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Conflits fonciers: « La tristesse et la misère m’ont fait vieillir prématurément »

La région de Rumonge du sud du Burundi, relativement fertile, a favorisé l’essor des activités d’une pléthore de sociétés privées et de spéculateurs fonciers informels, créant ainsi une ruée foncière. Ce qui n’est pas sans conséquences sur le vivre ensemble des populations

16 heures 50. Nous marchons sous une pluie battante, traversant les rues une à une pour retrouver la demeure de Consolatte Niyonizigiye. Notre guide nous a préalablement conseillé de laisser notre véhicule plus loin pour échapper à tout regard préoccupant.

Recroquevillée devant sa hutte du quartier Birimba de la zone Rumonge en commune et province de Rumonge, Consolatte contemple désespérément son fils de quatre ans qui joue dans une flaque de boue. Notre visite improvisée semble la réconforter. «La misère et le chagrin m’ont fait vieillir prématurément», lâche cette veuve et mère de cinq enfants, dont quatre sont décédés de mort naturelle.

Consolatte affirme qu’elle a 46 ans. Avec ses signes évidents de vieillissement comme les cheveux blancs et les rides qui trahissent le passage du temps, on lui en donnerait 10, voire 15 de plus.

Consolatte se souvient qu’un matin du mois de janvier, elle a été empêchée de cultiver la propriété de son père par trois hommes connus dans sa localité. Les nouveaux venus affirmaient qu’ils avaient acheté la propriété au père de Consolatte de son vivant.

Malgré l’échec de la médiation, Consolatte sera expulsée au profit de l’autre partie. Elle introduira un recours au tribunal de résidence de Rumonge et gagnera le procès, faute de contrat d’achat qui était réclamé par le tribunal. Pourtant, le tribunal hésitera à exécuter la sentence, alors que les squatters continueront d’exploiter sa propriété.

C’est ainsi que Consolatte saisirq le tribunal de grande instance de Bururi. La partie adverse ne s’est jamais présentée…

Le poids des « élites »

«Mes adversaires savent que je n’ai pas de moyens pour poursuivre le procès à Bururi», se plaint-elle. L’histoire de Consolate est connue dans le quartier. Les voisins ont réussi à lui trouver un avocat bénévole. Celui-ci a finalement obtenu une promesse de la part du tribunal de grande instance de Bururi d’effectuer une descente sur la propriété litigieuse.

Le rendez-vous a été ajourné à plusieurs occasions, le tribunal arguant qu’il manque de moyens de déplacement. «Porter une affaire devant les tribunaux ne fait que prolonger le conflit, occasionne des pertes énormes en ressources et finit par aggraver les hostilités », note le psychologue Liévin Niyonzima. De plus, ajoute-t-il, les procédures judiciaires risquent de privilégier les personnes qui détiennent plus de pouvoirs.

Pour lui, l’administration et la société civile devraient conjuguer leurs efforts pour déterminer ensemble la stratégie la plus adaptée au conflit et au contexte local.

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