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Kirundo : l’alcool en bouteilles plastiques, catalyseur de violences faites aux femmes

A Kirundo, la consommation de boissons fortement alcoolisées vendues en bouteilles plastiques est pointée du doigt pour son rôle dans la recrudescence des violences basées sur le genre. Malgré des mesures annoncées, femmes et habitants dénoncent leur inefficacité et appellent l’Etat à des actions plus fermes.

Au mois de mars, dédié à la célébration des droits et de la dignité des femmes, certaines habitantes de Kirundo, en province de Butanyerera, vivent une tout autre réalité. Derrière les festivités, elles continuent de subir des violences basées sur le genre, souvent perpétrées par leurs maris sous l’emprise de boissons fortement alcoolisées vendues dans des bouteilles en plastique.

Ce fléau, alimenté par la consommation excessive de produits comme Niko, Susuruka, Kick, Dodo Wine, Black ou encore Akaryoshe, ternit l’esprit de ce mois consacré à la femme. De nombreuses victimes expliquent que lorsque leurs maris consomment ces boissons, non seulement le développement du foyer est compromis, mais elles subissent également de graves violences, parfois au péril de leur vie.

Les abus rapportés incluent coups, blessures, expulsions du domicile et exclusion des décisions financières, les hommes dilapidant les ressources familiales. Ce constat est confirmé par des responsables communautaires et des agents de santé de Kirundo, qui accueillent régulièrement des victimes blessées par des hommes en état d’ivresse.

E.Marie: « Quand les hommes consomment ces alcools appelés amabangala, ils nous maltraitent, ce qui provoque des conflits au sein du foyer. »

E. Marie témoigne : « Quand les hommes consomment ces alcools appelés amabangala, ils nous maltraitent, ce qui provoque des conflits au sein du foyer. Parfois, le mari chasse sa femme, ou celle-ci est contrainte de retourner chez ses parents », déplore-t-elle.

Y. Kane, habitante de Ntega, souligne que ces boissons sont surtout consommées le soir, mais que des disputes éclatent souvent sur les lieux mêmes de consommation, avant de se prolonger dans les foyers : « Celui qui a bu peut se chamailler au cabaret, puis rentrer et brutaliser sa femme et ses enfants. Les biens du ménage sont alors gaspillés au détriment de toute la famille. »

Des conséquences multiples

Les habitants évoquent de nombreuses conséquences liées à la consommation excessive de ces boissons : gaspillage des ressources familiales, conflits domestiques et communautaires, impuissance sexuelle, apparition de maladies et parfois même des décès.

I. Rana, 29 ans, témoigne : « Certains hommes vont jusqu’à vendre les récoltes pour payer leurs boissons, plongeant la famille dans la misère. » Elle ajoute : « À cause de ces produits, certains abandonnent leurs épouses légales pour vivre avec d’autres femmes. »

L. M., habitant de la colline Rugero, rapporte : « Un voisin est récemment décédé après avoir bu une bouteille entière de Kick sans avoir mangé. » Frustré, il ajoute : « L’Etat a une responsabilité. Ces boissons sont en train de détruire la jeunesse. »

Un impact sanitaire préoccupant

Delphin Mfuranzima: « Chaque semaine, nous accueillons a des personnes blessées à cause de ces boissons. »

Sur le plan sanitaire, les effets sont également alarmants. Delphin Mfuranzima, responsable du centre de santé Izere, indique que son établissement reçoit régulièrement des blessés liés à la consommation d’alcool.

« Chaque semaine, nous accueillons des personnes blessées à cause de ces boissons. Nous recevons souvent des femmes battues ou des hommes qui se sont affrontés entre eux », explique-t-il.

Il souligne aussi les effets néfastes sur la santé : « Certains consomment ces boissons sans avoir mangé, ce qui entraîne diverses maladies, dont la tuberculose, ainsi que l’impuissance sexuelle. Il arrive qu’un homme de 45 ans ne soit déjà plus capable de participer aux activités de développement. »

L’administrateur communal de Kirundo, Berchimans Ndikuriyo, confirme : « Ces boissons ont des effets néfastes sur toute la population, y compris les femmes. Certains les consomment dès le matin, parfois à jeun. » Il note également une baisse des revenus des ménages et l’apparition de symptômes inquiétants comme le gonflement des joues et des jambes.

Des mécanismes de gestion encore limités

Joseph Nsabirabandi, conseiller communal chargé du développement des familles, reconnaît que de nombreuses femmes sont victimes de violences lorsque leurs maris consomment ces boissons.

« Même si elles ne disent pas tout, leur tristesse en dit long sur les abus subis », confie-t-il. Pour y remédier, les autorités convoquent les personnes concernées et peuvent infliger des amendes en cas de comportements jugés inacceptables. Un suivi est également assuré avec l’appui des responsables collinaires.

Face à l’ampleur du phénomène, la population appelle à des mesures plus radicales. « On entend souvent que ces boissons sont interdites, mais elles réapparaissent quelques jours plus tard. Même limiter leur consommation au soir ne change rien. Nous demandons leur suppression totale », plaide I. Rana.

Le responsable du centre de santé Izere insiste sur la nécessité de renforcer les contrôles : « L’Etat doit vérifier les autorisations de production et renforcer les inspections. Le Bureau burundais de normalisation doit disposer de moyens suffisants pour contrôler régulièrement la qualité de ces boissons. »

L. M., confie : « Même des enfants de 16 ans en consomment déjà. L’Etat doit les interdire totalement pour protéger la population. »

L’administration tente de rassurer

De son côté, l’administration affirme suivre la situation de près. Berchimans Ndikuriyo indique que certaines mesures ont été prises, notamment l’obligation pour les vendeurs de regrouper les boissons alcoolisées en plastique dans des points de vente spécifiques.

« Ces produits ne doivent plus être vendus avec des denrées alimentaires. Cela évite qu’une personne venue acheter de la nourriture le matin ne consomme de l’alcool dès le début de la journée », explique-t-il.

Par ailleurs, les bars ne sont désormais autorisés à ouvrir qu’à partir de 15h30. L’administrateur précise que des échanges ont également eu lieu avec la société BBN afin de renforcer le contrôle de la production.

« Nous demandons des prélèvements réguliers pour vérifier la conformité des produits. En cas d’irrégularité, des sanctions doivent être appliquées », insiste-t-il.

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