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Taxes communales au Burundi : la digitalisation progresse, mais les citoyens réclament plus de transparence

Alors que plusieurs communes burundaises modernisent la collecte des taxes grâce aux outils numériques, de nombreux citoyens continuent de dénoncer un manque de transparence sur les montants perçus et l’utilisation des recettes. Entre avancées technologiques, des difficultés techniques et attentes des contribuables, la question de la gouvernance locale reste au cœur des préoccupations.

Au Burundi, les taxes communales sont bel et bien perçues, mais de nombreux citoyens issus de différentes communes et provinces disent ne pas toujours voir clairement l’utilité de leurs contributions. S’ils reconnaissent la légitimité de ces prélèvements, ils réclament davantage de transparence sur les montants exigés ainsi que sur l’utilisation des recettes collectées.

C’est dans ce contexte que l’organisation LaBenevolencija a organisé, le 26 mai 2026, un débat multiplex consacré à la collecte et gestion des taxes dans les communes. Diffusé sur 18 médias, dont 12 radios et 6 organes de presse écrite et en ligne, ce débat s’est tenu en commune Kayanza, l’une des premières à avoir introduit la digitalisation de la taxation afin d’améliorer le suivi des recettes.

Godefroid Niyonizigiye, administrateur de la commune Kayanza: La digitalisation a permis d’améliorer la sécurité des fonds collectés

Selon Godefroid Niyonizigiye, administrateur de la commune Kayanza, cette innovation produit déjà des résultats encourageants. « Actuellement, la commune collecte près de 80 millions de Fbu par mois grâce à l’introduction de l’e-taxe via des machines électroniques, ce qui a renforcé la transparence », explique-t-il.

Il souligne que le système manuel favorisait auparavant les détournements, une partie des recettes n’atteignant pas le compte communal. La digitalisation a également permis d’améliorer la sécurité des fonds collectés.

Les utilisateurs des machines ont été formés, mais environ 50 % des anciens collecteurs ont été écartés pour avoir refusé de changer leurs pratiques. Les agents restants assurent désormais la formation des nouveaux collecteurs, sous la supervision d’encadreurs communaux chargés du suivi, ce qui limite considérablement les pertes de recettes.

Pour Rita Karenzo, membre du conseil communal de Kayanza, confie que la collecte des taxes s’est nettement améliorée grâce à ces équipements, malgré quelques défis techniques, notamment des pannes récurrentes.

Des difficultés persistent dans certaines communes

Les parcipants en débat intitulé sur la collecte et gestion des taxes dans les communes.

A Ruyigi, des commerçants du marché central expriment leurs inquiétudes concernant le paiement des taxes via téléphone, notamment à travers le système Bancobu e-noti. Ils dénoncent l’éloignement des agences ainsi que le manque de garanties sur la traçabilité des montants versés. Selon eux, ils paient les mercredis, vendredis et dimanches et 500 par jour du marché.

A Kirundo, Céline Ntakarutimana, Comptable de la Commune Kirundo indique que, bien que 2 154 589 000 Fbu aient été prévus au début de l’année budgétaire, un montant de 1 589 320 000 Fbu avait déjà été collecté jusqu’en avril 2026. Ce résultat s’explique notamment par le changement d’administration, les effets du changement climatique ainsi que certaines recettes qui n’ont pas encore été comptabilisées.

Déo Ruberintwari, le directeur général responsable du programme de décentralisation et de développement local au sein du ministère de l’Intérieur, du Développement communautaire et de Sécurité publique (MIDCSP), reconnaît toutefois que plusieurs défis subsistent. Certains agents ne versent pas immédiatement les fonds collectés sur les comptes communaux et les conservent temporairement. Par ailleurs, de nombreux contribuables manquent encore d’informations sur les taxes qu’ils paient et leur utilité.

Dans certaines communes, les citoyens expriment leur frustration face à l’absence de retombées concrètes. A Rumonge, des contribuables affirment ne pas percevoir les effets de leurs contributions, notamment dans le secteur de l’éducation.

La situation est similaire à Ntahangwa, où des habitants dénoncent le mauvais état des routes malgré les taxes censées financer les travaux de développement communal.

A quoi servent les taxes communales ?

La Comptable communale de Kirundo précise que les fonds collectés servent à la fois au fonctionnement quotidien de la commune et au financement de projets de développement.

 Le directeur général responsable du programme décentralisation et développement local au sein du MIDCSP rappelle que, dans le cadre de la nouvelle organisation administrative, les communes sont autonomes et financent leurs activités grâce aux recettes locales. Chaque début d’année, le conseil communal définit les taxes à percevoir.

En commune Kayanza, les recettes sont notamment utilisées pour l’installation de sources d’eau sur les dix collines de la commune ainsi que pour la construction en cours d’un centre de santé sur la colline de Maruri, en zone Kabuye, selon l’administrateur communal.

« A Kayanza, les autorités mettent en avant une approche participative : tous les projets sont intégrés dans le Plan de Travail et Budget Annuel (PTBA), permettant ainsi aux citoyens de soumettre leurs propositions », explique Rita Karenzo.

Les citoyens proposent leurs priorités de développement

A Kirundo, des citoyens demandent la construction de centres de santé de proximité. A Rumonge, des vendeurs de légumes sollicitent la construction de marchés et la réhabilitation des routes. A Ruyigi, des commerçants proposent l’organisation régulière de cadres d’échange afin de mieux participer à la gestion locale.

Anatole Akeza, représentant de coalition des syndicats en commune Kayanza: Il est nécessaire de renforcer la sensibilisation des citoyens dès l’école afin de développer une culture discale et citoyenne.

Pour Anatole Akeza, représentant de coalition des syndicats des travailleurs en commune Kayanza, il est nécessaire de renforcer la sensibilisation des citoyens dès l’école afin de développer une culture fiscale et citoyenne.

Déo Ruberintwari indique qu’un processus de digitalisation est en cours afin de garantir une meilleure traçabilité des recettes. Il précise également que des réunions sont prévues au niveau des collines pour impliquer davantage les citoyens. Des sessions du conseil communal se tiennent aussi tous les six mois avec la participation de la population afin de présenter les bilans financiers, les recettes collectées ainsi que les projets réalisés ou à venir.

Selon une récente évaluation du MIDCSP, les recettes communales ont atteint 5 898 472 384 Fbu vu en novembre et 7 223 733 985 Fbu en décembre dans l’ensemble des communes du pays. Ntahangwa arrive en tête avec 500 925 637 Fbu collectés, tandis que Bururi est la commune la moins performante avec 46 734 012 Fbu.

Pour Déo Ruberintwari, cette dynamique traduit des progrès encourageants, mais elle montre également la nécessité de renforcer davantage la transparence, la communication et la participation citoyenne afin de faire des taxes communales un véritable levier du développement local.

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