Rassemblés puis transférés au centre de Munzenze, les enfants et les adultes de la rue déclarent vivre dans des conditions difficiles et demandent à réintégrer leurs familles. Le ministère promet une solution prochainement…
Il est 10 heures du matin lorsque nous arrivons au centre d’accueil pour enfants et adultes issus de la rue de Munzenze, situé en commune Mishiha à 37 km du chef-lieu de la province de Cankuzo. Un espace avec la capacité d’accueil 200 enfants lors de sa création en 2023. Mais qui, en 2024, a accueilli plus de 800 personnes.

Il héberge actuellement 184 personnes dont 55 enfants (14 filles et 41 garçons) et 129 adultes (18 femmes et 111 hommes), d’après Nestor Banigwa, le responsable adjoint dudit centre.
Sur place, des personnes réparties dans différents endroits, sont occupées à diverses activités : des enfants vêtus de vêtements usés s’amusent dans la cour du centre pendant que les adultes font la lessive un peu plus loin. A l’approche du véhicule, certains accourent et expriment sans ambages leur souhait de retourner à Bujumbura, dénonçant des conditions difficiles dans lesquelles ils vivent.
Interrogés, les locataires du centre confient être arrivés dans différentes circonstances. Certains affirment avoir été arrêtés dans les quartiers faute de cahiers de ménage, d’autres étaient des gardiens dormant près des routes, et d’autres encore disent avoir été appréhendés en sortant des bars tôt le matin.
Les femmes, quant à elles, expliquent avoir été arrêtées alors qu’elles allaient acheter des marchandises le matin ou exercer leur commerce au centre-ville de Bujumbura. Quant aux enfants, la plupart d’entre eux ont été arrêtés alors qu’ils mendiaient sur différents axes alors que d’autres jouaient à des jeux de hasard.
Difficiles conditions de vie
Tous affirment avoir du mal à supporter leurs conditions de vie actuelles. Ils se plaignent principalement de rester inactifs car les formations professionnelles promises n’ont toujours pas commencé : « Ce centre est dépourvue presque de tout. Il n’y a pas d’électricité, l’eau se fait rare. Quant à l’alimentation et l’alimentation est insuffisante et de basse qualité. Les repas sont toujours les mêmes : du riz, des haricots et de la pâte de maïs. »
En colère, K.V., un jeune garçon de 17 ans, n’y va pas par le dos de cuillère : « Je n’ai jamais mangé à ma faim depuis mon arrivé ici. Mais le plus frustrant c’est de passer des journées assis sans rien faire. » A cause de cela, confie K.V. les mauvaises habitudes s’installent : certains enfants continuent de fumer, d’autres s’enfuient pour aller chercher de l’argent afin d’acheter des substances illicites : « Il y a aussi des bagarres, car certains ont encore l’instinct de survie de la rue. »

Et cet instinct est observable à tous les niveaux. Claver Nsabimana, âgé de 40 ans, témoigne : « Vivre ici avec les jeunes est difficile. Les vêtements que je porte sont les seuls que je possède, et lorsque je les lave, je dois nouer mon t-shirt autour de ma taille en attendant que mon pantalon sèche. Mais c’est compliqué, car je dois toujours le surveiller pour éviter qu’on ne me le vole. » Et de demander qu’on les forme à un métier pour qu’ils puissent réintégrer leurs familles avec des connaissances.
Côté prise en charge médicale, la situation n’est guère reluisante. Les personnes atteintes de maladies chroniques ou contagieuses ne reçoivent pas les médicaments nécessaires, affirment nos sources. Josiane Kabwari, atteinte d’une chronique et en situation de handicap, avec un appareil médical à la jambe, confie : « Je souffre d’une maladie incurable qui nécessite un traitement régulier. J’ai un appareil médical attaché à ma jambe, mais obtenir des médicaments est difficile, car le médecin est parfois absent pendant deux semaines. Avant, à Bujumbura, je faisais des contrôles médicaux réguliers, mais ici, je ne peux pas. Franchement, je demande qu’on me renvoie à Bujumbura. Même ce vêtement que je porte, c’est quelqu’un qui me l’a donné. »
Sur le plan de l’hygiène, les filles et les femmes affirment souffrir beaucoup. Bien qu’elles reçoivent des kits hygiéniques, indiquent-elles, elles n’ont pas de sous-vêtements : « Oui, ils nous donnent des Cotex, mais nous n’avons pas de sous-vêtements. »
Nestor Banigwa rejette toutes ces informations et affirme que l’alimentation est suffisante : « Ils sont soignés lorsqu’ils tombent malades. »
La bonne cohabitation avec l’entourage…

