À Gitaba, en commune Rutana (province Burunga), la banalisation des propos dénigrants et déshumanisants fragilise les relations sociales. Insultes, humiliations et stigmatisations répétées installent un climat délétère qui menace le vivre-ensemble et la paix communautaire
La prolifération des propos dénigrants et déshumanisants s’impose désormais comme une menace directe à la cohésion sociale, fragilisant la dignité et la cohabitation pacifique. Une dérive inquiétante où insultes quotidiennes, humiliations publiques et discours méprisants tendent à devenir la norme.
Dans les ruelles de la colline Gitaba, commune Rutana, province Burunga, les mots blessants circulent comme une monnaie courante. Les femmes sont parfois décrites comme des « vauriennes » ou des « sources de malheur », tandis que certains hommes, sous l’effet de l’alcool, n’hésitent pas à comparer leurs voisins à « des chiens errants ».
Pour Jacqueline* (40 ans), habitante de la colline Gitaba, ces propos, loin d’être anodins, laissent des cicatrices profondes dans les relations sociales :« Quand j’entends des hommes dire que toutes les femmes sont des vauriennes, je ressens une grande humiliation. Nous travaillons dur pour nos familles, mais ces paroles nous réduisent à rien. Cela crée de la colère et pousse certaines femmes à se replier sur elles-mêmes. »
Ces mots, répétés et banalisés, s’indigne Bénigne* (33 ans), également habitante de Gitaba, finissent par s’ancrer dans les esprits et alimentent la communication violente au sein de la communauté : « Sous l’effet de l’alcool, certains hommes insultent leurs semblables en les qualifiant de moins que rien. Cela détruit l’harmonie et le vivre-ensemble. Je suis préoccupée pour nos enfants, qui pourraient croire que l’insulte est une manière normale de s’exprimer. »
Par ailleurs, la conversion religieuse suscite parfois des inimitiés dans la société. Un croyant qui passe d’une foi à une autre, indique Thérèse (35 ans), est souvent assimilé à un traître :« Il y a des gens qui ne se gênent pas pour injurier les autres en les traitant de fous simplement parce qu’ils ont changé d’église. Ce langage nourrit les rancunes et les fractures, transformant les désaccords en conflits ouverts. »
De lourdes conséquences
Pire encore, souligne Egide* (45 ans), habitant de Gitaba, les conflits fonciers attisent des tensions sociales, alimentant ainsi des messages de haine : « Dans les disputes liées aux terres, certains vont jusqu’à dire que l’autre ne vaut pas mieux qu’un chien errant. Ces mots alimentent la haine. Les litiges fonciers sont déjà assez difficiles, mais les insultes aggravent les tensions et mènent parfois à des violences et à des hostilités qui divisent la communauté et détruisent la cohésion sociale. »
Pour Hélène Mpawenimana, experte en communication, les personnes qui utilisent des messages dénigrants cherchent généralement à protéger leurs propres intérêts ou ceux d’un groupe : « Ces personnes ont souvent l’intention de nuire à des individus ou à des groupes pointés du doigt, dans l’objectif de montrer à la société que les personnes ciblées n’ont aucune valeur et qu’il faut les éviter à tout prix.
Selon Mme Mpawenimana, ces messages peuvent non seulement susciter la haine et la méfiance, mais aussi être à l’origine de violences de tout genre :« Ils peuvent attiser des conflits susceptibles de mener à des violences de masse. »
Gordien Havyarimana, chef de colline adjoint de Gitaba, reconnaît cet état de fait, tout en rassurant que l’administration intervient pour éviter le pire :
« N’eût été le rôle des responsables collinaires, ces propos véhéments – souvent prononcés par des parties en conflit foncier – risqueraient de dégénérer en actes violents. »
Toutefois, souligne M. Havyarimana, l’administration organise régulièrement des réunions de sensibilisation et des cadres de dialogue afin d’encourager le vivre-ensemble et une cohabitation pacifique :« Nous le faisons parce que là où il n’y a pas de paix, le développement reste une chimère. »
Lorsque des propos dénigrants et déshumanisants sont tenus par des leaders, conclut Hélène Mpawenimana, les citoyens peuvent choisir de ne pas les relayer, vérifier leur source et, si possible, conseiller les auteurs de tels messages : « Aux auteurs de ces messages, je suggère de mettre en avant leurs compétences pour attirer l’attention ou la sympathie du public, plutôt que de chercher à discréditer les autres. »




