Près de 50 % de la dette intérieure de l’État burundais provient des banques commerciales, tandis que 45 % est financée par la Banque de la République du Burundi (BRB). Ainsi l’Etat se charge de rembourser 21% de la dette totale au cours de l’année budgétaire 2025-2026 : quel impact sur les autres priorités ?
À fin décembre 2025, la dette intérieure du Burundi dépassait 6 000 milliards de francs burundais, selon les données de la BRB. La dette extérieure, quant à elle, s’élevait à un peu plus de 1 920 milliards de francs burundais, soit environ 24 % de la dette publique totale. Ainsi, la dette intérieure représente près de 76 % d’un encours global estimé à plus de 8 083 milliards de francs burundais.
Par ailleurs, après la révision du budget de l’exercice 2025-2026, les dépenses publiques ont atteint environ 5 371,9 milliards de francs burundais. Le déficit budgétaire a été ramené à 367,9 milliards, contre 436,9 milliards avant la révision.
La dette publique du Burundi est en hausse constante ces dernières années. Composée de dettes intérieure et extérieure contractées pour financer les dépenses publiques et les projets de développement, elle pose néanmoins des défis croissants en matière de remboursement et de gestion des finances publiques. Une gestion rigoureuse s’impose pour préserver la stabilité économique et soutenir le développement du pays.
Comprendre la dette intérieure
La dette intérieure correspond aux emprunts contractés par l’État à l’intérieur du pays. Lorsque les recettes publiques ne suffisent pas à couvrir les dépenses, le gouvernement recourt à d’autres sources de financement, notamment l’émission de bons du Trésor via la BRB ou les emprunts auprès des banques commerciales, souvent assortis d’intérêts.

Selon Gabriel Rufyiri, président de l’OLUCOME, ce mécanisme permet à l’État de combler ses besoins de financement, mais implique des remboursements avec intérêts. L’économiste Diomède Ninteretse précise que l’État peut également s’endetter auprès des entreprises publiques, en plus des banques commerciales, parfois à des taux supérieurs à 15 %.
Pour Jean de Dieu Mutabazi, président du parti RADEBU, la dette intérieure s’oppose à la dette extérieure contractée à l’étranger. Il compare l’État à une famille qui doit financer des infrastructures, la sécurité et des services essentiels. Lorsque les ressources internes sont insuffisantes, l’endettement devient inévitable pour soutenir le développement.
Un levier de développement sous conditions
La dette intérieure peut constituer un outil de relance économique si elle est orientée vers des investissements productifs. « Elle devrait prioritairement financer des infrastructures et des projets de développement, et non des dépenses courantes sans retombées économiques », souligne Diomède Ninteretse.
Les experts rappellent également que les emprunts extérieurs, souvent contractés auprès d’institutions financières internationales, présentent généralement des taux d’intérêt plus faibles, oscillant entre 3 % et 5 %.
Cependant, Gabriel Rufyiri déplore que la dette ne soit pas toujours utilisée à des fins productives. Avec des dépenses courantes élevées et des marges limitées pour l’investissement, l’endettement actuel peine à stimuler la croissance. Dans ces conditions, atteindre un taux de croissance économique satisfaisant reste difficile.
Le remboursement de la dette demeure une priorité pour maintenir la crédibilité financière du pays. Selon Jean de Dieu Mutabazi, même les grandes économies recourent à la dette intérieure, parfois à des taux élevés, afin de préserver la confiance des partenaires financiers.

Diomède Ninteretse rappelle que les partenaires internationaux, comme la Banque mondiale, exigent le respect des engagements de remboursement. Pour le Burundi, honorer sa dette est essentiel afin d’éviter un retard de développement par rapport aux pays voisins.
Des conséquences lourdes pour l’économie
L’endettement intérieur a plusieurs effets négatifs sur l’économie. D’après Gabriel Rufyiri, il réduit l’accès au crédit pour le secteur privé, freinant ainsi son développement.
Diomède Ninteretse évoque l’« effet d’éviction » : l’État mobilise une grande partie des ressources financières disponibles, limitant les capacités d’emprunt des entreprises et des particuliers. Il souligne également que le financement de l’État par la banque centrale peut entraîner une inflation, en raison de l’augmentation de la masse monétaire sans hausse correspondante de la production.
Parmi les autres conséquences, confie Ninteretse, figurent la perte du pouvoir d’achat et le risque de dépréciation monétaire si la dette continue d’augmenter sans investissements productifs.
Jean de Dieu Mutabazi note que les secteurs porteurs de croissance reçoivent moins de financements, ce qui compromet la réalisation des projets de développement. Il plaide pour une meilleure gestion des ressources et un accompagnement accru des institutions financières internationales.
Gabriel Rufyiri insiste, pour sa part, sur la nécessité de renforcer la compétence dans la gestion publique et d’adopter des politiques de rigueur budgétaire. « Il est essentiel de privilégier les secteurs prioritaires et de rationaliser les dépenses, dans une logique d’austérité budgétaire », conclut-il.
Par Nathalie Muhimpundu




