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Pavage à Cankuzo : entre attentes et promesses non tenues

Initialement prévu pour durer 6 mois, le projet de construction des routes pavées dans la ville de Cankuzo,  s’étend désormais sur 3 ans sans être achevé. L’administration et la population dénoncent de pertes économiques pour la province et demandent que les travaux soient enfin achevés…

Arrivé au centre de la province de Cankuzo, à l’entrée de chaussées dans les quartiers, on trouve des tas de pierres le long des routes. En certains endroits, des pierres sont entassées au milieu de la chaussée, empêchant les véhicules de passer.

Ailleurs, les caniveaux ont été creusés mais ne sont pas achevés. Lorsque les voitures circulent, elles soulèvent une épaisse poussière qui recouvre l’environnement. Même les piétons, en atteignant le pavé, se retrouvent couverts de saleté. 

Ces routes d’une longueur de 4 km étaient prévues pour être construites en l’espace de 6 mois dans le cadre d’un projet gouvernemental réalisé par l’ARB. Administrations, citoyens ainsi que les passagers qui exercent leurs activités près de ces routes nous ont confiés que l’arrêt de ces travaux représente une énorme perte pour la province, d’autant plus que depuis sa création, cette province n’avait jamais bénéficié de routes comme celles-ci.

Des lamentations tous azimuts

U. P, qui a un atelier de menuiserie près de la route déclare que la présence de pierres entassées devant son lieu de travail représente une perte pour lui. Cela empêche la circulation, réduit le nombre de clients et complique la récupération des matériaux pour ceux qui font des commandes : « Pour nous qui opérons en bord de route, c’est une perte, car les commandes qui nécessitent des véhicules ou des motos sont entravées par les voies bloquées. » Au n ajoute-t-il, ces travaux étaient bien accueillis, car c’était un signe de développement pour eux. Il demande que les travaux soient achevés afin que les pierres soient dégagées de la route pour enfin faciliter l’activité des travailleurs de cet endroit.

Un conducteur de camion de type Fuso sous anonymat témoigne également que la traversée des routes n’est pas facile : « Il est difficile si nous voulons passer par un endroit proche, nous nous retrouvons à consommer plus de carburant parce qu’on devait faire un détour. Lorsque nous transportons du matériel, cela devient très compliqué. Avant, nous parcourions 2 km, mais maintenant, nous devons faire 3 km, ce qui représente une perte considérable. » Le croisement avec d’autres véhicules, poursuit-il, est devenu difficile. Il conclut en demandant au gouvernement de finaliser les travaux qu’il a commencés, car beaucoup de temps s’est écoulé depuis leur lancement.

Un passager vivant dans cette région explique qu’il est difficile de se déplacer à pied. Lorsqu’il pleut, elles sont envahies par la boue, et en saison sèche, la poussière est excessive, ce qui fait que les passants arrivent à destination couverts de saleté.

Il ajoute que les travaux ont commencé depuis longtemps, mais ils ont ralenti progressivement comme si ceux qui les exécutent semblent manquer de ressources au point d’utiliser parfois le carburant destiné aux machines à d’autres fins.  Il demande que les travaux entrepris soient achevés : « Nous supplions avec insistance que les travaux entamés soient achevés. Ils doivent finir ce qu’ils ont commencé et prendre la résolution de mener à bien les projets qu’ils ont planifiés. S’ils estiment qu’ils ne peuvent pas les terminer, qu’ils utilisent les fonds pour d’autres réalisations, car il y a de nombreuses urgences. »

L’image de la province ternie

Le fait que les travaux durent depuis longtemps ne représente pas seulement une perte, mais donne aussi une mauvaise image à la province comme l’indiquent nos sources. Là où ces routes devaient être construites, il y a de nombreux hôtels et restaurants qui accueillent des visiteurs. Sur les cinq routes, quatre ont des hôtels ou des bureaux de différentes activités. Ceux qui travaillent dans cette zone disent que le retard des travaux donne une mauvaise image à la province.

L’un des responsables d’un hôtel, qui a préféré garder l’anonymat, explique qu’au début des travaux, ils étaient très heureux, car ils voyaient cela comme un signe de développement : « Nous, qui recevons souvent des touristes ici dans la province de Cankuzo, avons été ravis lorsque les travaux ont commencé, car la propreté est essentielle dans un hôtel, et nous pensions que cela allait améliorer l’environnement autour de nous, permettant aux visiteurs d’arriver dans un endroit propre et agréable. »

Mais le retard des travaux, assène-t-il, est une perte pour eux, car lorsqu’un visiteur arrive et trouve un environnement sale, rempli de poussière comme c’est le cas maintenant, cela ne donne pas une bonne impression. Et de plaider pour une finalisation rapide de ce projet : « Nous apprécions le progrès réalisé car la situation s’est améliorée par rapport au passé mais il serait encore mieux que les travaux soient terminés complètement. »

