Sur la colline Nkongwe, en commune Ruyigi dans la province de Buhumuza, des habitants dénoncent des propos qui ravivent les blessures des anciens conflits et menacent la cohésion sociale. Lors d’une activité de sensibilisation soutenue par La Benevolencija, citoyens, autorités locales et psychologue ont appelé au dialogue, au pardon et à l’éducation des jeunes pour prévenir la transmission de la haine entre générations.
Dans le cadre d’un projet de lutte contre les discours de haine, des journalistes appuyés par La Benevolencija se sont rendus sur la colline Nkongwe, en zone Butezi, commune Ruyigi, dans la province de Buhumuza. L’objectif était d’échanger avec les habitants sur les discours qui ravivent les blessures du passé ainsi que sur leurs conséquences au sein de la société.
Au cours des échanges, plusieurs habitants ont dénoncé des propos qui entretiennent les rancunes, les divisions et la méfiance entre les communautés.
Espérance Nibigira estime que garder en soi les conflits du passé nourrit progressivement la haine. « Lorsqu’une personne conserve dans son cœur les blessures d’un ancien conflit, cela continue d’alimenter la haine. Lorsqu’elle rencontre la personne concernée, elle peut même envisager de se venger », explique-t-elle
Selon elle, ces discours peuvent provoquer des disputes, des violences, voire des affrontements meurtriers. Elle invite ainsi les habitants à sensibiliser ceux qui tiennent de tels propos afin d’éviter de nouvelles divisions.

Melisa Iratabara partage les mêmes inquiétudes. Pour elle, le fait de rappeler constamment les événements douloureux du passé fragilise la paix et menace la sécurité communautaire. « Cela pousse les gens à se disputer et parfois à se battre. Même ceux qui tentent de réconcilier les autres peuvent être blessés », souligne-t-elle.
Des blessures transmises de génération en génération
Stanislas Nijembazi déplore que certaines personnes continuent d’entretenir la haine en évoquant des violences anciennes. Il arrive qu’on dise à quelqu’un : “Ce sont eux qui ont exterminé les tiens”. Ces propos poussent même les descendants des familles concernées à grandir avec la haine, affirme-t-il.
Selon lui, il est indispensable de renforcer l’éducation des jeunes afin qu’ils privilégient l’unité et le développement plutôt que les divisions héritées du passé.
De son côté, Pierre Nshimirimana rappelle que le Burundi a connu des conflits ethniques dont les séquelles continuent parfois d’alimenter les tensions sociales et politiques. « Certains utilisent ces discours pour défendre leurs intérêts ou rallier des groupes à leur cause », explique-t-il.
Il plaide pour le renforcement des actions de réconciliation impliquant les autorités, les médias et les organisations religieuses afin de promouvoir le pardon et la cohésion sociale.
Les autorités locales et les spécialistes appellent au dialogue

Asmani Bimazubute, chef de la sous-colline Nankage, estime que la persistance de ces discours pourrait conduire à de graves conflits communautaires. « Lorsque les gens restent divisés, la haine et le désir de vengeance peuvent réapparaître », avertit-il.
Pour éviter que ces tensions ne se transmettent aux familles et aux générations futures, il insiste sur l’importance du pardon et du vivre-ensemble. « Nous sensibilisons toujours les habitants à privilégier l’unité. Lorsqu’il y a des conflits, nous les conseillons afin que les différends du passé restent dans le passé et ne soient pas transmis aux familles. Quand les gens se pardonnent, leurs descendants vivent également en paix », explique-t-il.
Le psychologue Alexis Niyibigira met lui aussi en garde contre les conséquences psychologiques et sociales de ces discours. « On évoque souvent les souffrances du passé non pas pour guérir, mais pour raviver les rancunes envers certains groupes », analyse-t-il.
Selon ce spécialiste, l’utilisation répétée des souvenirs liés aux guerres, aux violences et aux traumatismes réactive les blessures émotionnelles, alimente la stigmatisation et compromet les efforts de réconciliation. Il recommande une approche fondée sur la reconnaissance des souffrances de chacun, le dialogue, l’éducation et l’engagement communautaire afin de construire une paix durable.




