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Sécurité phytosanitaire: le Burundi actualise sa liste de ravageurs pour protéger son agriculture

Face à la réalité des pertes agricoles causées par les ravageurs et les maladies des cultures, le Burundi vient de publier une nouvelle liste nationale actualisée des organismes nuisibles. Fruit d’une collaboration nationale et internationale, cet outil stratégique vise à renforcer la surveillance phytosanitaire, améliorer les rendements agricoles et garantir l’accès aux marchés internationaux.

« Nous avons pour objectif d’augmenter la production des agriculteurs, leurs revenus et ceux du pays. » C’est par ces mots que Célestin Niyongere, Coordinateur pays de CABI au Burundi, a ouvert l’atelier de publication de la nouvelle liste nationale des ravageurs et maladies des cultures, ténu ce 26 novembre 2025 au Donatus Conference Center en Mairie de Bujumbura.

Fruit d’une collaboration entre la Direction de la Protection des Végétaux (DPV), le Centre international pour l’agriculture et les biosciences (CABI), le ministère burundais de l’Agriculture et de l’Élevage, avec l’appui de l’Ambassade du Royaume des Pays-Bas au Burundi, cette liste actualisée identifie les principaux organismes nuisibles présents ou susceptibles de menacer les cultures burundaises, ainsi que les produits phytosanitaires recommandés pour les combattre.

Samson Musonerimana, directeur général de l’Institut des Sciences Agronomiques du Burundi (ISABU)

Représentant le ministère de l’Agriculture et de l’Élevage, Dr. Samson Musonerimana, directeur général de l’Institut des Sciences Agronomiques du Burundi (ISABU), a salué cette initiative, estimant qu’elle arrive à point nommé. Il a rappelé que l’agriculture représente plus de 30 % du PIB national et constitue un pilier central de la Vision 2040-2060 et du Plan National de Développement (PND 2018-2027).

“Notre agriculture fait face à des menaces phytosanitaires croissantes. Les organismes nuisibles exotiques et endémiques représentent un danger direct pour nos récoltes. Ces ravageurs, qu’ils soient introduits par les échanges commerciaux ou exacerbés par les changements climatiques, compromettent la qualité et la quantité de nos productions agricoles. Il est crucial que nous renforcions nos mécanismes de gestion du risque phytosanitaire”, a-t-il précisé.

Une réponse urgente à des pertes agricoles

Selon Benoît Gnonlonfin, expert en mesures phytosanitaires au sein de CABI, 27 ravageurs et maladies ont déjà été détectés au Burundi, tandis que 8 541 autres sont recensés à l’étranger et pourraient potentiellement atteindre le pays. « Les ravageurs et les maladies des cultures constituent l’un des défis majeurs de l’agriculture au Burundi. Ils empêchent les plantes de bien se développer, réduisent la production et entraînent une insuffisance alimentaire », a-t-il déclaré.

Les chiffres de 2024 sont alarmants: les pertes de rendement dues à ces fléaux ont atteint 38 % pour les pommes de terre et 37 % pour le manioc, compromettant l’alimentation de près de 41 % de la population. Ces pertes ont également des répercussions économiques importantes, réduisant les exportations agricoles, les entrées de devises et les investissements des agriculteurs, tout en affaiblissant l’économie nationale.

Un outil stratégique pour la compétitivité et la sécurité alimentaire

À l’échelle internationale, chaque pays est tenu de disposer d’une telle liste, mise à jour tous les cinq ans, condition essentielle pour que ses produits soient acceptés sur les marchés mondiaux. Or, la dernière mise à jour de la liste burundaise remontait à 2006.

Ida Rademaker, Secrétaire à l’ambassade des Pays-Bas

Pour Ida Rademaker, Secrétaire à l’ambassade des Pays-Bas, l’objectif du projet PlantwisePlus mené par CABI au Burundi et appuyé par l’Ambassade est de renforcer la sécurité alimentaire et la qualité des denrées dans le pays.

Elle a appliqué: “Nous accompagnons les petits agriculteurs afin qu’ils puissent mieux faire face aux menaces croissantes qui pèsent sur la santé des végétaux. Une protection efficace des cultures leur permet d’accroître leurs revenus tout en préservant la biodiversité. Une étape clé de ce travail consiste à disposer d’une liste actualisée des organismes nuisibles réglementés.”

Sans cet outil essentiel, selon Ida, le Burundi ne peut pas se prémunir efficacement contre des organismes capables de détruire des récoltes entières, un enjeu d’autant plus crucial que près de 95 % des aliments consommés dans le pays sont produits localement.

Dr. Niyongere a souligné l’importance de cette actualisation: « Nous échangeons des plantes avec d’autres pays; il arrive que certaines plantes importées apportent avec elles des maladies ou des ravageurs. Les experts ont donc analysé les menaces susceptibles de pénétrer au Burundi et de nuire à l’agriculture, en ont dressé la liste et ont défini les produits phytosanitaires recommandés pour les prévenir. »

Le programme ne se limite pas aux menaces extérieures selon Dr. Niyongere. Il s’attache également à surveiller les cultures locales pour détecter d’éventuelles infestations, tout en identifiant des solutions de lutte respectueuses de l’environnement et compatibles avec les normes internationales. Une fois les produits homologués, les agriculteurs peuvent les utiliser pour protéger leurs cultures et améliorer leurs rendements.

Former, surveiller, prévenir: une approche intégrée au service des agriculteurs

Dans une approche intégrée, le programme renforce les compétences des agents phytosanitaires afin qu’ils puissent intervenir rapidement, notamment sur les cultures stratégiques à forte valeur économique. Il encourage également la collaboration avec les acteurs du secteur environnemental pour garantir une protection durable des cultures.

Goreth Itangishaka, directrice de la DPV, a précisé que cette liste facilitera le travail des inspecteurs aux frontières, leur permettant de bloquer l’entrée de végétaux porteurs de parasites. Elle a exhorté les agriculteurs à solliciter l’avis des experts dès l’apparition de signes inhabituels dans leurs champs.

La cérémonie s’est conclue par la remise de manuels techniques comprenant la liste des organismes nuisibles pour le Burundi à 30 inspecteurs frontaliers, afin de renforcer la surveillance phytosanitaire aux portes du pays.

Il a été souligné que pour dynamiser l’agriculture et renforcer la compétitivité des producteurs, le Gouvernement du Burundi a lancé plusieurs initiatives stratégiques: accès facilité aux semences de qualité, engrais et produits phytosanitaires; mise à disposition de matériels agricoles modernes; et appui renforcé aux coopératives pour l’accès au financement et à la formation technique.

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