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ZLECAf : les PME burundaises face au challenge de conquérir le marché continental

La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) représente une opportunité pour le Burundi pour diversifier ses exportations, d’élargir ses débouchés commerciaux et de stimuler sa production industrielle. Toutefois, la conquête de ce grand marché continental exige des entreprises locales une forte compétitivité, le respect des normes de qualité, une capacité de production suffisante et la maîtrise des procédures d’exportation. Face aux contraintes logistiques, financières et réglementaires, quels leviers à mobiliser pour transformer cette ouverture commerciale en croissance économique durable ?

Pour tenter d’apporter des réponses à cette question fondamentale, la rédaction du magazine Jimbere s’est entretenu avec les différents acteurs économiques. À Karusi, WEGE Company illustre les défis qui séparent encore les ambitions commerciales de la réalité. WEGE Company fabrique des emballages écologiques à partir de feuilles de bananier, de paille de riz et de déchets de papier recyclés. Son ambition est de vendre ses produits en Tanzanie, en République démocratique du Congo (RDC) et sur d’autres marchés africains.

Pourtant, malgré une capacité de production annoncée de 5 000 emballages par jour, l’entreprise n’a pas encore commencé ses exportations, faute de documents nécessaires et d’une conformité suffisante aux exigences de qualité. « Certains clients demandent une qualité supérieure à celle que nous pouvons actuellement atteindre », explique Jolis Nduwimana, CEO de WEGE Company. Son témoignage alimente les débats sur la capacité des entreprises burundaises à transformer l’ouverture commerciale africaine en véritables débouchés économiques.

La ZLECAf, une opportunité conditionnée par la compétitivité

Pour Juvénal Sakubu, représentant de l’Association des industriels du Burundi, la ZLECAf représente à la fois une opportunité de croissance et un défi concurrentiel. Elle ouvre aux entreprises un marché plus vaste, mais les expose également à des producteurs africains parfois mieux équipés et capables de proposer des prix plus compétitifs.

L’enjeu est donc de renforcer la productivité industrielle, de réduire les coûts de production et de développer la transformation locale. Selon Sakubu, les difficultés d’approvisionnement en énergie, l’accès limité au financement, les coûts logistiques et les contraintes liées aux devises freinent la compétitivité des entreprises burundaises.

« Certains clients demandent une qualité supérieure à celle que nous pouvons actuellement atteindre », explique Jolis Nduwimana, CEO de WEGE Company.

Jolis Nduwimana de WEGE Company illustre ces difficultés. « L’approvisionnement en carburant complique la collecte des matières premières et la livraison des produits finis ». Malgré l’utilisation de matières premières locales, qui rend ses emballages moins chers que certains produits importés, l’entreprise doit encore améliorer sa qualité et régulariser ses démarches administratives avant d’accéder aux marchés étrangers.

Diversifier les exportations pour créer davantage de valeur

Le café demeure un produit important des exportations burundaises. Selon la Banque de la République du Burundi (BRB), les quantités cumulées de café marchand exportées en 2025 ont progressé de 84,5 % par rapport à 2024. Cette évolution souligne le potentiel de la filière, sans pour autant résoudre la question de la diversification des exportations.

Selon Onésime Niyukuri, point focal et négociateur en Chef de la ZLECAf, d’autres produits burundais présentent également un potentiel sur le marché continental, notamment le thé, les avocats, le maïs, les fruits et légumes, les petites bananes, le miel et les produits du cuir. Des possibilités existent aussi dans les services, notamment le tourisme, le transport et les services financiers.

Pour exploiter ces débouchés, Niyukuri propose aux entreprises de développer des chaînes de valeur plus performantes, c’est-à-dire améliorer les étapes allant de l’approvisionnement en matières premières à la transformation et à la commercialisation. L’objectif est de vendre davantage de produits finis à valeur ajoutée, plutôt que de dépendre principalement des matières premières.

