Au Burundi, la multiplication de boissons alcoolisées fortement dosées, vendues à bas prix dans des bouteilles en plastique, inquiète de plus en plus. Avec des taux d’alcool oscillant entre 16 % et 45 %, ces produits sont pointés du doigt pour leurs conséquences sanitaires, économiques et sociales
Dans les collines de Rukinga et Miringa, en commune de Rumonge (province de Burunga), les habitants tirent la sonnette d’alarme. Selon eux, ces boissons nuisent gravement à la santé des consommateurs et fragilisent les foyers.
« Certaines personnes commencent à boire dès le matin, souvent sans avoir mangé, et poursuivent jusqu’au soir. Les conséquences sont visibles : insultes envers les enfants ou les épouses, conflits familiaux, errance nocturne, et parfois des nuits passées en brousse faute de retrouver le chemin du retour », témoignent Eric* habitant de Rukinga.
Parmi ces produits, confie Eric, figure notamment le « Kick », qui a progressivement remplacé le kanyanga. D’après plusieurs témoignages, cette boisson aurait déjà causé d’importants dégâts au sein de la communauté.
Les consommateurs avancent une raison essentiellement économique. Les boissons produites par la Brarudi sont devenues trop coûteuses pour une partie de la population. En comparaison, ces alcools conditionnés dans des bouteilles en plastique sont nettement plus abordables. « Nous choisissons ces boissons parce que ce sont les moins chères », expliquent certains consommateurs.
Avis d’expert : une teneur en alcool sous-estimée
Jean Paul Simbavimbere, spécialiste en fabrication de boissons alcoolisées, met en garde contre la forte concentration d’alcool contenue dans ces petites bouteilles. « Une bouteille de 30 cl titrant à 16 % d’éthanol, communément appelée “agasarabwayi”, contient environ 4,8 cl d’alcool pur », explique-t-il.
À titre de comparaison, explique Simbavimbere, une bouteille d’Amstel de 60 cl à 5 % contient environ 3,25 cl d’éthanol. Même une bouteille de Primus de 72 cl renferme moins d’alcool pur qu’une petite bouteille fortement concentrée.

Autrement dit, continue le spécialiste, une bouteille de 30 cl très dosée peut contenir davantage d’alcool qu’une grande bière entière. Les consommateurs ingèrent ainsi une quantité d’alcool supérieure à ce qu’ils imaginent.
Noël Nkurunziza, secrétaire général et porte-parole de l’Association burundaise des consommateurs (ABUCO), se dit préoccupé par la vente libre de ces boissons à forte teneur en alcool. Selon lui, les effets sont alarmants : « Certaines personnes dorment dans la rue, d’autres restent sur les lieux de consommation. Les conséquences sociales et familiales sont lourdes. »
L’association s’interroge sur les intentions des producteurs qui commercialisent des boissons très alcoolisées à des prix particulièrement bas. M. Nkurunziza appelle l’État ainsi que l’organisme chargé du contrôle de la qualité à vérifier la conformité de ces produits, à fixer une limite légale du taux d’alcool autorisé et à appliquer des sanctions contre l’ivresse publique.
Samuel Ndayiragije, directeur général du Bureau burundais de normalisation et de contrôle de la qualité (BBN), indique que des descentes ont récemment été effectuées dans des usines de production d’alcool à Bujumbura ainsi que dans plusieurs points de vente à travers le pays. « Des inspections ont été menées à Bujumbura et à l’intérieur du pays. Un rapport détaillé sera publié prochainement », précise-t-il.
*Nom d’emprunt




