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Buja City Plazza, une quête de souveraineté économique mise à rude épreuves  

Après plusieurs tentatives de reconstruction du marché infructueuses, les lignes bougent. Le gouvernement réaffirme son engagement via Ubaka Landmarks qui pilote désormais les travaux. Dès l’annonce du projet Buja City Plazza, les commentaires fusent de partout. La disponibilité des fonds et l’expertise locale pour exécuter un projet d’une telle envergure restent au cœur des débats. La société civile exige plus de transparence pour échapper aux mauvaises expériences du passé.  

Le projet de reconstruction du marché central de Bujumbura refait surface après une période d’interruption des travaux. Pour le moment, les travaux de génie n’ont pas encore démarré, les activités se limitent à la préparation du terrain après une phase de déblaiement et de nettoyage du site qui ont déjà engloutis deux milliards de BIF. Il est prévu notamment la construction d’un shopping Mall de cinq niveaux et une cave.  Chaque jour, une noria de camions effectue des rotations au site pour évacuer de la terre alors que les machines excavatrices travaillent à plein régime.

Fablice Manirakiza, promoteur du projet Buja City Plaza vient de lancer une seconde phase de mobilisation des fonds. Il tient à rassurer les investisseurs potentiels que sur la sécurité des placements. « Le processus de collecte des fonds est reconnu par les instances habilitées notamment l’Agence de régulation des marchés des capitaux. Nous viellons à la protection des capitaux mobilisés dans le cadre de ce projet d’infrastructure », lance-t-il lors d’une récente campagne de mobilisation des fonds.

Pour l’Observatoire de Lutte contre la Corruption et les Malversations Economiques (OLUCOME), une organisation qui a suivi de près ce dossier, la levée des fonds est question qui mérite quand même une attention particulière.  Comme le pays se dote d’un marché des capitaux, le gouvernement du Burundi devait exiger à ce qu’on passe par ce marché boursier en vue de protéger les fonds des citoyens. Gabriel Rufyiri, président de l’Olucome estime qu’il est extrêmement urgent de respecter les procédures si on veut aboutir à des résultats. La mise en œuvre d’un tel projet exige un strict respect des procédures en matière d’attribution des marchés : évaluation des capacités techniques et financières. 

Un réengagement de l’Etat

L’Etat et le secteur privé ont convenu de mettre en place un partenariat pour financer et réaliser les travaux. « Du côté de l’Etat, l’investissement sera effectué à travers la Banque d’Investissement pour les Jeunes (BIJE). Les investisseurs privés, quant à eux, interviendront par l’intermédiaire d’une structure dénommée Africa Dream Assets (ADA) », a révélé Ir. Egide Nijimbere, ministre en charge des infrastructures lors de l’émission publique tenue le 11 juin 2026 à Gitega.

Le ministre Nijimbere fait savoir que ces deux partenaires ont créé une société commune dénommée Ubaka Landmarks chargée de concevoir et de construire le futur marché central de Bujumbura. En juillet dernier, le gouvernement a nommé les administrateurs qui représentent l’Etat au conseil d’administration.  Le partenariat avec l’État du Burundi est conclu pour une durée de 27 ans : 3 ans pour la construction et 24 ans de concession pour la seule première phase, cette durée étant susceptible d’être prolongée au fil des phases suivantes, lit-on sur le site de ladite société.

Un modèle de financement incertain ?

Lors d’une rencontre avec la presse animée en décembre dernier, le Président Evariste Ndayishimiye a souligné qu’Ubaka Nation Group ne disposait pas assez de ressources financières pour réaliser le projet, puisqu’elle comptait s’appuyer sur les fonds des citoyens. « Vous avez vu que la société a fait appel aux gens pour apporter de l’argent afin d’investir. Cela signifie qu’elle construit avec l’argent des autres, et si nous attendons, cinq ans pourraient passer », a-t-il expliqué.

Pour lui, la plupart des immeubles construits par Ubaka Nation ont été réellement financés par les propriétaires potentiels, mais pour un marché, il est impossible d’adopter le même mode opératoire.  Ainsi, l’implication de l’État permettra de suivre la gestion des fonds publics à travers la convention. Ce qui garantira une construction plus rapide et transparente.

