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« Irirenze umunwa riba rirenze impinga » : un proverbe kirundi au service de la lutte contre les discours de haine

A Ruyigi, habitants et spécialistes se sont réunis autour du proverbe kirundi « Irirenze umunwa riba rirenze impinga » pour sensibiliser la population aux dangers des discours de haine. À travers cette initiative organisée par l’association La Benevolencija, la sagesse traditionnelle est mise à contribution pour promouvoir le dialogue, la responsabilité et la cohésion sociale au Burundi.

Dans le cadre de son projet de lutte contre les discours de haine, l’association La Benevolencija a organisé, le 16 avril 2026, un reportage sur la colline Ngarama, en zone et commune de Ruyigi, dans la province de Buhumuza.

Journalistes, habitants et spécialistes ont échangé autour du proverbe kirundi « Irirenze umunwa riba rirenze impinga », littéralement : « Une parole sortie de la bouche dépasse la colline », afin de réfléchir au rôle que peut jouer la sagesse traditionnelle dans la prévention des discours haineux.

Réfléchir avant de parler pour préserver la cohésion sociale

Albert Bizimana habitant de la colline Ngarama, zone et commune de Ruyigi (Buhumuza): « Ce proverbe rappelle avant tout la nécessité de réfléchir avant de parler. »

Pour de nombreux habitants rencontrés sur place, ce proverbe rappelle avant tout la nécessité de réfléchir avant de parler. Albert Bizimana habitant de la colline Ngarama explique que des paroles prononcées sans précaution peuvent rapidement provoquer des conflits ou détruire injustement la réputation d’une personne.

Selon lui, une simple accusation non vérifiée peut être relayée de bouche à oreille jusqu’à être considérée comme une vérité par toute une communauté. « On peut accuser quelqu’un de vol sans preuve. Les gens répètent ensuite cette accusation et finissent par considérer cette personne comme un voleur, alors qu’elle est innocente », illustre-t-il, estimant que le respect de ce proverbe contribuerait fortement à réduire les discours haineux dans la société.

Même constat chez Abel Nindorera, lui-même habitant de cette colline, qui estime que ce proverbe invite chacun à mesurer l’impact de ses paroles avant de les prononcer. Il appelle les citoyens à privilégier des propos constructifs et à reconnaître rapidement leurs erreurs lorsqu’ils réalisent avoir blessé quelqu’un par leurs paroles.

Evelyne Ndayizeye, habitante de Ngarama: « Quand une personne parle sans réfléchir, cela peut opposer les gens. Parfois même, ces paroles peuvent se propager dans tout le pays et provoquer de graves conflits »

Pour Evelyne Ndayizeye, habitante de la localité, confie que les discours irresponsables peuvent semer la division et raviver les blessures du passé. Elle cite notamment l’exemple de certaines personnes qui accusent d’autres groupes en déclarant : « C’est vous qui avez fait disparaître nos proches », sans disposer de preuves.

Selon elle, ce type de propos crée de la méfiance entre les communautés et pousse parfois les gens à se regarder avec hostilité ou à mal se traiter. « Quand une personne parle sans réfléchir, cela peut opposer les gens. Parfois même, ces paroles peuvent se propager dans tout le pays et provoquer de graves conflits », avertit-elle.

La cheffe de colline Ngarama, Marie Kibwigiri, explique que des séances de sensibilisation sont régulièrement organisées afin d’encourager les habitants à privilégier des paroles constructives et respectueuses. Selon elle, les personnes tenant des propos déplacés sont rappelées à l’ordre afin de préserver la cohésion sociale. Elle appelle ainsi la population à éviter les discours de haine et les propos divisant.

La sagesse traditionnelle comme rempart contre les discours haineux

Le sociologue Richard Nkunzimana souligne, de son côté, que ce proverbe traduit une réalité sociale importante : une parole prononcée ne reste jamais limitée à son destinataire initial. Selon lui, les discours haineux demeurent particulièrement dangereux dans un pays marqué par des crises et des violences liées notamment aux appartenances ethniques ou politiques.

Le sociologue Richard Nkunzimana: « L’adoption de cette sagesse traditionnelle favoriserait plutôt une culture du dialogue, du respect mutuel et de la responsabilité dans les échanges au sein de la société. »

« Il arrive que certaines personnes utilisent des propos blessants en lien avec les événements douloureux qu’a traversés le Burundi. Ces paroles peuvent raviver les traumatismes et fragiliser davantage la cohésion sociale », explique-t-il.

Le sociologue estime que le respect du proverbe « Irirenze umunwa riba rirenze impinga » peut jouer un rôle essentiel dans la lutte contre les messages haineux au sein de la communauté. En réfléchissant avant de parler, les citoyens éviteraient de diffuser des rumeurs, des accusations sans preuves ou des propos blessants susceptibles de provoquer des divisions, des tensions ou des violences.

Selon lui, l’adoption de cette sagesse traditionnelle favoriserait plutôt une culture du dialogue, du respect mutuel et de la responsabilité dans les échanges au sein de la société.

Le spécialiste insiste également sur le fait que la responsabilité pénale est individuelle et qu’aucun groupe ne devrait être stigmatisé pour les actes commis par une seule personne. Pour lui, la lutte contre les discours de haine constitue une condition essentielle au maintien de la paix et au développement du pays.

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