Alors que les eaux du lac Tanganyika menacent de nouveau certains riverains, les déplacés de Gatumba au site de Gateri, déjà éprouvés par les inondations de l’année passée, tentent de s’adapter à une nouvelle réalité. Entre la lutte pour la survie et l’espoir d’un meilleur avenir, leur quotidien est marqué par des défis persistants.
L’invasion des eaux du lac Tanganyika à certains points de ses rives s’observe de nouveau. Ce 9 mars, dans le cœur de la matinée, le magazine Jimbere a fait le constat de nouveaux dégâts, certes moins spectaculaires que ceux de l’an dernier.
À Kibenga, les habitants tentent de maitriser l’invasion des eaux avec des sacs de sable, un remède qui s’avère temporaire. De nombreux bâtiments sont désormais abandonnés. Un tenancier d’une boutique s’inquiète : « Ces inondations sont courantes à cette période et entraînent des pertes. Nous devons déplacer et immobiliser nos marchandises alors que l’OBR exige une taxe annuelle de 35.000 BIF. »
Sur l’avenue de la plage, la route est submergée, ne laissant passage qu’aux camions et autres doubles cabines. Poursuivant notre trajet à Kajaga, dans le quartier Kinyinya 1, d’autres bâtiments sont menacés par les étangs d’eau et semblent désormais inhabités. Sur place, une communauté en majorité ressortissante de Gatumba s’est installée sur un terrain encore sec, et vit dans des abris de fortune.
Toutefois, Pr. Bernard Sindayihebura, expert en environnement, aménagement du territoire et enseignant d’universités, tranquillise : « Ce n’est pas du tout alarmant car le lac se trouve à un niveau plus bas par rapport à celui de 2024. »
Assistance humanitaire assez limitée à Gateri
Côté déplacés des dernières inondations, la vie semble tourner au ralenti. C’est en commune Buganda de la province Cibitoke que 1007 foyers ont irrévocablement été placés depuis le mois de septembre dernier après leur premier passage sur le site de Gisagara en commune Mubimbi.
Sandrine Mugisha, agent du centre de développement familial et communautaire (CDFC) dans ce village, décrit leurs conditions de vie : « Nous avons des abris précaires, les tentes sont déchirées suite aux vents violents qui frappent souvent ces villages situés à quelques pas de la rivière Rusizi. » Pas de nattes ni moustiquaires, la maman fait savoir que tout a été emporté par la pluie quand ils étaient encore à Mubimbi.
Cette population déplore une assistance humanitaire assez limitée : « La dernière assistance date de février, quand le ministère de la Solidarité nous a apporté quelques kilogrammes de riz », et d’ajouter : « Dans les premiers temps de vie à Gateri, le PAM nous avait assistés avec 112 mille Fbu par ménage, du maïs et de l’huile. » Depuis, rien.
Une inquiétude partagée par Pour Pamphile Hakizimana, administrateur de la commune Buganda pour qui, ces familles font face à l’exiguïté d’abris et à la carence de vivres : « Un abri peut héberger plus de 8 personnes, parents et enfants. »
Une lueur d’espoir
Malgré ces difficultés, ces déplacés apprécient l’endroit. « C’est mieux que Mubimbi », confient certaines familles. Il fait fais, soutiennent d’autres, qui pointent seulement trop de moustiques. Et pour lutter contre la malaria, principale maladie qui les frappe, un centre de santé avec des infirmiers mobiles y a été installé.
Pour rappel, l’OBUHA a déjà identifié des parcelles pour ces habitants de Gatumba et le site sera aménagé dans ce sens : « 623 parcelles sont déjà identifiées, des pistes sont déjà tracées, bientôt des maisons seront construites pour que chaque ménage ait son logement plus ou moins décent », fait savoir l’administrateur. Et de préciser : « La fondation et les tôles sont à la charge de l’OBUHA sous le financement de l’UNHCR mais les murs seront érigés par les familles elles-mêmes. »
Insertion économique et sociale

Au village, une association appelée « Kazoza » a mis en place un point de vente de vivres. Ces vendeuses s’approvisionnent au marché de Gasenyi. Selon l’administration à la base, la cohésion sociale constitue un aspect positif remarquable. « Ce village accueille également les rapatriés réinstallés depuis 2025, et nous vivons en harmonie », témoigne Niyonkuru Abraham, le chef du village.
Cependant, il souligne un défi majeur : le manque de terres cultivables. Sans terres ni capitaux pour développer des activités commerciales, de nombreux habitants se plaignent de rester piégés dans la pauvreté. « Nous ne sommes pas encore reconnus comme main-d’œuvre disponible lorsque nous nous adressons à ceux qui possèdent des terres », déplorent certains déplacés.
Le gouvernement fait de son mieux
Le ministère ayant la solidarité dans ses attributions, via son porte-parole, rappelle : « C’est la préoccupation du gouvernement de secourir et de venir à l’aide de ces populations. » Ildephonse Majambere évoque la plateforme d’assistance sociale à laquelle participent plusieurs partenaires dont les ministères et différentes organisations. Il fait savoir que les rôles dans cette plateforme sont partagés pour s’assurer de qui fait quoi pour l’assistance à ces victimes d’inondations.
Il précise : « Pour le volet vivre, le gouvernement, à travers le ministère ayant la solidarité nationale dans ses attributions, a cette obligation d’assister en vivre de tels cas et nous avons fourni autour de 16 tonnes aux mois de février-mars. » Cependant, il fait savoir que d’autres partenaires peuvent apporter leur contribution en fonction des stocks dont ils disposent.
Pour bien identifier les besoins de ces déplacées, le porte-parole du ministère annonce : « Pour le moment, nous sommes en train de recenser exhaustivement le nombre de personnes présentes sur le site en collaboration avec le UNHCR, la Croix-Rouge et le PAM. » Une fois l’effectif final des personnes hébergées sur place arrêté, d’autres types d’assistance pourront suivre, assure-t-il.
Toutefois, le porte-parole reconnait que l’assistance actuelle connait des limites, d’autant plus que les victimes en besoin d’assistance ne sont pas uniquement celles du site Gateri. Ce cadre encourage les familles regroupées dans ce site à se réintégrer en fonction des besoins du milieu actuel et à chercher à gagner de l’argent afin de combler leurs besoins.




