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Burundi : près de 20 ans après son lancement, où en est la politique de gratuité des soins ?

Instaurée en 2006 pour garantir la gratuité des accouchements et des soins de santé aux enfants de moins de cinq ans ainsi qu’aux femmes enceintes, cette politique demeure officiellement en vigueur au Burundi. Pourtant, de nombreux bénéficiaires affirment devoir supporter certains frais médicaux et s’interrogent sur les conditions actuelles de sa mise en œuvre.

Depuis 2006, la politique de gratuité des accouchements et des soins de santé destinés aux enfants de moins de cinq ans et aux femmes enceintes est en vigueur au Burundi. Toutefois, sur le terrain, certains bénéficiaires constatent des changements dans son application, souvent sans avoir été préalablement informés des modalités qui les justifient.

Près de vingt ans après son instauration, cette politique semble être appliquée de manière variable selon les établissements de santé. Certains bénéficiaires affirment ne pas savoir si les conditions d’accès à la gratuité ont évolué et réclament davantage d’informations sur les frais qui leur sont parfois demandés.

Roi Khaled, l’ un des hôpitaux nationaux où la politique de gratuité des soins de santé pour les enfants de moins de 5 ans et femmes enceintes est toujours appliquée

« J’ai accouché le 27 janvier 2026 à la clinique Prince Louis Rwagasore. Comme d’habitude, je m’y suis rendue en pensant bénéficier de la gratuité des soins. Cependant, à mon arrivée, on m’a demandé 200 000 Fbu pour les médicaments utilisés lors de la césarienne », témoigne une patiente. N’ayant pas cette somme, elle dit avoir dû emprunter auprès de ses proches.

Elle précise également que son septième enfant est né avec une malformation cardiaque congénitale, ce qui l’a contrainte à payer 120 000 Fbu supplémentaires pour des examens médicaux. « Avant de me rendre à l’hôpital, je n’avais pas été informée de ces frais. Depuis la mise en place de la gratuité, je n’avais jamais payé pour mes quatre précédents accouchements », ajoute-t-elle. Elle appelle les autorités sanitaires à mieux communiquer sur toute modification des conditions de prise en charge.

De son côté, U.P. indique avoir été informé par un ami travaillant à l’Hôpital militaire de Kamenge qu’il devrait assumer l’ensemble des frais liés à l’accouchement de son épouse s’il choisissait cet établissement. Il a alors préféré se rendre à l’hôpital Roi Khaled où, selon lui, « l’accouchement de mon épouse s’est déroulé gratuitement, même si j’ai payé 34 000 Fbu pour le billet de sortie ».

Des frais parfois liés à l’indisponibilité du matériel médical

Le Dr Philbert Sendegeya, médecin-directeur a.i. de la clinique Prince Louis Rwagasore, explique que les femmes enceintes et les enfants de moins de cinq ans doivent, dans la plupart des cas, être référés par les centres de santé de proximité pour bénéficier de la gratuité des soins. Certaines situations nécessitent cependant une prise en charge spécialisée, notamment lorsqu’une césarienne s’impose.

Selon lui, des frais peuvent être réclamés lorsque certains matériels ou intrants médicaux couverts par la subvention ne sont pas disponibles dans l’établissement. La clinique est alors contrainte de s’approvisionner ailleurs, ce qui peut entraîner des coûts supplémentaires pour les patients. Il précise que certains équipements sont particulièrement coûteux, tandis que d’autres peuvent être obtenus gratuitement selon les circonstances.

Dr Fidèle Nkezabahizi, Ministre de la Santé publique et de lutte contre le Sida : la politique de gratuité reste pleinement en vigueur depuis 2006, les structures qui ne l’appliquent pas s’ exposent aux sanctions prévues par la loi

Lors d’une émission publique organisée le 11 juin 2026 au stade Ingoma, le ministre de la Santé publique et de la lutte contre le sida, Dr Fidèle Nkezabahizi, a réaffirmé que la politique de gratuité reste pleinement en vigueur depuis 2006. Selon lui, les structures sanitaires publiques ainsi que certaines structures privées conventionnées continuent d’appliquer cette mesure conformément à la réglementation en vigueur.

Le ministre a expliqué que l’achat de médicaments en pharmacie sur présentation d’une ordonnance médicale est généralement lié à l’indisponibilité temporaire de certains produits dans les hôpitaux, notamment en raison des délais d’approvisionnement. « A ce jour, le Burundi a déjà reçu 70 % des médicaments commandés. Le reste se trouve encore à Dar es Salaam, mais l’ensemble devrait être disponible d’ici septembre », a-t-il indiqué.

Il a également souligné que la majorité des établissements sanitaires respectent la politique de gratuité, tout en rappelant que les structures qui ne l’appliquent pas s’exposent aux sanctions prévues par la loi. Le ministre a par ailleurs précisé que certains patients contournent les centres de santé de proximité pour se rendre directement dans des hôpitaux de référence, une pratique qui peut entraîner des frais non couverts par la subvention.

Que dit la loi ?

Le décret n°100/38 du 16 mars 2010 portant révision de la subvention des soins stipule, en son article 3, que les soins destinés aux enfants de moins de cinq ans ainsi que les accouchements sont pris en charge à 100 % dans les structures publiques et assimilées.

Toutefois, l’ordonnance ministérielle fixant les modalités d’application de cette mesure prévoit certaines conditions. L’article 14 précise que, dans les hôpitaux de première référence, seuls les patients référés par les centres de santé ou résidant dans la zone de desserte de l’établissement peuvent bénéficier de la subvention. L’article 15 indique également que, dans les hôpitaux de référence nationale, la gratuité concerne les patients transférés depuis les structures de première référence ou ceux résidant à proximité.

Par ailleurs, plusieurs observateurs soulignent une baisse significative des ressources allouées au secteur de la santé. La part du budget national consacrée à la santé est passée de 14,1 % en 2021 à 4,1 % pour l’exercice 2025-2026, une évolution qui pourrait avoir des répercussions sur la mise en œuvre effective de la politique de gratuité des soins.

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