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Des inspirations dans la révolution verte avec PAGRIS

Avec des résultats remarquables à travers les chiffres et les témoignages, IFDC vient de clôturer son projet d’appui pour une gestion responsable et intégrée des sols (PAGRIS). Cette aventure de 4 ans qui laisse découvrir à quel état est le capital sol du Burundi, est une source d’inspiration pour de prochaines initiatives tant gouvernementales que privées. Le point…

Avec une population estimée à plus de 13 millions d’habitants, dont plus de 80% œuvrent dans l’agriculture, le Burundi ne cesse d’enregistrer une forte demande en denrées pour son autosuffisance alimentaire. Du coup, la forte densité entraine, depuis des années, la surexploitation des terres, ce qui se répercute sur l’environnement. De fait, on assiste à des conséquences liées à la déforestation, telles que l’érosion et la dégradation des terres arables. Or, selon les études menées par IFDC, le sol burundais accuse d’ores et déjà un taux d’acidité de plus de 70 %, avec une faible détention en éléments nutritifs, ce qui cause un rendement agricole toujours mitigé.

Parallèlement, certaines régions du Burundi sont victimes des aléas climatiques et de tant d’autres catastrophes naturelles qui attaquent l’environnement, rendant la vie défavorable. De tout cela, il est nécessaire penser aux solutions proposées par différents acteurs en vue de créer un environnement idéal et un monde burundais où la faim ne cause plus d’ennuis, et ce, à travers la révolution verte.

C’est dans ce sillage que le Centre International pour la Fertilité des sols et le Développement Agricole (IFDC en sigle), à l’œuvre au Burundi depuis 2007, vient de passer 4 ans à agir sur les composantes parcelles, l’aménagement des bassins versants et la distribution de la dolomie, dans le cadre de son Projet d’appui pour une gestion responsable et intégrée des sols (PAGRIS en sigle).

Mis en place en 2020, le projet avait pour missions principales de soutenir les recherches, d’appuyer les agriculteurs à bien gérer leurs sols et à aménager les bassins versants, tout en les initiant aux méthodes agricoles innovantes centrées sur le développement de la fertilité des sols. Le projet vient de prendre fin en juin 2024 avec un sentiment de gratitude de tous les participants à la chaine, et plus particulièrement des agriculteurs qui en sont les bénéficiaires directs.

 Les chiffres comme meilleur témoin

Lors d’un atelier de capitalisation de ce projet qui battait son plein ce 21 juin 2024 à Donatus Conference Center, rassemblant l’IFDC, les cadres du ministère de l’agriculture, les délégués de la primature et différents administratifs, Micaël Beun qui prenait le lead de ce projet a présenté les résultats atteints au cours du projet. « Au départ, le projet s’était assigné de toucher directement 100 mille ménages répartis dans 7 provinces du pays », a-t-il informé, tout en assurant que le taux de réussite est évalué à plus de 94 %, et il donne la raison : « Le projet se clôture après avoir touché 94.250 ménages et dépassé la zone d’intervention prévue au début ».

En détail, sur les deux premières composantes relatives à l’aménagement des parcelles et la protection des bassins versants, le projet PAGRIS s’est focalisé sur 154 collines identifiées tirées de 20 communes du pays, reparties en 7 provinces dont Bujumbura, Bubanza, Cibitoke, Gitega, Makamba, Muyinga et Rumonge. Cela a permis de toucher une superficie de 131420 hectares étendue sur 755 sites identifiés dans une approche de l’aménagement des bassins versants. 

Pas que ces deux composantes, mais aussi le projet PAGRIS a contribué à l’amélioration de l’environnement institutionnel en collaborant avec les différents centres de recherche tels que l’ISABU, les différentes universités dont l’université du Burundi, l’École Normale Supérieure et l’université de Ngozi.

De cette coalition est née une plateforme de recherche sur les engrais et les amendements, une étude de faisabilité du renforcement de la filière Dolomie, tandis que l’ISABU a bénéficié du matériel réactif de son laboratoire.

Il y a eu également la conception des cartes d’acidité des sols et celles de fertilité qui ont été actualisées, et en 2023, on avait déjà distribué plus de 125 mille tonnes d’engrais et 31 171 tonnes de dolomie.

