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La filière avocat évolue entre défis et opportunités économiques

Le gouvernement mise sur la culture des avocats pour diversifier la gamme des exportations. Cette politique a pris forme en 2024 avec l’engagement de l’Etat dans l’encadrement des producteurs locaux sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Mais entre l’augmentation de la production, l’accès aux marchés internationaux et le respect des normes exigées par les acheteurs, la filière reste confrontée à d’importants défis.

Le gouvernement a entrepris une vaste initiative de promotion de la culture des avocats. Les autorités locales encadrent des prés les producteurs sur tous les maillons de la chaîne de valeur. Des travaux de plantation, d’entretien et de greffages des plantules sont organisées à l’échelle du pays. Les promoteurs de cette politique agricole restent déterminer plus que jamais pour faire de l’avocat un moteur de croissance économique.

En octobre 2024, Mme Marie Chantal Nijimbere, ministre du commerce d’alors a déclaré que l’avocat figurait parmi les produits susceptibles de rapporter des devises au pays et de renforcer l’économie nationale grâce à son développement et à son exportation. Dès lors, la culture d’avocats attire l’attention des investisseurs locaux.

Buntanyerera, l’épicentre de la culture d’avocats

Dans toutes les régions du pays, la culture d’avocat est en vogue. Les habitants de la commune de Ngozi affirment avoir répondu à l’appel des autorités en plantant davantage d’avocatiers. C’est le cas de M. Miburo Venant, habitant de Kigufi et chef de cellule qui a planté 15 nouveaux avocatiers, en plus de sept autres plantés auparavant.

De son côté, Mme Sabimana Consolatte affirme que son ménage a planté 14 nouveaux avocatiers, auxquels s’ajoutent 11 anciens arbres qui produisent déjà des fruits. Pour ces producteurs, l’avocat représente une source de revenus permettant de répondre aux besoins quotidiens des ménages, notamment l’alimentation, l’habillement et la scolarisation des enfants.

Le responsable du département de l’agriculture, de l’élevage et de l’environnement à Ngozi affirme que la population a investi massivement dans cette culture. En moyenne, « chaque ménage aurait planté au moins dix avocatiers, tandis que les propriétaires disposant de grandes superficies possèdent des plantations pouvant compter plusieurs milliers d’arbres », fait savoir M. Aloys Nyabenda.

Les statistiques obtenues auprès de la direction provinciale de Butanyerera de l’agriculture, de l’élevage et de l’environnement renseignent sur l’ampleur. Ce sont plus de 24 millions d’avocatiers déjà plantés dans Butanyerera. Tel est le résultat des séances de sensibilisation réalisées dans cette province pionnière dans la culture des avocats.

Un business confronté aux multiples défis

« L’accès aux marchés internationaux dépend du respect des procédures, des normes et des accords commerciaux entre les pays », explique Onésime Niyukuri, porte-parole du ministère ayant le commerce dans ses attributions.

Malgré cette progression de la production, les producteurs demeurèrent perplexes par rapport au débouchés de ces fruits.  Sur les marchés locaux, l’augmentation de l’offre fait casser les prix. Ce qui réduit les revenus des agriculteurs. Ceux-ci demandent donc un meilleur accès aux marchés extérieurs et davantage d’unités de transformation afin de créer de nouveaux débouchés.

Le Burundi a déjà commencé à écouler ses avocats sur le marché extérieur. Au cours du premier trimestre de 2026, les exportations de ces fruits tropicaux ont rapporté près de 486 millions de BIF, selon Onésime Niyukuri, porte-parole du ministère ayant le commerce dans ses attributions. Les marchés ciblés comprennent notamment l’Europe, la Chine, les États-Unis, certains pays de la région et du Moyen-Orient.

Pour le moment, huit opérateurs économiques ont déjà obtenu la licence d’exportation des avocats. Pour les experts, l’amélioration de la production à elle seule ne suffit pour faire de la filière avocat un pilier de l’économie nationale.

Une faible compétitivité de l’« or vert»

Le marché international est trop exigeant en terme de qualité, de régularité, de certification (conformité aux normes), et une chaîne logistique, commente l’économiste Diomède Ninteretse.

L’économiste Diomède Ninteretse estime que la perte d’un marché d’exportation ne constitue pas un simple incident commercial, mais un signal qui doit pousser le Burundi à repenser l’ensemble de sa politique agricole et d’exportation. Les conséquences peuvent être importantes : perte de devises étrangères, baisse des investissements dans la filière, risques de destruction d’emplois et découragement des producteurs.

Pour Onésime Niyukuri, le Burundi ne devrait pas être considéré comme un looser sur le marché international de l’avocat. L’une raison derrière la faible compétitivité des avocats est que certains opérateurs décident d’exporter en solo sans en informer les autorités. Ce cadre au ministère du commerce rappelle que les exportations sont soumises à des procédures, des normes et des accords commerciaux qu’il faut respecter pour accéder durablement aux marchés étrangers. « L’accès aux marchés internationaux dépend du respect des procédures, des normes et des accords commerciaux entre les pays », explique-t-il.

Le ministère en charge du commerce encourage les opérateurs économiques à collaborer davantage avec les autorités lorsqu’ils identifient des opportunités d’exportation. « Les opérateurs économiques doivent collaborer avec les autorités afin de mieux accéder aux opportunités offertes par les marchés extérieurs », déclare Onésime Niyukuri.

Un marché international hors portée ?

Le marché international est trop exigeant en terme de qualité, de régularité, de certification (conformité aux normes), et une chaîne logistique, commente l’économiste Diomède Ninteretse.  Pour lui, la question de l’avocat dépasse la seule production et révèle des faiblesses structurelles de l’agriculture burundaise face à une concurrence régionale de plus en plus performante.

Pour cet économiste, le principal défi n’est plus seulement de produire, mais de vendre régulièrement un produit de qualité. Les marchés internationaux exigent notamment une qualité homogène, une traçabilité complète, le respect des normes sanitaires et phytosanitaires ainsi qu’une capacité d’approvisionnement régulière. Or, la production burundaise reste largement saisonnière, ce qui peut provoquer des ruptures d’approvisionnement. À cela s’ajoutent les difficultés liées au transport, au manque d’entrepôts frigorifiques, aux infrastructures et à la certification des produits, conclut-il.

Le Kenya, un cas d’écoles

Le Burundi doit s’inspirer des expériences de pays comme le Kenya, le Rwanda ou encore le Maroc, qui ont développé des systèmes agricoles plus compétitifs et mieux organisés. Les deux premiers pays ont beaucoup investi dans la professionnalisation de leurs filières agricoles, notamment à travers la certification, la logistique, la promotion et le marketing, révèle l’économiste Ninteretse.

Avec l’augmentation de la production nationale, l’enjeu est désormais de trouver des marchés durables et de renforcer la capacité d’exportation. De cette façon, on peut faire de l’avocat une véritable source de revenus pour les agriculteurs et une source importante de devises pour le pays. Le pays doit également investir dans les infrastructures de transport, les entrepôts frigorifiques et la transformation afin d’améliorer la compétitivité de l’avocat burundais.

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