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Assurance incendie au Burundi : protéger les marchés pour préserver l’économie nationale

Face aux incendies à répétition qui frappent les marchés burundais, la question de l’assurance incendie s’impose comme un enjeu économique et social majeur. Pourtant, malgré les pertes colossales enregistrées ces dernières années, peu de commerçants assurent encore leurs biens. Entre méfiance envers certaines compagnies, faibles revenus et absence d’une culture de prévention, les défis restent nombreux. Experts, commerçants et acteurs de la société civile appellent désormais à une mobilisation collective pour renforcer la protection des marchés et des activités commerciales.

Les récents incendies qui ont ravagé plusieurs marchés du Burundi, notamment celui de Kinama, ont une nouvelle fois mis en évidence la vulnérabilité des commerçants face aux catastrophes. Derrière chaque boutique détruite se trouvent des familles privées de revenus, des investissements réduits en cendres et une économie nationale fragilisée.

Malgré l’ampleur des pertes enregistrées lors de ces sinistres, le taux de souscription à l’assurance incendie demeure encore très faible parmi les commerçants burundais. Plusieurs facteurs expliquent cette situation : le manque d’informations, le coût jugé élevé des primes, l’absence d’une véritable culture de prévention, mais aussi la méfiance envers certaines compagnies d’assurance.

Pourtant, spécialistes du secteur, représentants des commerçants et acteurs de la société civile s’accordent sur un point : l’assurance incendie ne doit plus être considérée comme un luxe, mais comme un outil essentiel de protection économique et sociale.

« Déclarer la vraie valeur des marchandises est une garantie de protection »

«Les commerçants doivent également s’unir pour exiger des marchés répondant aux normes de sécurité, avec des extincteurs, des bouches d’incendie et des voies d’accès dégagées », souligne Hasmani Ndayishimiye, chef du département marketing et clientèle à l’assurance BIC

Selon Hasmani Ndayishimiye, chef du département marketing et clientèle de l’assurance BIC, la transparence reste fondamentale dans la relation entre les commerçants et les compagnies d’assurance.

Il explique que déclarer la valeur réelle des marchandises ne constitue pas un risque fiscal pour les commerçants, mais représente plutôt une garantie importante permettant d’obtenir une indemnisation adéquate en cas de catastrophe. « Les commerçants doivent également s’unir pour exiger des marchés répondant aux normes de sécurité, avec des extincteurs, des bouches d’incendie et des voies d’accès dégagées », souligne-t-il.

Selon lui, ces mesures permettent non seulement de réduire les risques d’incendie, mais aussi de diminuer le coût des primes d’assurance pour les commerçants.

Pour Hasmani Ndayishimiye, assurer les marchés et les activités commerciales revient à protéger la stabilité économique et budgétaire du pays.

Une faible culture de l’assurance au Burundi

L’Association des commerçants du Burundi constate également que très peu de commerçants souscrivent à une assurance incendie.

Jean Samandari, secrétaire général de l’Association des commerçants du Burundi, estime que cette situation s’explique principalement par le manque d’informations, le faible pouvoir d’achat et l’absence d’une véritable culture de l’assurance.

Selon lui, beaucoup de commerçants considèrent encore l’assurance comme une dépense supplémentaire plutôt qu’un mécanisme de protection de leurs investissements. « Même dans d’autres domaines, comme l’assurance automobile, certaines personnes circulent encore sans assurance », rappelle-t-il.

Pour plusieurs petits commerçants, les primes d’assurance restent difficiles à supporter au regard de leurs revenus quotidiens. D’autres pensent encore que les incendies sont rares ou qu’ils pourront compter sur la solidarité familiale ou communautaire en cas de catastrophe.

Jean Samandari souligne également qu’il existe un important déficit d’informations concernant les avantages et les garanties offertes par les assurances incendie.

La méfiance envers certaines compagnies freine les adhésions

Au marché de Kinama, certains commerçants affirment que le manque de confiance envers certaines compagnies d’assurance décourage fortement les adhésions.

Selon plusieurs témoignages recueillis auprès des commerçants, certains assurés versent des cotisations pendant des années, mais rencontrent ensuite des lenteurs administratives et des difficultés d’indemnisation après un sinistre.

