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Santé Sexuelle et Reproductive

La lutte contre les VSBG, un combat de tout un chacun

Le Burundi s’est engagé sur la voie de lutte contre les violences basées sur le genre. Il s’est doté notamment d’outils et des mécanismes pour prévenir les cas et prendre en charge les survivantes. Le pays vient de franchir une nouvelle étape avec la création des plateformes digitales dédiées à la dénonciation et la riposte. Malgré les avancées enregistrées en la matière la situation reste préoccupante.

Au Burundi, les violences sexuelles et basées sur le genre demeurent une préoccupation majeure. Les résultats d’une étude menée en 2016 montrent que 32 % des femmes âgées de 15 à 49 ans ont subi des violences physiques et 50 % des femmes en couple âgées de 15 à 49 ans ont déclaré avoir subi des violences émotionnelles, physiques ou sexuelles.

Les causes profondes des violences sexuelles et basées sur le genre (VSBG) sont liées à plusieurs facteurs dont les normes sociales discriminatoires, les valeurs patriarcales qui renforcent les inégalités entre les femmes et les hommes, les pratiques néfastes, le manque d’autonomie corporelle et l’accès limité aux ressources économiques. Ainsi, les femmes se heurtent non seulement à un modèle historique de discrimination, mais aussi à des barrières politiques, sociales, et économiques qui les empêchent de jouir pleinement de leurs droits fondamentaux, apprend-on du recueil sur la prévention et la lutte contre les VBGs établi en 2024. La situation est exacerbée par l’impunité des auteurs de violence, l’application lacunaire des lois et des politiques qui protègent les femmes et les filles etc.

POS, un outil de prévention et la réponse aux violences basées sur le genre (VSBG)

Face à l’ampleur, il a été créé sous-groupe sectoriel VSBG (SGSVSBG) en 2015, sous la lead de l’UNFPA et avec IRC comme co-lead. Cette multisectorialité et coordination des acteurs se veut efficace, rapide professionnelle et de qualité et en harmonie avec les standards internationaux en la matière. D’où l’élaboration des Procédures Opérationnelles Standard (POS).

Ainsi, les POS sont un outil essentiel et incontournable détaillant les procédures minimales à suivre tant pour la prévention que la réponse y compris la mitigation des risques de VSBG. Ils permettent de promouvoir la sécurité, la dignité et les droits des personnes touchées par les violences basées sur le genre dans des contextes de développement et principalement en situations humanitaires complexes. Ils précisent notamment les rôles et responsabilités des organisations et/ou groupes communautaires qui mèneront des actions dans les quatre principaux secteurs d’intervention : santé, sécurité, juridique/justice et appui psychosocial. Cet outil leur permettra d’améliorer la qualité des assistances données aux survivant.e.s des VSBG tout en respectant des normes minimum standards, son adaptation au contexte actuel du pays, d’où l’élaboration des POS VSBG.

Quand le numérique s’invite dans la partie

En plus de la mise en place de l’Observatoire national de lutte contre les VSBG, le Burundi vient de franchir avec l’opérationnalisation de trois (3) plateformes numériques destinées à améliorer la prévention, la coordination et la prise en charge des victimes, lit-on sur le site de l’ONUFEMMES Burundi.

Le premier outil, un Système d’Alerte et de Gestion des Cas, permet de digitaliser le circuit de référencement et d’assurer un suivi en temps réel des incidents. Selon les initiateurs, il contribuera à réduire les délais de prise en charge et à limiter la perte d’informations.

Le deuxième, dédié à la planification et à la gestion des interventions en genre, ambitionne de renforcer la coordination entre les différents intervenants, tout en facilitant le suivi et le rapportage des actions menées à travers le pays. Enfin, une bibliothèque numérique centralise les ressources documentaires liées aux VSBG, notamment les études, rapports et textes juridiques, afin de soutenir la recherche et la sensibilisation.

ces outils permettront « d’alerter, de suivre et de coordonner » les interventions, tout en garantissant une prise en charge rapide des survivants, a souligné Mme Clara Mah ANYANGWE, Représentante de l’ONU Femmes Burundi, lors des cérémonies de lancement officiel.

