À Gatete, en zone Busoni (commune Busoni, province Butanyerera), des habitants s’interrogent sur les véritables motivations des auteurs de discours haineux. Derrière les rumeurs, les promesses et les attaques ciblées se profilent des ambitions politiques, financières ou personnelles qui alimentent la division et fragilisent la cohésion sociale.
Les discours de haine ne sont jamais anodins : ils traduisent souvent des ambitions personnelles et des intérêts dissimulés. Sur la colline Gatete, zone Busoni, commune Busoni, province Butanyerera, des habitants dénoncent les intentions cachées des instigateurs de ces messages.
Pour Ezéchiel* (57 ans), résident de la localité, les auteurs de messages haineux ne cherchent pas l’unité, mais la division : « Leur objectif est de créer des camps opposés, d’alimenter la méfiance et de fragiliser la cohésion sociale. En promettant des postes ou des avantages à ceux qui les suivent, ils manipulent les plus vulnérables. »
Cette stratégie, ajoute-t-il, leur permet de se présenter comme des sauveurs alors qu’ils sont parfois les instigateurs du chaos : « La haine devient pour eux un outil de conquête du pouvoir. »
Même constat chez Francine* (50 ans), également habitante de Gatete, qui déplore les manœuvres utilisées pour influencer la population : « Les auteurs savent séduire les foules. Ils organisent des meetings où ils distribuent bière, riz ou sucre pour acheter des soutiens. Les jeunes, souvent sans emploi et sans repères, se laissent convaincre facilement. Derrière ces dons se cache une stratégie : susciter la haine envers les adversaires politiques et gagner une popularité artificielle. Mais une fois les élections passées, la population est abandonnée à sa misère. »
Si ces discours trouvent un écho, explique Claude* (43 ans), habitant de Gatete, c’est parce que la pauvreté et la faim rendent les gens vulnérables :« Quand on n’a rien à manger, on suit celui qui promet un sac de riz. Quand on manque d’instruction, on croit aux rumeurs sans esprit critique. Les auteurs de messages de haine exploitent cette fragilité pour manipuler les masses. Mais au final, ce sont les communautés qui en paient le prix. »
Des agissements immoraux
Une autre arme des propagandistes, souligne Thérence* (40 ans), de cette localité, est la diffamation : « Ils répandent des rumeurs, calomnient et lancent des accusations pour ternir l’image des autorités. Leur but est de briser la confiance du peuple envers ses dirigeants afin de récupérer de l’influence. »
Pour lui, il s’agit d’une véritable guerre psychologique qui fragilise la gouvernance et accentue la méfiance :« Les discours haineux deviennent un outil pour déstabiliser et prendre la place de ceux qu’ils attaquent. »
Dans cette logique, analyse Égide* (46 ans), lui aussi habitant de Gatete, tous les moyens sont bons pour servir des intérêts personnels :« Chaque crise est pour eux une opportunité. Quand les violences éclatent et que des familles fuient, certains profitent de l’exil pour capter l’aide humanitaire. Mais cette aide ne sert pas toujours à soulager les victimes : elle finit parfois dans leurs poches. Plus la crise dure, plus ils se présentent comme indispensables. Pendant que nous souffrons, eux transforment notre détresse en capital politique et financier. »
Selon Sylvère Nsengiyumva, expert en résolution pacifique des conflits, les instigateurs de messages haineux sont souvent mus par des intérêts liés au pouvoir, aux postes ou à la reconnaissance sociale :« Dans les communautés, certaines figures respectées exploitent leur statut pour diffuser des propos qui touchent la sensibilité des populations. Les intellectuels, par leur silence ou leurs prises de position, peuvent renforcer la crédibilité de ces discours, tandis que les médias et autres canaux d’information amplifient la manipulation jusque dans les zones reculées. »
Pour cet expert, certains cherchent des avantages matériels, d’autres privilégient la reconnaissance ou la loyauté de leur groupe, tandis que certains veulent imposer leur mode de gouvernance en excluant les autres : « Ces motivations alimentent des comportements qui fragilisent la cohésion sociale et poussent des individus à entrer dans des conflits sans véritable réflexion. »
Dans la majorité des cas, souligne M. Nsengiyumva, les personnes manipulées ne tirent aucun bénéfice réel de ces manœuvres :« Ce sont plutôt quelques individus qui profitent du chaos, des tensions ou de la guerre pour renforcer leur pouvoir et s’enrichir, laissant derrière eux des sociétés divisées et affaiblies. »
Développer l’esprit critique
Selon toujours Sylvère Nsengiyumva, les manipulateurs poursuivent des intérêts directs ou indirects, souvent liés au maintien de privilèges. Pourtant, nuance-t-il, la réalité évolue : celui qui domine aujourd’hui peut être affaibli demain, et inversement.
« Au Burundi, cette logique a parfois conduit à une confusion où victimes et bourreaux échangent leurs rôles, alimentant un cycle de vengeance. La jeunesse, qui aurait pu incarner une nouvelle vision, n’a pas toujours réussi à briser cette dynamique, laissant les mêmes acteurs influencer durablement l’avenir du pays », confie-t-il.
Pour sortir de ce cercle vicieux, l’expert recommande d’écouter les acteurs, d’examiner la pertinence de leurs propos et d’analyser leurs motivations : « Agir dans l’intérêt collectif plutôt que sous l’effet de l’émotion est essentiel pour reconstruire une cohésion sociale durable et éviter que les mêmes erreurs ne se répètent. »
*Nom d’emprunt