Malgré cette situation, les relations avec le voisinage se sont nettement améliorées par rapport aux premiers jours après leur arrivée. Ce que confirme le responsable du centre ainsi que le gouverneur. Auparavant, certains s’introduisaient dans les habitations voisines pour voler, car il n’y avait pas de clôture. Mais aujourd’hui, la clôture a été érigée : « Actuellement, les relations sont apaisées. Mais, à leur arrivée dans ce centre, ils dérobaient les cultures à nos champs et nous volaient aussi dans les maisons « , déclare A.K., habitant à quelques mètres du centre. Nestor Banigwa confirme également cette bonne cohabitation : « Au début, la communauté les appelait des délinquants et réagissait avec colère, mais désormais, on les considère comme les autres habitants. »
Concernant les doléances des résidents du centre, il rappelle que le centre avait été conçu uniquement pour les enfants, mais qu’il accueille actuellement des personnes de tous âges, ce qui rend difficile leur encadrement. Toutefois, assure-t-il, un autre centre destiné exclusivement aux adultes est en projet. A ce propos, le gouverneur de Cankuzo indique que la construction d’un centre destiné à accueillir les adultes nécessitait d’importants moyens. L’administration et les acteurs concernés ont donc décidé de renvoyer les adultes vers leurs régions d’origine et certains ont déjà été reconduits là d’où ils venaient, comme à Ngozi, Bubanza, Cibitoke, Bujumbura et ailleurs : « Plusieurs personnes adultes ont ainsi déjà été réintégrées dans leurs familles. »
Quant aux problèmes liés à l’eau et à l’électricité, il reconnait que les robinets sont à sec, obligeant les résidents accompagnés par les encadreurs à aller puiser ailleurs : « Pour l’électricité, un projet d’installation de panneaux solaires est en cours. »
Des formations professionnelles toujours en attente…
Concernant la formation professionnelle, Nestor Banigwa indique que le ministère de la solidarité a prévu des formations qui seront prochainement mises en œuvre : « En attendant, les enfants et les adultes participent à des activités du sport comme le foot avec des membres de la communauté, et veillent à la propreté de leur lieu de vie. Ceux qui souhaitent cultiver peuvent travailler dans le champ du centre et reçoivent des récompenses symboliques en retour. »
Concernant la réintégration des enfants dans leurs familles, M. Nestor précise qu’une enquête est toujours menée pour s’assurer que l’enfant a bien une famille capable de l’accueillir, ou bien s’il y a des enfants qui pourraient retourner à l’école. « S’il n’a pas de foyer sûr, il reste au centre. À ce jour, 51 enfants ont été réintégrés dans leur famille », informe-t-il.
Le ministère tranquillise
Le ministère la Solidarité nationale, des affaires sociales, des droits de la personne humaine et du genreconfirme que les formations professionnelles ne sont pas encore dispensées dans ce centre, mais assure qu’elles débuteront prochainement. « Nous sommes en phase de préparation et, selon le budget prévu par l’État pour l’année 2025–2026, nous espérons que les activités de formation professionnelle vont démarrer», fait savoir Ildephonse Majambere, porte-parole dudit ministère.
A propos de la construction d’un autre centre pour séparer les enfants des adultes, il confirme, à son tour, que les adultes ne sont pas destinés à y rester, mais que l’objectif est de les réintégrer dans leurs familles tandis que les enfants sont appelés à retourner à l’école : « Nous n’avons pas l’intention de multiplier les centres ; même ceux qui existent déjà, nous souhaitons les réduire, en ne gardant que ceux strictement nécessaires pour les personnes vivant avec un handicap ou les personnes âgées n’ayant aucune autre alternative. »
De surcroit, bien que les personnes hébergées dans ce centre reçoivent à manger, des soins médicaux et des vêtements, M. Majambere martèle qu’il existe encore des défis, notamment le manque d’eau et d’électricité. Il espère qu’à l’avenir, ils atteindront un niveau où il sera possible de collecter de l’eau de pluie ou de source pour permettre au centre de bien fonctionner. Il ajoute que certaines organisations qui avaient initialement soutenu le centre se sont ensuite retirées, estimant que le centre avait suffisamment avancé pour qu’elles réorientent leurs efforts ailleurs. Toutefois, souligne-t-il, le centre reste une propriété de l’État et continue de fonctionner.
Pour ceux qui se trouvent dans ce centre et affirment qu’ils ont été arrêtés alors qu’ils ne vivaient pas dans la rue ou ne mendier pas, Ildefonse Majambere confirme ce fait et précise qu’il arrive parfois que, lors des fouilles menées par les policiers, des personnes sans activité claire soient appréhendées puis conduites au centre : « Mais, après l’écoute et évaluation, ces personnes sont ramenées d’où elles viennent si les raisons avancées sont claires et justes. »