Normes et certification, des préalables à l’exportation

La compétitivité ne repose pas uniquement sur les prix. Les produits doivent également respecter les normes et règlements techniques applicables dans les pays de destination. Selon Firmin Bucumi, responsable des normes au Bureau burundais de normalisation (BBN), ces exigences concernent notamment la qualité, la sécurité, l’étiquetage et l’emballage ainsi que les mesures sanitaires et phytosanitaires pour certains produits.

Il souligne que de nombreuses petites et moyennes entreprises rencontrent encore des difficultés liées au coût de la certification, aux capacités techniques et à la connaissance des exigences des marchés. La certification peut notamment nécessiter une évaluation du site de production, des analyses d’échantillons et un contrôle du système qualité.

Jolis prévoit pour WEGE Campany de poursuivre ce processus afin de mieux répondre aux exigences de ses futurs clients. Son expérience montre que la disponibilité des matières premières et une capacité de production élevée ne suffisent pas : la conformité aux normes et la régularité de la qualité sont indispensables pour conquérir durablement un marché extérieur.

Des procédures commerciales à rendre opérationnelles

« Pour exporter, les entreprises doivent notamment disposer d’un numéro d’identification fiscale (NIF), d’un registre de commerce, d’un code exportateur et d’une licence d’exportation », Onésime Niyukuri, point focal et négociateur en chef de la ZLECAF

Pour Onésime Niyukuri, la mise en œuvre de la ZLECAf nécessite notamment d’intégrer les préférences tarifaires de l’accord dans le système douanier burundais. Cette étape doit permettre aux opérateurs admissibles de bénéficier des réductions de droits de douane prévues par l’accord, à condition de respecter les règles d’origine applicables.

Il explique que : « Pour exporter, les entreprises doivent notamment disposer d’un numéro d’identification fiscale (NIF), d’un registre de commerce, d’un code exportateur et d’une licence d’exportation ». Selon la nature des marchandises, des certificats sanitaires ou phytosanitaires peuvent également être exigés. L’Office burundais des recettes (OBR) est l’organisme compétent pour délivrer le certificat d’origine de la ZLECAf au Burundi.

Il cite également que plusieurs initiatives d’accompagnement, dont le programme « Ugushora », le projet d’accès au marché de la ZLECAf et de compétitivité des entreprises financé par l’Union européenne, ainsi que PRETE Nyunganira. « L’Initiative du commerce guidé de la ZLECAf vise, quant à elle, à faciliter les échanges et les relations commerciales entre les entreprises africaines », explique-t-il. 

Faire de l’ouverture commerciale un levier de croissance

La ZLECAf offre au Burundi une possibilité d’élargir ses marchés, de diversifier ses exportations et de stimuler sa production industrielle. Toutefois, nuance M. Niyukuri cette ambition exige des entreprises capables de produire des biens conformes, à des prix compétitifs et dans des délais fiables. Elle nécessite aussi des procédures commerciales opérationnelles et un accompagnement accessible aux PME.

Jolis Nduwimana de WEGE Company résume cet enjeu : le marché africain est ouvert en perspective, mais sa conquête se prépare. Pour que l’intégration commerciale se traduise par davantage de valeur ajoutée, d’emplois et de recettes d’exportation, les entreprises burundaises doivent pouvoir transformer leur potentiel de production en une offre compétitive, conforme aux normes et adaptée aux besoins des marchés africains.

La réussite de la ZLECAf dépendra de la capacité des entreprises burundaises à surmonter les obstacles liés aux coûts de production, au financement, à la logistique et au respect des normes. Le renforcement de la compétitivité, l’accès à la certification et la simplification des procédures d’exportation constituent des leviers essentiels. L’enjeu est de transformer les opportunités du marché africain en débouchés réels pour les entreprises locales, afin de stimuler les exportations, la création de valeur ajoutée et la croissance économique du Burundi.

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