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Editorial

Burundi: du leadership au féminin

Audrey Habonimana est la Directrice des Programmes du Magazine Jimbere

« Depuis des temps immémoriaux, l’homme s’est forgé une prééminence sur la femme qui lui confère une influence déterminante sur le destin de cette dernière, avec comme conséquence la persistance des inégalités socio-économiques et politiques liées au genre » – Cette réflexion d’un collègue a suscité un débat sur la relation entre l’hégémonie masculine et la faible progression des femmes dans le leadership à différents niveaux, au Burundi.
En effet, malgré le renforcement de l’engagement du gouvernement à éliminer les inégalités et l’exclusion liées au genre par la mise à jour de la Politique Nationale Genre de 2003, des défis persistent en matière de parité hommes-femmes dans les instances décisionnelles. Le manque de sensibilisation des Burundais sur la masculinité positive bloque les progrès de l’égalité des sexes dans le processus de prise de décision.

Selon l’étude menée par le BLTP (Burundi Leadership Training Program) en avril 2017 sur le partage du pouvoir entre les genres, 96% des hommes décident seuls au sein des partis politiques. Cette étude souligne aussi des préjugés machistes qui font que la plupart des hommes ne soutiennent pas l’adhésion de leurs épouses aux partis politiques et aux postes décisionnels.
Cette attitude nous montre les différents niveaux de blocage des femmes dans le développement de leur caractère de leadership, notamment au niveau familial, communautaire et politique.

Ces conditions de blocage s’illustrent notamment par des chiffres de représentation encore faibles au niveau administratif et politique, notamment au niveau des directions provinciales de l’éducation, où les femmes représentent un taux de 22%, dans les directions communales de l’éducation où les femmes ne représentent que 6,7%, alors jusqu’en 2021, les femmes ne représentent que 18% dans la gouvernance.

Quant au plan familial, la femme burundaise ne dispose toujours pas de facilité juridique qui lui donne le droit d’hériter au même titre que l’homme. Par conséquent, selon le recensement général de la population et de l’habitat de 2008, au Burundi, sur 80,2% de propriétaires terriens, 62,5% sont des hommes et 17,7% des femmes.

Pour comprendre les défis et les moyens de contournement à différents niveaux de la matérialisation du leadership féminin, Jimbere a rencontré des membres de différentes communautés à Kayanza, Muyinga, Rumonge, Gitega et en mairie de Bujumbura. C’est, par exemple, le cas de Kamikazi Nuru, une élève de Rumonge qui se plaint de l’attitude des garçons à l’égard des filles: «Ils nous disent que nous ne sommes pas capables d’être des leaders». Une telle situation nous pousse à nous interroger sur l’impact sociétal futur des filles et des femmes accédant à des postes de responsabilité, sachant que leurs aspirations de leadership sont étouffées par l’entourage masculin.

De fait, Jimbere plaide pour que les hommes soutiennent et encouragent les femmes à briguer les postes de décision. Car, oui, les femmes sont capables d’assumer des responsabilités politiques et publiques. Elles font aussi preuve d’un grand pouvoir de socialisation, comme l’a montré le travail de la journaliste Christine Ntahe que nous saluons dans nos pages. Elle a en effet documenté l’héroïque engagement des femmes rurales au cœur des initiatives individuelles pour restaurer la cohésion inter-communautaire, et ce au plus fort de la guerre civile post-1993.

C’est dans ce sens que la Rédaction de Jimbere vous présente des femmes, et des jeunes ayant marqué l’année 2022, pour célébrer un leadership en action qui contribue à inspirer et faire évoluer positivement la vie des collectivités à travers le Burundi.

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