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Burundi : à un an de la présidentielle, la classe politique se divise

Prises de bec, boycott, dissensions… Les tensions se multiplient dans la sphère politique burundaise, sans pour autant provoquer de remous majeurs au sein de l’opinion publique. Au-delà des contestations et des polémiques, la situation actuelle semble déjà dessiner les contours d’une élection présidentielle prévue le 3 mai 2027.

Vingt partis politiques, dont le CNDD-FDD au pouvoir, disent apprécier positivement la qualité des réponses apportées aux préoccupations exprimées lors du dialogue initié le 15 mai 2026 par le président de la République, Evariste Ndayishimiye, candidat à sa propre succession.

Tenue à huis clos, cette rencontre d’échanges, aux allures de concertation politique, a réuni le chef de l’Etat et les représentants de 42 partis politiques. Elle est intervenue au lendemain du boycott, par cinq partis, d’une réunion organisée le 8 mai dernier par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) à l’intention des partenaires électoraux dans le cadre des préparatifs de l’élection présidentielle de 2027.

A rebours de la majorité, ces cinq formations politiques : l’Uprona, le CNL, le Frodebu, le CDP et Sahwanya-Frodebu portent un regard critique sur les échanges tenus avec le chef de l’Etat.

Selon Olivier Nkurunziza, président de l’Uprona, qui s’exprimait au nom de ces partis, les réponses apportées à leurs préoccupations n’ont pas été satisfaisantes. Il regrette notamment qu’aucun communiqué final n’ait été publié à l’issue de la rencontre.

Pour ces formations politiques, cette absence risque de compliquer la mise en œuvre des points ayant fait l’objet d’un consensus. Elles plaident ainsi pour la mise en place d’un mécanisme clair de suivi des recommandations issues du dialogue politique.

Des dissensions politiques persistantes

Par ailleurs, le CNL, l’Uprona, le Frodebu, Sahwanya-Frodebu et le CDP annoncent qu’ils ne participeront à aucune réunion organisée par la CENI, en particulier celles liées à la préparation de l’élection présidentielle de 2027.

Ils estiment que « la CENI, dans sa composition et dans son comportement, n’est pas en mesure d’organiser des élections répondant aux standards requis de transparence et d’équité ».

Dans un communiqué signé le 8 mai 2026, ces partis rappellent qu’au lendemain des élections législatives et communales de 2025, ils avaient introduit des recours auprès des instances compétentes, y compris auprès du chef de l’Etat, afin de dénoncer des manquements graves ayant entaché, selon eux, la crédibilité du scrutin.

« Le manque de réponse appropriée à ces recours laisse subsister de sérieuses préoccupations quant à la crédibilité des institutions électorales », soulignent-ils.

Cette position contraste avec celle de vingt autres partis politiques, parmi lesquels le RADEBU, le CNDD-FDD, le PRP-Abatuburana, le FNL, le RPB-Nturenganywe, le PR, le Parti pour la démocratie et la réconciliation Sangwe Pader, le MPH, le PIEBU, le MSP Inkinzo, le RANAC, le PMP-Abagenderabanga, le FROLINA, l’ADR Imvugakuri, l’UPD-Zigamibanga, l’APDR, le FPN-Imboneza et l’AND Intadohoka.

Ces formations exhortent « l’ensemble de la classe politique burundaise à mettre de côté les ambitions personnelles et à privilégier l’intérêt général du peuple burundais, notamment la cohésion sociale, l’unité dans la diversité politique, ethnique et religieuse, ainsi que la paix et la stabilité du pays ».

Dans une déclaration rendue publique sept jours après le dialogue avec le chef de l’Etat, elles disent s’inscrire en faux « contre toute intention de sabotage du processus électoral ».

Elles appellent également les institutions concernées à mettre en œuvre les recommandations formulées lors du dialogue afin d’améliorer l’organisation de l’élection présidentielle de 2027.

Ces partis affirment en outre que « le procès-verbal reflète fidèlement les 42 points soulevés en vue de l’organisation d’élections présidentielles conformes à la loi ».

La CENI maintient le cap

Face aux critiques, le président de la Commission électorale nationale indépendante, Prosper Ntahorwamiye, estime que le manque de confiance exprimé par certains partis relève de leur liberté d’appréciation.

« Ils ne sont pas obligés de nous faire confiance. Mais nous ne pouvons pas arrêter le processus électoral sous prétexte qu’ils ne nous font pas confiance », déclare-t-il.

Selon lui, la CENI poursuit ses activités conformément à la loi. « Je demande à ces partis politiques, s’ils le peuvent ou s’ils le souhaitent, de venir pour que nous en discutions, car nous ne pouvons débattre de ces questions qu’en réunion. Mais s’ils préfèrent la voie qu’ils ont choisie, c’est leur droit. C’est aussi la preuve qu’il existe une démocratie au Burundi. Qu’ils participent s’ils le veulent ou qu’ils n’y participent pas s’ils ne le veulent pas », ajoute-t-il.

Concernant les irrégularités relevées lors des élections de 2025, Prosper Ntahorwamiye indique qu’une évaluation du processus électoral a été menée et que les dysfonctionnements signalés ont été examinés. Il précise que cet exercice a été réalisé à deux reprises à Gitega et que les participants se sont accordés sur la nécessité de corriger les irrégularités constatées afin d’améliorer les prochains scrutins.

Adiel Bashirahishize

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