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Décisions publiques : quand le manque de concertation nourrit les discours de haine

Etre informé, consulté et écouté avant qu’une décision ne soit prise. C’est ce que réclament plusieurs habitants de la colline Nyabigina, en province de Burunga. Ils estiment que certaines décisions publiques prises sans dialogue préalable alimentent frustrations, méfiance et tensions entre communautés. Pour les spécialistes de la gouvernance, une décision mal préparée peut, à terme, devenir un terreau propice aux discours de haine et fragiliser la cohésion sociale.

Dans le cadre du projet de lutte contre les discours de haine soutenu par La Benevolencija, plusieurs médias se sont rendus, le 3 juin 2026, sur la colline Nyabigina, en zone Kabonga, commune de Nyanza, dans la province de Burunga. Les témoignages recueillis dressent un même constat : lorsqu’une décision est prise sans consultation ni explication, les frustrations s’accumulent et peuvent progressivement laisser place aux discours hostiles.

Pour Josiane Hakizimana, les tensions trouvent souvent leur origine dans le sentiment de ne pas être écouté. Elle cite notamment une décision ayant conduit à l’installation de nouveaux habitants sur des terres appartenant à des résidents locaux, sans consultation préalable des propriétaires. Selon elle, cette absence de dialogue a nourri un profond sentiment d’injustice.

« Nous avons commencé à dire que nous étions opprimés parce que nous étions faibles et que personne ne pouvait défendre nos droits. Depuis, la haine s’est installée entre les deux communautés », témoigne-t-elle.

Au fil du temps, poursuit-elle, les relations se sont détériorées. Les échanges sont devenus conflictuels, les litiges fonciers se sont multipliés et certains différends ont même conduit à des arrestations. A ses yeux, une concertation en amont aurait permis d’éviter une grande partie de ces tensions.

Sur la même colline, Anatolie Hafashimana partage le même constat. Selon elle, les conflits liés au partage des terres créent un climat propice aux affrontements. Les habitants, explique-t-elle, finissent par se considérer comme des adversaires plutôt que comme des voisins. Les disputes se multiplient, jusque dans les champs, chacun cherchant à défendre ce qu’il estime être son droit.

Elle redoute qu’en l’absence de solutions concertées, ces conflits ne prennent une ampleur encore plus inquiétante. « Avec les tensions actuelles, nous craignons que ces disputes ne finissent par provoquer des violences encore plus graves », alerte-t-elle.

Des décisions qui alimentent le sentiment d’injustice.

Plusieurs agriculteurs dénoncent également les difficultés d’approvisionnement en engrais depuis que leur commercialisation est assurée par l’Etat. Selon eux, malgré les paiements déjà effectués, les livraisons restent insuffisantes. Dans le même temps, s’approvisionner dans les pays voisins expose les cultivateurs à des poursuites pour fraude.

Pour certains habitants, cette situation alimente un profond sentiment d’abandon. « Nous finissons par penser que l’État nous traite injustement », confie l’un d’eux. Plus préoccupant encore, certains reconnaissent que leur colère ne vise plus seulement les autorités, mais aussi les agents chargés d’appliquer ces décisions.

Les infrastructures publiques suscitent elles aussi des incompréhensions lorsqu’elles sont réalisées sans communication suffisante.

A Nyabigina, certains habitants dénoncent ainsi la construction de conduites d’eau traversant leurs propriétés pour alimenter d’autres localités, alors qu’eux-mêmes n’ont toujours pas accès à cette eau. Faute d’explications, les frustrations grandissent, au point que certains évoquent ouvertement des actes de sabotage contre ces installations.

De la frustration aux discours de haine

Pour Achel Niyonizigiye, expert en gouvernance et en bonne administration, ce n’est pas seulement le contenu d’une décision publique qui détermine son acceptation, mais aussi la manière dont elle est préparée, expliquée et appliquée.

Acher Niyonizigiye, expert en gouvernance et en bonne administration: « Lorsqu’il existe un désaccord entre celui qui prend la décision et ceux qu’elle concerne, cela crée des divisions. Les dirigeants devraient éviter cette situation chaque fois que cela est possible. »

 « Lorsqu’il existe un désaccord entre celui qui prend la décision et ceux qu’elle concerne, cela crée des divisions. Les dirigeants devraient éviter cette situation chaque fois que cela est possible », explique-t-il.

Selon lui, une bonne gouvernance repose sur plusieurs principes fondamentaux : la transparence, la consultation des personnes concernées, l’information préalable et le respect des procédures.

A l’inverse, des décisions imposées sans dialogue risquent d’être perçues comme arbitraires. Elles peuvent alors alimenter la colère, les rumeurs, la méfiance et, progressivement, des discours de haine dirigés contre les autorités, leurs représentants ou d’autres groupes de la population.

D’après Achel Niyonizigiye, une décision mal comprise peut rapidement raviver d’anciennes fractures. Les critiques adressées à un responsable peuvent s’étendre à son parti politique, à ses partisans, voire à toute une communauté, favorisant les stéréotypes et les discours de haine. Dans les cas les plus extrêmes, prévient-il, cette dynamique peut déboucher sur des violences physiques.

La concertation, un levier de prévention

Les témoignages recueillis à Nyabigina montrent qu’au-delà des décisions elles-mêmes, les citoyens demandent avant tout à être informés, écoutés et associés aux choix qui influencent leur quotidien.

Pour l’expert en gouvernance, une décision éclairée ne consiste pas uniquement à choisir une solution. Elle suppose aussi d’identifier ses impacts sociaux, d’évaluer les risques de tensions, de consulter les parties prenantes et d’expliquer les raisons qui la motivent.

Dans un contexte où les discours de haine peuvent rapidement fragiliser la cohésion sociale, la participation citoyenne apparaît ainsi non comme une simple formalité administrative, mais comme un véritable outil de prévention des conflits.

Selon Achel Niyonizigiye, Une décision bien préparée, transparente et comprise par la population réduit les frustrations, renforce la confiance envers les institutions et limite les risques de voir émerger des discours susceptibles de diviser les communautés. A l’inverse, lorsqu’elle est perçue comme imposée ou injuste, elle peut devenir le point de départ d’une spirale de méfiance dont les conséquences dépassent largement l’objectif initial de la mesure.

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