En tant que cadre du ministère ayant l’agriculture dans ses attributions, Venant Sibomana, directeur général du département de l’aménagement et de la fertilité des sols, salue le partenariat entre IFDC et le ministère qui leur a été bénéfique : « Grâce à cette collaboration, actuellement nous sommes capables de gérer des projets de grande envergure, et nous nous réjouissons d’avoir été appuyé dans le programme de distribution de la dolomie de qualité ».

 Les bénéficiaires directs témoignent

Marie Goreth Kwizera de la province de Bujumbura, en commune Nyabiraba, zone Matana dans la colline Matana, est l’un des agri-chercheurs choisis dans le cadre du projet PAGRIS. Elle parle de son contact avec le projet PAGRIS : « Dès l’aube du projet PAGRIS, on a élu le comité du site, lequel était chargé de l’identification de la colline de démonstration (Agasozi k’iratiro) » et « Avec la facilitation du moniteur agricole, nous y avons tracé des courbes de niveau, et nous y avons planté des arbres agroforestiers et de l’herbe ».

Cette maman fait savoir qu’à leur tour, ils ont assuré la transmission des méthodes apprises en tant qu’agri-chercheurs et, désormais, tous les habitants de sa localité pratiquent les méthodes apprises dans leurs propres propriétés.

Cet agri-chercheur salue également l’œuvre de IFDC d’avoir agi dans la lutte contre l’acidité que regorgeaient leurs terrains, en leur octroyant la Dolomie et en les entrainant à bien l’utiliser.

 Un autre témoin du projet PAGRIS est Vincent Bukuru, agriculteur habitant de la zone Mubimbi, de la commune Mubimbi, en province de Bujumbura. Celui-ci se rappelle : « Au moment où notre localité était caractérisée par la malnutrition liée à là sous production, IFDC nous a identifiés pour bénéficier de son appui dans le programme de restauration de la fertilité du sol », et de poursuivre : « Nous avons formé une synergie pour éradiquer l’érosion en aménageant nos terrains par des techniques apprises dans le projet PAGRIS ».

Hormis l’aménagement des terrains, Vincent témoigne également qu’ils doivent les techniques de fabrication du fumier organique à l’IFDC, mais aussi la capitalisation de l’eau : « Actuellement, nous procédons à l’irrigation de nos cultures du maïs et des légumes cultivés pendant l’été, et cela grâce à l’adduction d’eau que IFDC nous a faite l’IFDC ». Et pour conclure, M. Bukuru fait son témoignage que le rendement est observable, donnant l’exemple du rendement du maïs par kilo semé qui passe de moins de 20 kg à plus de 100 kg, s’il est cultivé dans toutes les normes définies par PAGRIS. 

Les  leçons apprises

Si le projet qui vient d’être clôturé a été un meilleur succès, il laisse découvrir une grande lutte à poursuivre pour arriver à l’idéal qui est « Des sols sains pour assurer la sécurité alimentaire et nutritionnelle durable ainsi que l’augmentation des revenus ».

En effet, Marcel Nibasumba, directeur-pays de l’IFDC, fait son clin d’œil : « Si on prend un exemple du maïs, le rendement moyen national est autour de 800 kg par hectare, alors qu’on peut atteindre 2 à 3 tonnes par hectare pour les variétés composites et 5 à 6 tonnes par hectare pour les variétés hybrides ». Cela est dû à un degré élevé d’acidité des sols burundais, mais aussi des terrains non protégés.

Selon les participants à l’atelier, la réalisation de cet idéal implique l’amplification des efforts pour toutes les parties prenantes, ce qui nécessite d’abord l’implication de toute la population à la pratique des méthodes agricoles innovantes.

Pour la réussite de cet idéal, un travail acharné des chercheurs, la professionnalisation des producteurs s’avèrent également pertinents pour produire de la dolomie suffisante en quantité et en qualité, adaptée à la diversité des terres.

Quant à la protection des sols contre l’érosion, il s’est manifesté un manque de diversité des arbres agroforestiers, ce qui implique la participation de l’ISABU et de tant d’autres centres de recherche.

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