Garantir la protection des victimes

Le développement des outils de communication apporte des facilités mais aussi des défis. A l’ère du numérique, le cyber harcèlement est une autre forme de VBG qui prend de l’ampleur. « Des cas de violences sur la toile s’intensifient actuellement. Du harcèlement, du chantage, de la vulgarisation des vidéos et photos de de femmes nues ou dans des tenues très légères sans leur consentement, s’observent sur différents réseaux sociaux et les experts sont formels : tous ces exemples font partie des violences numériques. À Bujumbura, les cas de femmes victimes de cette sorte de VBG, se multiplient », rapportent nos confrères du journal Iwacu.

Espérons que les nouveaux outils de dénonciation vont améliorer la protection des victimes et la riposte. D’où la nécessité de mieux informer les communautés, en particulier en milieu rural, où les victimes ignorent souvent les dispositifs d’assistance existants.  Le pays dispose également d’infrastructures de prise en charge et d’accompagnent des victimes dont le centre Humura de Gitega et Seruka à Bujumbura.

Les catégories les plus touchées

La situation des VSBG est très alarmante et exacerbée par les désastres naturels. Les VSBG touchent majoritairement les femmes et les filles vulnérables telles que les écolières, des filles domestiques, des personnes âgées, des malades mentales, des sans-abris, des déplacés. Elles sont causées par entre autres les normes sociales négatives, la pauvreté, et favorisée par l’impunité, la méconnaissance des lois, les pratiques néfastes telles que les mariages forcés ou précoces, les rites de veuvage, les concubinages, l’infertilité ou la progéniture unisexe dans le foyer, et pratiques traditionnelles locales ciblant les individus sur la base du genre.

En cas de désastre écologique, l’inaccessibilité aux services sociaux de base pour répondre à leurs besoins fondamentaux (nourriture, vêtements, kits d’hygiène menstruelle, etc) expose les femmes et les filles à des pratiques néfastes (prostitution, sexe de survie, travail mal rémunéré ou non rémunéré, et à des violences basées sur le genre (viols, violences conjugales…).

De façon globale, les catégories de personnes les plus touchées sont les femmes et les filles vulnérables, les femmes déplacées, les femmes handicapées, les enfants sans surveillance et certaines minorités les plus vulnérables en l’occurrence les femmes autochtones Batwa.

Les chiffres font froid au dos

Les données collectées auprès des directions provinciales de développement familial et social

 et compilées par le ministère ayant le genre dans ces attributions en 2021 font état de 14 926 cas enregistrés sur le territoire burundais dont 12 554 concernent des femmes et 2 372 concernent des hommes. La même source révèle une augmentation de cas en 2022 avec un total de 17379 dont 14 481 sont des femmes/filles et 2898 sont des hommes/garçons.

Le document identifie aussi les pratiques traditionnelles préjudiciables au genre. Ce sont des actes tirés des usages et des coutumes qui portent atteinte au genre.  Ce sont notamment : « GUKANDA (UMUVYEYI) » : une forme de viol conjugal tolérée par la culture qui consiste dans le fait qu’un homme force sa femme à avoir des rapports intimes avec lui après l’accouchement avant que celle- ci ne soit rétablie ;  « Gukazanura » : pratique coutumière qui reconnaît à un homme le droit de faire préalablement des rapports sexuels avec sa belle- fille le jour du mariage de son fils ;  « guteka ibuye rigasha » : pratique culturelle qui consiste, pour un homme, à forcer sa femme ou sa fille d’avoir des rapports sexuels avec un guérisseur traditionnel pour que le remède prescrit ait ses effets escomptés.

Ce dossier rédactionnel a été réalisé dans le cadre du projet « Lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles : transformation des normes sociales discriminatoires – TWIRINDE IKUMIRANA II ». Ce projet est exécuté sur financement de l’Union Européenne à travers ONU Femmes Burundi et mis en œuvre par le consortium composé du Collectif des Associations et ONGs Féminines du Burundi (CAFOB) comme Lead, de l’United for Children Burundi Bw’uno Musi (UCBUM) et du Forum National des Femmes (FNF). Ainsi, le CAFOB apporte un soutien financier à la concrétisation de l’initiative médiatique de promotion du genre mise en œuvre par le magazine Jimbere.

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