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Agriculture

Production locale des semences du maïs hybride : un pari à gagner

IFDC, en collaboration avec la SETRACO, s’engage résolument à transformer le secteur semencier au Burundi. Lors d’une mission menée du 17 au 20 mars, les discussions avec les entrepreneurs de ce domaine ont mis en lumière des avancées significatives, tout en révélant des défis persistants à surmonter…

Cette équipe a visité, du 17 au 20 mars, les provinces de Bururi, Makamba, Karusi, Cibitoke et Bubanza, afin d’évaluer les champs de production et les hangars de stockage des semences de maïs hybride.

73 tonnes de semences de maïs hybride restent en stock de la saison précédente, a souligné Astère Bararyenya, conseiller scientifique et améliorateur des plantes chez SETRACO, une situation marquée par une mévente due à la concurrence des semences importées.

Gilbert Buhanza, coordinateur du projet PSSD: IFDC ne ménage aucun effort pour transformer le secteur semencier du Burundi

Quant à Gilbert Buhanza, coordinateur du projet PSSD2 chez IFDC, près de 204 hectares sont déjà cultivés dans différentes provinces, servant de bases pour la production de ces semences.

Grâce au soutien d’IFDC Global, SETRACO a mis au point quatre variétés de maïs hybride, dont les célèbres Burakeye, Long7H, V3 et Makobwa. Cet engagement des opérateurs vise à réduire la dépendance du pays vis-à-vis des importations. « Depuis 2014, IFDC Global, à travers les projets ISSD, PSSD et PSSD2, s’efforce de réaliser cet objectif », a   rappelé M. Buhanza. À ce jour, neuf variétés de maïs ont été inscrites dans le catalogue national.

Des semences aux vertus exceptionnelles

Selon l’expert de la SETRACO, les quatre variétés de maïs hybride se distinguent par leurs spécificités en matière de productivité et d’adaptation écologique. La variété Burakeye se démarque particulièrement grâce à sa capacité à s’adapter aux basses, moyennes et hautes altitudes. Astère Bararyenya souligne que cette variété a démontré des performances remarquables lors des essais menés l’année dernière par le ministère de l’Agriculture en collaboration avec l’ISABU. « Burakeye est non seulement précoce, mais elle est également appréciée pour ses qualités organoleptiques, tout comme la variété Long7H », a-t-il  précisé.

Astère Bararyenya, conseiller scientifique à la SETRACO: L’Etat devrait prioriser la subvention des semences hybrides locales avant d’envisager des importations

Dans les régions de basse altitude, notamment dans la plaine de l’Imbo, on trouve la variété dénommée « Makobwa ». Celle-ci se distingue par sa résistance à la maladie MLN, qui est dévastatrice et fréquente dans les pays de la région de l’EAC.

Une autre variété très productive est la V3, qui s’adapte particulièrement bien aux zones de moyenne altitude. Cette variété est cultivée en grande quantité dans la commune de Kayogoro, dans la province de Makamba, ainsi que dans la paroisse de Gatonde, située dans la commune de Nyabikere, en province Karusi.

De la fierté chez les agriculteurs

Desiderata Kwizerimana (40 ans), est une agricultrice de la paroisse Gatonde et mère de six enfants.  Auparavant, témoigne-t-elle, les familles de cette contrée ne consommaient du maïs qu’après un long et épuisant trajet des époux qui se rendaient à la commune de Shombo pour s’en procurer : «  Mais dès que le curé de notre paroisse a commencé à multiplier les semences de maïs et à nous encourager, à travers ses homélies, à adopter de bonnes pratiques agricoles, nous avons commencé à cultiver le maïs et à obtenir de bonnes récoltes. »

Comparativement aux autres variétés que les gens cultivent sur place, confie-t-elle, elle a obtenu un rendement de 200 kg à partir d’une semence initiale de seulement ½ kg pour la variété V3, alors qu’elle n’avait même pas atteint 50 kg avec d’autres variétés.

Bien plus, confie-t-elle,  cette variété a un goût délicieux : « Même grillé, la saveur du maïs V3 se distingue facilement de celle des autres variétés. » En ce qui concerne le poids des graines, elle précise que le V3 pèse plus lourd que les autres variétés.

Mais des défis persistent…

L’opérateur de la SETRACO salue les efforts du gouvernement pour avoir soutenu le secteur privé dans ce domaine, notamment en lui attribuant des terrains d’exploitation. Pourtant, les facteurs de production et la mévente constituent des problèmes cruciaux pour les producteurs. Dr. Astère Ndayizeye, producteur de semences au centre semencier de Muyaga, dans la commune de Kayogoro, province de Makamba, souligne l’impact des aléas climatiques, notamment la sécheresse : « Il est essentiel d’aider certains producteurs à mettre en place des systèmes d’irrigation. Cela nous permettrait de cultiver pendant la saison sèche et de mieux gérer les petites sécheresses. » En outre, évoque-t-il, il s’observe la hausse des coûts de main-d’œuvre, qui ont augmenté à plus de 8000 BIF, contre moins de 5000 BIF l’année précédente.

Dr. Astère Ndayizeye: L’entrepreneur semancier fait face aux multiples défis

Un autre défi majeur est la conservation des semences. La chaleur favorise les dommages causés par les parasites. Ce problème est également ressenti dans la paroisse Gatonde, où l’Abbé Reverien Manirambona signale des défis cruciaux, tels que le manque de hangars de conservation et une mévente importante : « Sur une récolte de 4600 kg, il nous reste 2280 kg », regrette le curé. Cette situation est due à la concurrence des semences importées, qui se vendent à 4500 BIF le kilo. »

De même, à la SETRACO, plus de 70 tonnes de semences n’ont pas été achetées. Dr. Ndayizeye considère ce phénomène comme décourageant, surtout lorsque l’État continue de subventionner l’importation de semences de maïs. Pour lui, la production locale de semences permettrait de réorienter les devises vers d’autres domaines prioritaires.

M. Bararyenya précise qu’en l’absence de subventions, les semences importées coûteraient 25 000 BIF le kilo, contre 12 000 BIF pour celles produites localement. Ce coût incite les agriculteurs à choisir l’option la moins chère, souvent au détriment de la qualité. Il suggère que les subventions ciblent d’abord la production locale, notamment en achetant des semences chez les petits producteurs, afin d’éviter les pertes et le découragement des entrepreneurs locaux.

 

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