Pour Gabriel Rufyiri, le partenariat public privé (PPP) est bon signe, car il y a une part de l’Etat. Cependant, il émet des doutes quant à la capacité de l’Etat de continuer à soutenir ce projet budgétivore. « Je pense qu’un tel projet qui relève du partenariat entre le secteur public et privé devrait attirer beaucoup des sociétés qui justifient des capacités financières. Sinon, il y a un grand risque de détournement des fonds à l’instar d’autres projets qui n’ont pas aboutis. Pour lui, on devrait privilégier l’intérêt général plutôt que de confier un tel projet a un individu. »

Un projet disproportionné et à haut risque

Dans un contexte macroéconomique burundais marqué par une extrême vulnérabilité externe, ce projet soulève de sérieuses interrogations quant à sa viabilité financière, technique et économique. Le complexe commercial moderne incluant plusieurs bâtiments et une tour de 30 étages nécessite plus qu’une simple mobilisation des fonds, fait remarquer l’économiste Jean Ndenzako dans son analyse qu’il a publiée sur X. 

Dans les pays à faible revenu comme le Burundi, les PPP échouent souvent lorsque l’État n’a ni capacité de paiement ni garanties crédibles à offrir. L’expérience africaine (ex. : projets PPP abandonnés en Tanzanie ou en Ouganda pour cause de pénurie de devises) montre que ces montages aggravent souvent la situation budgétaire sans livrer l’infrastructure, regrette Ndenzako.

Il propose une approche plus réaliste qui consisterait à redimensionner drastiquement le projet : reconstruction modeste du marché central en plusieurs phases, priorisant des bâtiments bas avec matériaux locaux, financés par des dons ou des prêts concessionnels multilatéraux. Sans cela, Buja City Plaza risque de rejoindre la longue liste des chantiers fantômes burundais, symbolisant plus des ambitions démesurées que le développement effectif, conclut-il.  

Plus de 10 ans d’attente

Le dossier de reconstruction et modernisation du marché central était à l’ordre du jour dans les différentes sessions du conseil des ministres. Le gouvernement était à la quête des investisseurs étrangers mais toutes les tentatives ont été soldées par des échecs. Gabriel Rufyiri, président de l’Olucome rappelle que le projet de reconstruction remonte à 2014 mais aucune société n’a réussi à faire avancer les travaux. Des investisseurs chinois, l’association des banques et établissement financier (ABEF) ont fait des propositions jamais concrétisées, regrette-t-il.

La rédaction du magazine Jimbere a analysé une série de documents publiés sur le même projet. Les données renseignent sur certaines initiatives qui demeurent malheureusement sur papier. Le mémorandum d’entente pour la construction de cette infrastructure économique a été adopté par le conseil des ministres en septembre 2018. C’est la société chinoise Jiangxi Jianglian International Engineering qui avait gagné le marché.

Le secrétaire général et porte-parole du gouvernement Prosper Ntahorwamiye d’alors indiquait qu’aucune offre n’a été réceptionnée dans les délais prévus par les termes de référence. Par conséquent, justifie-t-il, le gouvernement a décidé de sensibiliser ses partenaires pour les intéresser à ce projet.

Et Ntahorwamiye de conclure que c’est la seule société qui a démontré les capacités techniques et financières en matière de réalisation de grands projets d’infrastructures. Le projet devrait être mis en œuvre sous forme de partenariat public-privé (PPP). L’objectif principal de ce projet est de construire un centre commercial moderne qui sera la vitrine commerciale de la ville de Bujumbura.

Une histoire qui risque de se reproduire ?  

En 2017, l’Agence d’Appui à la Réalisation des Contrats de Partenariat Public-Privé (ARCP) a lancé un appel d’offre pour la reconstruction du marché central. Le projet prévoyait la construction d’une méga-infrastructure d’au moins cinq niveaux, un parking pour 400 à 500 véhicules au sous-sol et en surface, un «  Convention center » avec entre autres: salles de conférence, salles de concert et un centre d’exposition, etc.. Il était également prévu un espace vert et le MALL régional qui devraient couvrir toute la zone d’activité commerciale centrale environ six hectares (6 ha), y compris le site du Palais des Arts. 10 ans après, le site de l’ex marché central n’est du tout exploité.

Les grands ouvrages et les chantiers réalisés au Burundi nécessitent pour la plupart des cas l’intervention des compagnies étrangères. Tel est le cas pour le nouveau siège de la Banque Commercial du Burundi, les chantiers de la Banque centrale, de l’Office Burundais des Recettes ….attribués à la multinationale d’origine tunisienne AMA CONSTRUCTION. Tout cela démontre que la construction des infrastructures « futuristes » dépasse les ambitions nationalistes et souverainistes. C’est pourquoi plusieurs pays préfèrent recourir à l’expertise internationale.  

écrit par Benjamin Kuriyo et Blaise Kandikandi

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