Alors que les statistiques alertent sur la pression démographique qui va jusqu’à plus de 12 millions, le taux d’adhésion aux méthodes de planifications familiale laisse à désirer (18%) avec 30 % de besoins non satisfaits. Coup d’éveil de tous les esprits des acteurs potentiels à prendre la question en main et sensibiliser la population à tout âge pour pouvoir arriver à un développement durable dans divers domaines.
Du 20 au 21 mars 2025, le Ministère de la santé publique et de lutte contre le Sida a organisé, en collaboration avec la CARE International Burundi et Twitezimbere, des ateliers régionaux d’échange avec les élus du peuple, les autorités administratives, sanitaires et les leaders communautaires, sur la planification familiale, la santé sexuelle et reproductive des adolescents et des jeunes et la prévention des violences sexuelles et basées sur le genre, sous l’appui financier de l’Ambassade des Pays Bas au Burundi.
Objectif : amener les participants à prendre des engagements, chaque groupe en ce qui le concerne, pour contribuer à faire face aux défis en matière de PF, SSRAJ et VSBG.
Strate des jeunes et adolescents accablée…
Dr Clémentine Irakoze, Directeur Adjoint chargé des services Techniques au PNSR révèle l’état des lieux sur les problèmes des jeunes en santé sexuelle et droits de la reproduction: depuis 2018 à 2024, 6341 cas de grossesses précoces dont la majorité des auteurs ne sont pas connus ont été enregistrés en milieu scolaire. Prostitution, avortements clandestins, mariages précoces, infections sexuellement transmissibles sont une réalité.
Et d’interpeller toute personne à jouer un rôle important dans son entourage : « Ce qui nous effraie, est que le nombre d’adolescents qui viennent accoucher au niveau des structures sanitaires est inférieur à celui des consultations prénatales (sur 1568 adolescentes consultés de 2019 à 2022 et dont l’âgé est compris entre 10 et 14 ans, seules 623 ont accouché au CDS ou à l’hôpital, et on se demande où vont les autres. Le même constat s’observe pour les jeunes dont l’âge est compris entre 15 et 19 ans où seules 228 888 ont accouché au CDS ou à l’hôpital sur 307 071 consultées. On peut se donner l’hypothèse qu’elles auraient avorté… »
Venant Manirambona, Gouverneur de Gitega quant à lui, donne un clin d’œil : « Si nous ne combattons pas avec force, un moment viendra où nous nous retrouverons sans espaces habitables. Les conjoints autorisés se reproduisent massivement, les jeunes et adolescents de même, des femmes qui ont une déficience mentale sont engrossées… »
Des avantages de la planification familiale
Plusieurs avantages dans la lutte contre cette démographie galopante ont été soulignés à travers la présentation du Docteur Ananie Ndacayisaba, Directeur du Programme National de Santé et Reproduction : les couples planifient la vie en fonction des objectifs personnels, professionnels et économiques, espacement des grossesses et le choix du nombre d’enfants, la réduction de la morbi-mortalité maternelle et infantile, la réduction des grossesses non désirés, possibilité de mieux gérer les ressources économiques, prévention des cas d’avortements…
Cependant, dans le contexte Burundais, la prise en compte du sexe de l’enfant, du nombre d’enfant que le mari désire, la tendance de remplacer les enfants décédés, l’éducation limitée ou le bas niveau d’étude de la fille, le statut socioéconomique, le manque d’informations correctes sur les méthodes de planifications familiales et leurs avantages, des rumeurs et fosses informations, cultures pro natalistes et croyances religieuses, pression sociale et familiales pour avoir de nombreux enfants, le manque de soutien du partenaire ou de la famille constituent entre autre des facteurs et défis à la faible participation.
Sans la planification familiale, le développement reste une illusion
Dr Ananie Ndacayisaba tire la sonnette d’alarme face à cette question : « La question liée à la démographie galopante devrait être prise en main par chaque personne, car le développement économique n’est pratiquement pas possible à cette allure (8 053 574 en 2008 et 13 087 399 en 2023) selon la projection de l’INSBU) et plusieurs conséquences commencent déjà à se manifester dans divers domaines.»
Ananie explique que les enseignants ne sont plus à mesure de bien suivre les élèves du fait que les classes sont devenues pléthoriques. Par-là, la qualité de l’éducation n’y a plus. Le budget qui allait être utilisé dans la mise en place des industries de pointe est affecté dans les travaux de construction de nouvelles salles de pédiatrie. Les problèmes liés à ’exiguïté des terres cultivables (0,17ha/ hab en 2020) suscitent des conflits fonciers, des enfants de la rue devenus nombreux…
Des recommandations formulées
Envisager des mesures d’accompagnement de sorte que chaque couple qui se prépare au mariage soit prêt à répondre à des conditions de prévision d’une épargne pour un avenir certain de chaque enfant, serait une bonne option dans la bataille de lutte contre les mariages précoces, suggère l’Abbé Jean Eudes Ngendakumana depuis Ngozi.
La formation des consciences pour que les jeunes puissent faire un choix libre et consciencieux sur les méthodes contraceptives à utiliser est l’opinion que suggère. En tout état de cause, faut- il insister beaucoup sur les conséquences, parce que si la personne est consciente des impacts qui découlent des grossesses ou des relations sexuelles actives au bas âge, là elles sauront prendre des précautions.
Planifier et faire passer régulièrement des messages de sensibilisation de la population sur la planification familiale à travers toutes les réunions tenues par les administratifs et autres autorités à tous les niveaux
Réduire les délais fixés aux jeunes filles pour retourner à l’école après la grossesse non désirée mais aussi revoir à la hausse l’âge légale de mariage. Noter également la mise en place au niveau des CDS un prestataire de soins permanent en charge d’assurer le counceling des jeunes et adolescents en matière de la SSRAJ.
Et Thierry Nimpagaritse, représentant la Directrice Pays de CARE International Burundi, d’apprécier l’implication active du Gouvernement du Burundi, l’appui de l’Ambassade des Pays-Bas au Burundi pour son soutien financier avant d’exhorter tous les participants à s’approprier de cette question d’espacement, limitation des naissances, et sensibiliser les autres dans la lutte contre les VSBG et les grosses non désirés.




