Conscient du secteur semencier pour une agriculture prospère, l’IFDC, à travers son projet PSSD, suit de près l’évolution de ce domaine. Lors des récentes visites de terrain effectuées dans la province de Karusi, des avancées significatives ont été constatées, mais également des défis…
Dans le cadre de son projet PSSD2, l’IFDC, les cadres du ministère ayant l’agriculture dans ses attributions ainsi que les médias ont visité, du 22 au 25 avril, les entrepreneurs semenciers de la province de Karusi. Cette visite fait suite à la récente mission effectuée dans la province de Karusi ainsi que dans les provinces de Makamba, de Rutana, de Bururi, de Cibitoke et de Bubanza, afin d’évaluer l’état de la production locale des semences de maïs.
Ce secteur pourtant crucial pour atteindre l’indépendance semencière est confronté à plusieurs défis liés aux facteurs de production, ainsi qu’à une mévente due à la concurrence des semences importées. Toutefois, cette visite a mis en évidence l’endurance dont les entrepreneurs semenciers font preuve dans leurs activités, mais également les enjeux cruciaux pour la nouvelle ère de l’industrie semencière.
Des multiplicateurs engagés

L’abbé Reverien Nshimirimana, curé de la paroisse Gatonde en commune Nyabikere, possède une expérience de 3 ans dans la multiplication des semences de maïs de variété V3 et de soja. Il exploite actuellement plus de 7 hectares. Trouvé au siège de sa paroisse où un hangar artisanal abrite d’importantes épis de maïs et une quantité déjà égrainée, ce curé est plein de détermination : « Lorsque le ministère en charge de l’agriculture a lancé un appel aux propriétaires de mettre en culture et capitaliser les vastes étendues non cultivées, en tant que curé, je me suis senti réveillé. » En collaboration avec les paroissiens, l’Abbé soutient qu’ils ont gagné le pari, jusqu’à produire des semences agréées et certifiées par l’Office national de contrôle et de certification des semences ONCCS).
Un impact socio-économique positif
Pour ce prêtre, cette activité présente plusieurs avantages : « Nous sommes désormais fiers de voir que la production du maïs a évolué dans notre zone, mais également que les membres des mouvements apostoliques participent à des travaux champêtres d’engagements où ils bénéficient de compétences sur des techniques agricoles modernes ». En outre, note-t-il, cette semence est appréciée dans les communes environnantes, ce qui fait de la paroisse un fournisseur de semences.

De la même veine, Jean-Pierre Bigirimana de la commune de Buhiga, se distingue en tant qu’entrepreneur semencier de grande envergure. Avec plus de 80 hectares de terre, il en exploite actuellement plus de 20 pour la multiplication des semences de maïs du type Burakeye. En plus de sa contribution à l’édification d’une industrie semencière locale, ce producteur exprime sa fierté quant à son impact social : « Quand la saison commence, j’emploie plus de 280 personnes auxquelles je donne la rémunération trois fois par semaine pour subvenir à leurs besoins familiaux. »
Propos corroborés par Evariste Irambona, l’un de ses employés journaliers : « Depuis trois ans que je travaille dans ses champs, je gagne la survie de ma famille, j’ai acheté une génisse avec le salaire qu’il m’accorde ».
Par ailleurs, cet homme confie qu’il applique les techniques qu’il observe chez son employeur : « J’ai appliqué ces techniques dans ma petite propriété, mais je parviens à récolter 100 kilos de maïs, voire plus. »
Des défis persistent

Alors que l’État subventionne l’importation des semences de maïs chaque année, la mévente des semences locales est une entrave majeure qui préoccupe ces producteurs. M. Bigirimana n’y va pas par quatre chemins : « Normalement, nos semences sont appréciées. » Le problème ne survient qu’à l’intervention des semences importées. « Puisque les agriculteurs prisent le moins coûteux, seuls ceux qui ont déjà cultivé nos semences nous reviennent. »
Pour le Curé de Gatonde, le gouvernement devrait encourager des initiatives locales pour s’affranchir de la dépendance : « L’État, à travers le ministère ayant l’agriculture et l’élevage dans ses attributions, est censé connaitre les besoins des agriculteurs en termes de quantité de semences. C’est pourquoi il devait penser à encourager les producteurs locaux afin de continuer à propager les techniques modernes. »
Outre ce défi, ces producteurs évoquent les menaces des aléas climatiques et les faibles conditions de conservation des semences. Vue l’importance générale du secteur semencier pour l’agriculture, ces producteurs demandent au gouvernement et aux partenaires au développement de les soutenir dans l’installation des systèmes d’irrigation et dans la construction des hangars.
Besoin de l’implication de l’État

Jean Nzeyimana, directeur de l’homologation des variétés au sein de l’Office Nationale de Contrôle et de Certification des Semences (ONCCS en sigle) , abonde dans le même sens. Pour ce cadre, la mévente ne devrait pas avoir lieu au moment où le gouvernement, à travers l’ISABU et L’ONCCS, investit des fonds énormes dans les recherches et dans la certification des semences.
Et de recommander àla direction générale de l’agriculture d’identifier les besoins des semences en termes de quantité par variété et par région pour aider l’État à prendre des mesures appropriées : « En cas d’excès de semences, le gouvernement peut songer à leur exportation dans les pays limitrophes où elles sont également adaptées. Au contraire, l’État peut envisager des importations pour combler l’insuffisance. »
Quant aux semences qui regorgent encore les stocks, ce cadre de l’ONCCS recommande à la SETRACO d’en notifier la quantité au ministère de tutelle, pour qu’il informe à son tour le gouvernement afin d’envisager leurs achats pour la prochaine saison sèche.
Selon lui, ceux qui sont chargés du transport des innovations et des technologies devraient jouer un rôle crucial dans le marketing des semences locales : « Ceux-ci doivent faire part de nouvelles semences aux directions provinciales de l’agriculture et ces dernières les relaient au sein de la population. »
De son côté, Médard Ndayikengurukiye, Directeur de la Promotion des Filières Agricoles et des Produits Forestiers Non Ligneux (DPFAPFNL) au Ministère en charge de l’Agriculture, tranquillise les producteurs locaux : « Actuellement, avec l’appui de nos partenaires, nous sommes en train de développer une plateforme pour le secteur semencier qui permettra d’identifier les besoins des producteurs et de passer les précommandes en ligne. » Cela, conclut-il, permettra d’améliorer le secteur semencier et de réduire les méventes observées chez les producteurs.




