du foyer.
M. Ndabaza appelle particulièrement les hommes à s’impliquer davantage. « Le planning familial n’est pas une affaire exclusivement féminine : il concerne toute la famille. Adopter une parentalité responsable permet non seulement de renforcer l’harmonie au sein des ménages, mais aussi de favoriser le développement économique et social de la communauté et du pays tout entier », affirme-t-il.




