Le projet de viabilisation du quartier Tenga, en commune Ntahangwa, est présenté comme une étape vers une urbanisation mieux planifiée. Mais au-delà de l’ouverture des routes et de l’aménagement des parcelles, il met en lumière des défis plus larges : occupation des espaces avant leur viabilisation, respect des plans directeurs, financement de l’aménagement urbain et maîtrise de l’expansion des villes. Autant de questions qui interpellent alors que le Burundi ambitionne de concrétiser sa Vision 2040-2060.
Au Burundi, les villes continuent de s’étendre. A Gitega, Ngozi, Rumonge et dans d’autres centres urbains, la croissance démographique et l’urbanisation transforment progressivement les paysages. Cette dynamique pose toutefois un défi majeur : comment organiser l’extension des villes afin d’éviter les occupations anarchiques des terrains et garantir un développement urbain harmonieux ?
Le projet de viabilisation du quartier Tenga, situé en commune Ntahangwa, remet cette question au cœur du débat. Pour de nombreux habitants rencontrés le mardi 8 juillet 2026, ce projet représente une opportunité d’améliorer durablement leur cadre de vie.
Ils espèrent que l’ouverture des routes, l’installation des réseaux d’eau et d’électricité ainsi que l’aménagement des parcelles permettront de mieux organiser le quartier, de limiter les constructions anarchiques et de réserver des espaces destinés aux écoles, aux centres de santé et aux autres infrastructures publiques.
Mais cet enthousiasme s’accompagne aussi de préoccupations. Plusieurs habitants redoutent d’éventuelles démolitions ou la perte d’une partie de leurs parcelles lors de l’exécution du projet. Ils demandent aux autorités de communiquer davantage sur les modalités de mise en œuvre et de garantir le respect des dispositions légales en matière d’indemnisation.
D’autres regrettent que, plusieurs mois après les opérations de mesurage et de délimitation des futures avenues, les travaux de viabilisation n’aient toujours pas réellement commencé.
Entre inquiétudes des habitants et assurances du gouvernement
Intervenant au micro du journal Iwacu, Jacques Nkurunziza, chef de la colline Tenga, estime que le manque d’informations nourrit les inquiétudes des habitants. « Nous pensons que le projet a été simplement abandonné. Aucune information n’est fournie aujourd’hui à ce sujet. »
Selon lui, certains habitants ne respectent plus les bornes matérialisant les futures avenues, estimant que le projet tarde à se concrétiser.
Au micro du journal Iwacu, Jeanne Mukenguruka, porte-parole du ministère en charge des Infrastructures, affirme que le projet n’a pas été abandonné. Selon elle, les études préliminaires sont achevées et les autorités poursuivent la mobilisation des financements nécessaires à son exécution.
La société civile et experts plaident pour une urbanisation mieux planifiée

Pour Gabriel Rufyiri, président de l’OLUCOME, le Burundi dispose déjà d’un cadre juridique en matière d’urbanisme, notamment à travers le Code de l’urbanisme et le Code de l’eau.
Selon lui, le principal défi réside moins dans l’absence de textes que dans leur application effective ainsi que dans le respect des schémas directeurs, qui devraient guider l’extension des villes avant l’installation des populations.
Le président de PARCEM, Faustin Ndikumana, partage cette analyse. A ses yeux, les quartiers devraient être viabilisés avant leur occupation.
Il estime qu’une bonne planification doit prévoir les routes, les réseaux de drainage, les espaces publics ainsi que les infrastructures sociales afin d’éviter les difficultés observées aujourd’hui dans plusieurs quartiers périphériques.
Même constat pour Gaspard Kobako, expert en urbanisme. Selon lui, une planification en amont permettrait de réduire les conflits fonciers, les démolitions et les demandes d’indemnisation qui surviennent lorsque les travaux d’aménagement interviennent après les constructions.
Un financement encore peu lisible
Au-delà du cas de Tenga, la question du financement de la planification urbaine reste posée. L’analyse des lois de finances couvrant les exercices 2022/2023 à 2026/2027 montre qu’aucune ligne budgétaire spécifique n’est consacrée exclusivement aux plans directeurs des villes.
Les ressources destinées à l’urbanisme et à l’aménagement du territoire sont intégrées aux programmes du ministère en charge de l’Urbanisme, de l’Aménagement du territoire et des Infrastructures. Elles financent notamment les infrastructures publiques et différents projets d’aménagement, sans permettre d’identifier précisément les montants consacrés à l’élaboration, à l’actualisation ou à la mise en œuvre des plans directeurs.
Selon les documents budgétaires publiés par le ministère des Finances, ce financement peut également être complété par le Programme d’investissement public (PIP) ainsi que par les partenaires techniques et financiers.

Pour Faustin Ndikumana, une autre difficulté réside dans l’exécution des crédits budgétaires. Il relève que, pour l’exercice 2024-2025, le ministère en charge des Infrastructures disposait de plus de 329 milliards de BIF, mais qu’environ 30 % seulement de ce budget auraient été exécutés.
Selon lui, renforcer la crédibilité du pays auprès des investisseurs et des bailleurs de fonds permettrait de mobiliser davantage de ressources pour accompagner l’urbanisation. »
Ndikumana confie : « En l’absence d’une ligne budgétaire autonome consacrée aux plans directeurs, il demeure toutefois difficile d’évaluer les ressources réellement affectées à la planification de l’extension des villes.
L’OBUHA face aux défis de la viabilisation
L’Office burundais de l’urbanisme, de l’habitat et de la construction (OBUHA) figure parmi les principales institutions chargées de la viabilisation des terrains urbains.
L’Office indique avoir pour mission de produire des parcelles viabilisées, de réaliser des lotissements et d’accompagner la planification urbaine.

L’expérience de Kizingwe-Bihara, en commune Mugere, illustre cependant les difficultés que peuvent rencontrer ces projets.
Lancé en 2012, le processus de viabilisation avait été confié à la Société immobilière publique (SIP), devenue par la suite l’OBUHA. Malgré les accords conclus entre les propriétaires et l’Etat pour permettre la réalisation des infrastructures publiques, le projet a connu plusieurs retards liés à des contraintes techniques, administratives et financières.
Annoncé le 23 octobre 2024, le projet de viabilisation du quartier Tenga demeure, lui aussi, très attendu par les habitants, qui espèrent voir les travaux démarrer dans les meilleurs délais.