Un commerçant explique : « Les emplacements au marché coûtent cher, les taxes et les impôts sont également élevés. Comment peut-on encore ajouter des cotisations mensuelles pour l’assurance ? Nous devons aussi payer les loyers, nourrir nos familles et réaliser un bénéfice. »

Pour beaucoup, l’assurance est ainsi reléguée au second plan face aux difficultés économiques du quotidien.

« L’assurance incendie n’est pas un luxe »

« Lorsqu’un commerçant est indemnisé rapidement après un incendie, cela renforce immédiatement la confiance envers les compagnies d’assurance », affirme Jean Samandari, secrétaire général de l’Association des commerçants du Burundi (ACOBU)

Face à cette situation, Jean Samandari appelle à une responsabilité collective entre commerçants, compagnies d’assurance et pouvoirs publics. Selon lui, la protection des commerces nécessite des marchés plus sûrs, mieux équipés et davantage sécurisés.

Il recommande le renforcement des campagnes de sensibilisation et d’éducation financière afin d’expliquer l’importance de l’assurance incendie dans la continuité des activités commerciales.

L’Association des commerçants propose également que l’ARCA, l’agence de régulation des assurances, mène ces campagnes en collaboration avec les compagnies d’assurance, l’ACOBU et d’autres partenaires concernés.

Jean Samandari estime aussi que les compagnies d’assurance devraient développer des produits adaptés aux réalités économiques des petits commerçants, avec des primes plus accessibles et des procédures simplifiées.

Selon lui, les grands commerçants comprennent généralement l’importance de l’assurance, contrairement aux petits commerçants qui rencontrent davantage de difficultés financières.

Il insiste également sur la nécessité d’améliorer la rapidité et la transparence dans l’indemnisation des sinistres afin de restaurer la confiance des assurés. « Lorsqu’un commerçant est indemnisé rapidement après un incendie, cela renforce immédiatement la confiance envers les compagnies d’assurance », affirme-t-il.

« Le principal problème reste l’absence d’une culture de prévention »

« Lorsqu’un commerçant perd ses biens dans un incendie, ce sont aussi des familles entières qui perdent leurs moyens de survie », explique Gabriel Rufyiri, président de l’OLUCOME

Pour Gabriel Rufyiri, président de l’OLUCOME, le principal défi reste l’absence d’une véritable culture de prévention au Burundi.

Selon lui, les pertes provoquées par les incendies ne touchent pas uniquement les commerçants, mais toute l’économie nationale. « Lorsqu’un commerçant perd ses biens dans un incendie, ce sont aussi des familles entières qui perdent leurs moyens de survie », explique-t-il.

Gabriel Rufyiri appelle l’Etat et les commerçants à mettre en place des équipements de sécurité dans les marchés, notamment des extincteurs, des voies d’évacuation adaptées et d’autres dispositifs de prévention.

Il estime également que la population doit apprendre à utiliser correctement ces équipements et développer davantage une culture de protection contre les risques. Selon lui, les assurances existent et fonctionnent, mais seules les personnes ayant assuré leurs biens peuvent être indemnisées.

Revenant sur l’incendie du marché de Kinama, où les pertes auraient dépassé 400 millions de francs burundais contre environ 100 millions d’indemnisation, Gabriel Rufyiri précise que le bâtiment du marché était assuré, mais pas les marchandises des commerçants. « Il faut distinguer l’assurance du bâtiment de celle des marchandises appartenant aux commerçants », insiste-t-il.

Le président de l’OLUCOME rappelle également que plusieurs marchés du Burundi ont déjà été détruits par des incendies, notamment l’ancien marché central de Bujumbura autrefois géré par la SOGEMAC. Pour lui, ces catastrophes démontrent clairement les conséquences du manque de prévention dans le pays.

Au-delà des assurances, plusieurs acteurs estiment que la prévention des incendies doit devenir une priorité nationale. Les commerçants doivent être davantage sensibilisés, les marchés doivent répondre aux normes de sécurité et les compagnies d’assurance doivent restaurer la confiance des clients grâce à davantage de transparence et d’efficacité.

Selon Gabriel Rufyiri développer une culture de prévention et faciliter l’accès à l’assurance incendie apparaît ainsi comme une nécessité pour protéger les commerçants, soutenir l’économie nationale et construire des marchés plus résilients face aux catastrophes.

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