M.J, une femme travaillant dans un bureau situé à proximité de ces routes, affirme que le long retard des travaux donne une mauvaise image, surtout parce que ces routes se trouvent dans une zone regroupant plusieurs bureaux et services. Elle explique que la circulation y est difficile, notamment lors des pluies où la boue devient envahissante : « Nous étions heureux lorsque les travaux ont commencé, car nous pensions que cela améliorerait l’état des routes. Avant, on pouvait aller à la province ou à l’hôpital et revenir propre, mais maintenant, que ce soit en saison sèche ou en période de pluie, on arrive toujours sale. »

Elle insiste sur l’importance de terminer les travaux, car ce sont des routes de liaison qui connectent de nombreux bureaux et sont très fréquentées par les habitants : « Nous demandons que ces routes soient achevées car elles facilitent les déplacements et permettent aux habitants d’accéder aux services essentiels comme la province, la banque, le tribunal ou l’hôpital. Si elles sont bien construites, toute la population en bénéficiera. »

Les raisons du retard selon l’administration

En général, les usagers et les habitants près de ces routes supplient que les travaux commencés soient achevés, car leur activité en souffre. Les gens qui ont des cafétérias témoignent qu’ils doivent faire face à de nombreux défis : la poussière dans le lait le rend inutilisable, et les clients se font plus rares à cause du manque de propreté. De plus, étant donné que nombreux des boutiques sont proches de la route, la poussière recouvre aussi les produits mis en vente, obligeant les commerçants à les nettoyer constamment.

Contacté, Boniface Banyiyezako, gouverneur de la province de Cankuzo précise que sur les 4 km planifiés, seuls 2,5 km ont été réalisés à ce jour, mais pas encore achevés. Malgré cela, il dit espérer la poursuite et l’achèvement desdits travaux, martelant que le gouvernement ne laisse jamais les projets inachevés.

D’après lui, plusieurs raisons expliquent le ralentissement des travaux : « Parfois, les fonds alloués à un projet spécifique ne suffisent pas lorsque des imprévus surviennent, comme l’effondrement d’une partie de la route qui nécessite une intervention immédiate alors qu’aucun budget supplémentaire n’a été prévu. Le manque de carburant représente un défi majeur, car ces travaux en nécessitent une grande quantité. »

Et de confier que la situation actuelle est préoccupante et demande une grande mobilisation pour achever le pavage des routes, voire envisager la rénovation d’autres axes, si possible.

D’autres causes…

Par ailleurs, le gouverneur rappelle que les matériaux utilisés doivent être acheminés depuis Bujumbura, ce qui complique l’avancement du chantier. De plus, les contrats ont été attribués à de nombreuses personnes différentes, alors que l’engagement de moins des travailleurs aurait permis une meilleure coordination : « Nous avons demandé une décentralisation des projets préparés par le ministère, car il est incompréhensible que les fournitures nécessaires aux travaux réalisés dans la province de Cankuzo, et l’approvisionnement en pierres et en sable, et d’autres matériaux doivent obligatoirement venir de Bujumbura. »

En outre, ajoute-t-il, « un autre problème que j’ai constaté est la multiplicité des contrats. Certains prestataires terminent une phase du chantier comme creuser des caniveaux tandis que les contrats de fourniture ne sont signés qu’après trois mois. Tout cela contribue à retarder l’exécution des travaux. » Pour lui, si ceux qui ont fait la planification, connaissaient mieux l’organisation des travaux, ils auraient pu recevoir au moins 2000 litres de carburant, même s’ils l’obtiennent rarement pour poursuivre le chantier.

Face à cette situation, le gouverneur dit avoir demandé la mise à disposition de camions pour dégager les déblais qui bloquent les routes, afin de permettre une circulation temporaire en attendant l’achèvement des travaux. Et de conclure en disant espérer que dans le prochain budget annuel, des fonds supplémentaires seront alloués pour prolonger la modernisation des routes de ladite province, qui deviendra la future capitale de la région de Bujumbura.

L’agence routière du Burundi rassure

Ce 18 juin 2025, l’agence routière du Burundi (ARB) a fait savoir qu’elle n’avait pas arrêté ces activités, mais qu’il y avait eu un problème de pénurie de ciment depuis le 2 mai 2025. Cependant, dès que le ciment et le carburant ont été disponibles ce dimanche, ils ont immédiatement repris les travaux ce lundi 16 juin 2025.

L’ARB a également précisé qu’il était prévu de réaliser 4 km mais qu’elle a reçu les moyens nécessaires pour effectuer 2,6 km en fonction des ressources allouées par le PTBA pour l’année 2024-2025. Les kilomètres restants ont été reportés sur le PTBA de l’année 2025-2026 : « Si nous continuons à obtenir tous les matériaux nécessaires, nous espérons que les travaux seront terminés d’ici le mois de septembre. »

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