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Justice burundaise sous pression: vers une réforme ou une impasse ?

Séance plénière du 16 juin 2025

Alors que la surpopulation carcérale atteint un niveau critique, le député Agathon Rwasa tire la sonnette d’alarme et plaide pour la libération des détenus acquittés ou accusés à tort. De son côté, le ministre de la Justice reconnaît les difficultés du système mais appelle à une réponse concertée.

Le 16 juin 2025, la Cour des comptes a présenté devant l’Assemblée nationale un rapport sur les irrégularités dans les prisons de Gitega et Bururi, inspectées du 4 au 14 avril. Les conditions de vie sont préoccupantes : de nombreux détenus manquent de vêtements et sont contraints de se nourrir exclusivement de haricots non assaisonnés depuis plus de deux mois.

Outre les conditions de vie, le document souligne un profond déséquilibre : 10 768 détenus sont enfermés dans des infrastructures prévues pour seulement 4 294.

Faible budget alloué au secteur

Face à ces critiques, Domine Banyankimbona, ministre de la Justice, a expliqué les limites financières du système : « L’administration pénitentiaire ne reçoit pas de fonds proportionnels au nombre de détenus. Si nous avions les moyens nécessaires, nous organiserions les choses différemment. »

Pour seulement leur fournir des vêtements, précise-t-elle, il faudrait 32 304 mètres de tissu, soit un budget estimé à 646 millions de francs burundais. Une charge extrêmement difficile à supporter pour l’État, selon la ministre.

« Désengorger les prisons », recommande Rwasa

Pour le député Agathon Rwasa, le cœur du problème réside dans le nombre excessif de détenus, souvent injustement incarcérés. « Libérez ceux qui ont été acquittés. Essayez aussi de limiter les procès qui reposent clairement sur des accusations mensongères. Emprisonnez uniquement ceux accusés de délits avérés. »

Il souligne que cette approche permettrait non seulement d’alléger le système carcéral, mais aussi d’améliorer l’image du pays et de libérer des forces productives utiles au développement du pays. « Réduire les détentions arbitraires, c’est investir dans le développement », résume-t-il.

Une société civile vigilante

Du côté des ONG, Jean Marie Nshimirimana, président de l’association de défense des droits des détenus « Ntabariza », a exprimé son indignation face aux cas de personnes acquittées mais toujours maintenues en détention : « C’est un affront aux déclarations répétées du Président de la République selon lesquelles l’emprisonnement doit être une mesure de dernier recours. »

Il a aussi rappelé les conséquences sociales de l’incarcération injuste : « Lorsqu’une personne est emprisonnée, ce sont aussi ses enfants, sa compagne, ses voisins qui souffrent. Peut-être qu’en rentrant chez lui demain, il pourrait servir le Burundi. »

La ministre appelle à la rigueur… et à la solidarité

La ministre Banyankimbona a reconnu la complexité de certaines accusations : « Beaucoup, après avoir été acquittés, le crient sur tous les toits. Mais parfois, l’avocat qui les défendait, a interjeté appel et ils sont libérés lorsque le jugement devient définitif. Pour d’autres cas, nous ne les libérerons pas parce qu’ils sont poursuivis pour des crimes graves.»

Et d’appeler les députés à représenter les citoyens injustement incarcérés et à signaler les irrégularités commises par certains acteurs du système judiciaire : enquêteurs laxistes, avocats indélicats ou juges abusifs. « Une justice équitable est possible si tous les Burundais agissent de concert », a-t-elle affirmé.

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