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Discours de haine : à Kabonga, des citoyens plaident pour une parole publique fondée sur la vérité

A Kabonga, en commune Nyanza (province de Burunga), des habitants estiment que les promesses non tenues et les informations jugées inexactes de certains responsables alimentent la méfiance, les rumeurs et les tensions sociales. Ils appellent les décideurs à privilégier une communication transparente, convaincus que dire la vérité, même lorsqu’elle est difficile, reste l’un des meilleurs remparts contre les discours de haine et un levier essentiel pour renforcer la cohésion sociale.

A Kabonga, les habitants évoquent des difficultés quotidiennes liées notamment à l’approvisionnement en carburant, aux médicaments, aux engrais ou encore à l’accès à l’eau potable. Plus que ces problèmes eux-mêmes, ils dénoncent les informations qu’ils jugent contradictoires ou éloignées de la réalité.

« On nous annonce que le carburant est disponible, mais une fois arrivés à la station, nous repartons souvent les mains vides. Ce qu’on nous dit ne correspond pas à ce que nous constatons sur le terrain », témoigne S.H., un habitant de la localité.

S.H., un habitant de la colline et zone Kabonga, commune Nyanza (Burunga): « Quand quelqu’un nous ment à plusieurs reprises, nous finissons par le regarder avec méfiance. Cette méfiance peut ensuite se transformer en colère, voire en désir de vengeance. »

Selon lui, ces annonces poussent parfois des familles à engager des dépenses inutiles et à perdre un temps précieux, alors qu’une communication honnête leur permettrait de mieux s’organiser.

Au-delà des conséquences économiques, il estime que les promesses non tenues détériorent progressivement les relations entre les citoyens et leurs dirigeants. « Quand quelqu’un nous ment à plusieurs reprises, nous finissons par le regarder avec méfiance. Cette méfiance peut ensuite se transformer en colère, voire en désir de vengeance. »

Le même constat est partagé par Caritas Nyandwi, habitante de Kabonga, qui cite l’exemple des engrais agricoles. « Nous payons les engrais, mais plusieurs saisons agricoles passent sans que nous les recevions. Nous perdons alors confiance dans les dirigeants qui nous avaient assuré qu’ils arriveraient. »

Selon elle, cette situation dépasse le simple sentiment de déception. Les personnes chargées de collecter les contributions deviennent parfois les premières cibles de la colère populaire. « Certains citoyens veulent les frapper ou exigent qu’ils remboursent l’argent. Beaucoup finissent par les considérer comme des voleurs, alors qu’ils ne font souvent que relayer des décisions prises à d’autres niveaux. »

Pour plusieurs habitants, lorsque les autorités n’apportent pas d’explications crédibles, les citoyens cherchent eux-mêmes des réponses. Les rumeurs prennent alors la place des informations officielles, alimentant les soupçons et les accusations mutuelles.

Les relais communautaires, premiers exposés aux conséquences

A Kabonga, les chefs de proximité affirment être parmi les premiers à subir les conséquences des promesses non tenues.

Joel Ndayizeye, chef de dix ménages, explique avoir annoncé à la population, sur instruction des autorités, que le problème d’accès à l’eau potable serait rapidement résolu. « Nous transmettons les messages que nous recevons. Mais lorsque rien ne change pendant plusieurs mois, les habitants nous considèrent comme des menteurs. Cela détériore nos relations avec nos voisins », confie-t-il.

Même constat chez Perine Nizigiyimana, conseillère du chef de colline. « Nous relayons fidèlement les informations qui nous sont transmises. Pourtant, lorsque ces engagements ne sont pas respectés, c’est nous qui perdons la confiance de la population. »

Elle estime que les responsables devraient éviter d’annoncer des promesses dont la réalisation n’est pas garantie. « Dire la vérité permet aux citoyens de comprendre la situation et de continuer à faire confiance à leurs dirigeants. »

La transparence, un rempart contre les discours de haine

Pour le sociologue Patrice Sabuguheba, la prévention des discours de haine passe avant tout par une communication fondée sur la transparence. « Il faut dire la vérité et répondre sincèrement aux préoccupations de la population », insiste-t-il.

Le sociologue Patrice Sabuguheba: « Une population qui ne fait plus confiance à ses représentants se tourne facilement vers les rumeurs. Or celles-ci peuvent alimenter les tensions sociales et ouvrir la voie aux discours de haine. »

Selon lui, certaines autorités, lorsqu’elles ne disposent pas de réponses satisfaisantes, peuvent être tentées de recourir à la diversion, au mensonge ou à la démagogie afin de préserver leur image.

Une stratégie qu’il juge contre-productive. « Reconnaître un problème peut être perçu comme un aveu d’échec. Pourtant, refuser de le reconnaître aggrave la crise de confiance entre les citoyens et leurs dirigeants. »

Le sociologue met également en garde contre une autre conséquence : la prolifération des rumeurs. « Une population qui ne fait plus confiance à ses représentants se tourne facilement vers les rumeurs. Or celles-ci peuvent alimenter les tensions sociales et ouvrir la voie aux discours de haine. »

Pour préserver la cohésion sociale, conclut-il, les autorités doivent privilégier une communication honnête et proposer des réponses réalistes aux difficultés exprimées par les citoyens. « La reconnaissance de la vérité demeure indispensable pour préserver la cohésion sociale. »

Dans un contexte où les discours de haine prospèrent souvent sur les frustrations, les malentendus et la désinformation, plusieurs habitants estiment que la transparence constitue l’un des moyens les plus efficaces de renforcer la cohésion sociale. Dire la vérité, même lorsqu’elle est difficile à entendre, apparaît ainsi non seulement comme une exigence de bonne gouvernance, mais aussi comme un véritable outil de prévention des discours de haine.

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