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La « douceur » de la culture burundaise entretient le bien-être mental

Les pratiques culturelles du Burundi rappellent la riche histoire et le patrimoine coloré du pays. Les valeurs qu’elles véhiculent jouent un rôle important dans la consolidation de la paix et la cohésion sociale

Jusqu’à date, le social autour du cérémonial familial occupe une place prépondérante dans la vie des communautés burundaises, autant rurales qu’urbaines. De la naissance d’un Burundais à la levée de deuil partielle, puis définitive de son décès, en passant par les nombreuses étapes du mariage, et les rendez-vous religieux (sacrements, bénédictions), chaque année apporte son lot de célébrations et recueillement. Il y est question de partage : l’on se salue, l’on chante, l’on boit (très important), l’on danse, et on y parle, beaucoup. Cette sociabilité a permis de préserver la famille, institution sociale par excellence au Burundi, et partant, de maintenir à un niveau significatif la cohésion sociale.

L’on notera ainsi que dans ces moments de communion et de convivialité (parfois forcée), l’on s’embrasse, se serre la main – échange de paix et signe d’amitié -, comme un rite de réconciliation continuellement renouvelé.

Au travers des vidéos « Inkingi » (mot rundi signifiant « les colonnes d’appui »), réalisées par le Magazine Jimbere en collaboration avec la radio Kazoza F.M, l’on revient sur certains moments de célébration de notre riche culture.

L’importance des instruments de musique traditionnels

Bien que le tambour sacré ou « ingoma » soit l’ambassadeur par excellence de la culture burundaise, il existe également d’autres instruments anciens qui produisent l’éventail des sons et rythmes burundais. Parmi ces instruments traditionnels, il y a l’indonongo.

Spécifique au Burundi et appartenant à la catégorie des vielles, il est composé d’une seule corde, d’une caisse de résonance en corne de vache et recouverte au sommet d’un morceau de peau de vache tendue. Les joueurs d’«indonongo» sont itinérants et chantent des ballades avec une voix de fausset.

«Indonongo irahamagarwa kandi ikitaba, bayibaza ikishura» signifie littéralement que l’indonongo favorise la transmission du message et les interactions sociales en tenant compte du contexte donné.

L’indonongo était souvent joué lors de fêtes ou en soirée, durant les rassemblements entre jeunes et adultes, dépendamment du mot ou du message que le musicien voulait transmettre.

Que ce soit pour consolider l’entente, pour donner des conseils selon les problématiques en vogue dans la communauté, tout cela était transcrit ou exprimé à l’aide de cet instrument.

La danse des guerriers Intore

« Intore » est une danse rythmique, emblématique et exaltante du Burundi, pratiquée autrefois par les soldats du Mwami, le Roi. Souvent, les danseurs la pratiquaient au retour de la chasse, maniant lances et boucliers pour montrer que l’ennemi avait été vaincu. Ils portaient des vêtements en peau de léopard pour intimider leurs adversaires.

La mission première de l’armée est de maintenir la paix et la sécurité. Quelle que soit l’origine ethnique, religieuse ou familiale, l’armée doit être unanime. Même s’il y a des conflits personnels internes, ils doivent être surpassés pour combattre l’ennemi ensemble et remporter la victoire. Leçon morale : les gens devraient se soutenir mutuellement, surmonter leurs différences et résoudre leurs conflits pour parvenir à un développement durable.

Berceuse : l’amour de la mère poétisé

« Guhoza umwana », les berceuses, aura été un moyen de communication par lequel la mère exprimait ses joies et ses peines et, de manière publique, disait aussi ce qu’elle pensait de son entourage et de la société en général.

« Consoler un enfant » est la ligne de conduite de la mère, consciente d’avoir mis au monde un petit être fragile. Elle lui exprime des mots d’amour et de soutien total pour la vie. La mère promet à son bébé de le protéger des étrangers, des animaux, « de la jalousie des femmes qui n’ont jamais mis au monde », qu’elle le remettra toujours entre les mains et sous la protection de personnes bienveillantes.

Les berceuses débutent par la formule « Hora, hora mwana wanje » (Calme-toi, calme-toi mon enfant) et la mère continue à chanter, développant ainsi différents thèmes.

Le rythme doux et les mélodies apaisantes des berceuses aident à calmer le corps et l’esprit. Elles favorisent un sentiment de paix et de bien-être chez les enfants, tout en leur transmettant une lecture de la société burundaise avec ses forces et ses travers : un moment de socialisation crucial pour la croissance du Burundais.

L’épopée pastorale

« Amazina y’inka » – la poésie pastorale burundaise centrée autour de la vache, s’est exprimée sous de nombreuses formes. C’est pourtant chez ceux auxquels l’on avait offert une vache que l’on retrouvait les messages les plus forts. Souvent, le bénéficiaire revenait sur la bravoure et la bienveillance de son donateur, en lui promettant loyauté, et reconnaissance éternelle. Il défiait ceux qui étaient hostiles à son donneur et ses biens, tout en se mettant en quatre pour faire plaisir à son donneur et à sa famille.

Ainsi, lorsqu’un tutsi (socialement désignant un « éleveur de vaches») offrait une vache à un hutu (« un agriculteur »), cela renforçait la cohésion sociale. Les enfants du receveur rendaient souvent visite au donneur, devenu par le lien du don comme un second père, et participant à créer des liens sociaux qui évoluaient au gré de la fortune d’un individu. Tel né socialement « hutu » pouvait se retrouver chanté comme un « tusi » la quarantaine passé, à force de richesse, et de dons autour de lui…

C’est ainsi que dans cette poésie pastorale, le destinataire devait inclure ces bonnes relations entre lui et son donateur. Les destinataires du message prétendaient probablement aussi donner une vache, à l’instar du précédent, pour le prestige d’être loué. En conséquence, l’amitié et la valeur du « donner » étaient célébrées et popularisées, permettant finalement de revisiter constamment le sens même du mot « richesse »… Était véritablement riche, celui/celle qui avait à cœur le partage et le don. Une belle leçon du vivre-ensemble plus que d’actualité.

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